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ARTICLE pour GUY CHARLIER

Depuis l’âge de la pierre, depuis l’âge du fer - depuis l’origine du début du commencement -..." on " vous parle...

La sculpture de Guy Charlier est une permanente gestation de l’homme en fréquentation continue avec les esprits ! Car ces éléments, solides - on ne peut plus - que sont les matériaux, souvent bruts, qu’il travaille n’apparaissent plus grevés de la pesanteur terrestre de leurs masses volumiques respectives : ils sont bien plutôt spiritualisés, " pneumatisés ", par les multiples évocations liées à leur présence. L’incomplétude " brutale " de leur apparence renvoie aux échanges incessants qui circulent entre le visible qu’ils donnent à voir figurativement, et l’invisible mental qu’ils dévoilent chez celui qui les contemple. Ainsi, celui qui passe devant ces bustes et ces gisants devient soudain partie intégrante, dans la mémoire obscure qui le constitue " humain ", d’un espace et d’un temps retrouvés : et bien qu’il en ait perdu la conscience, son devenir propre lui en enseigne la filiation.

C’est dans l’antre du mystère, dans l’arcane des rites archaïques que nous pénétrons, en franchissant les seuils, puis en arpentant les voies de Guy Charlier ! Voici donc des pièces dont la post-modernité ose s’afficher, sans renoncer à rien de la tradition classique, ni de l’antique. Regardez ce buste romain, avec sa couronne de laurier, son port de tête impérial, cette noblesse hautaine et nostalgique ; regardez ce gisant dans sa chapelle ardente, en suspension dans l’espace d’un univers invisible qu’il contemple, impertubable sans sa lévitation, célébrant le rite de l’absence/présence de l’au-delà ; regardez cette armée de l’ombre et du soleil, terrible..." acies " (= ligne de bataille) de soldats dotés parfois de plus d’un oeil, que leur confère les caprices des noeuds du bois ; regardez enfin cette stèle du lycée, au pupitre génialement décalé de l’orateur public, dont la harangue est censée initier chez les auditeurs à la fois la distance révérencieuse et l’adhésion fanatique... Toujours et à la fois inaccessibilité et immédiateté ! C’est le divin Auguste du Capitole, c’est l’éternel Ramsès du Caire, c’est la garde formidable du premier " empereur jaune " Qin Qi Huang Di, à Xi’an, ce sont enfin tous les futurs Herrn Doktoren Professoren allemands... dont Guy Charlier s’entoure et qu’il actualise dans la matière !

Ces voyages entre abstraction et figuration s’effectuent dans la plus grande économie des moyens et de l’expression. Pierre, bois, métal, bronze, laiton, calcaire reçoivent le seul traitement digne pour une telle entreprise : celui de l’humilité de la forme élémentaire. Car c’est la matière même qui est transfigurée, c’est à l’au-delà des apparences sensibles que se consacre l’activité poétique du sculpteur : celui qui contemple, à la fois..." comprend " - même si c’est confusément, Ô Baudelaire ! - et se sent " compris ", c’est-à-dire " pris avec l’œuvre, compris dans l'oeuvre ", Ô Heidegger ! Oui, " le regard familier " de l’auteur des " Correspondances " des " Fleurs du mal ", rejoint le " miteingenommen sein " de l’auteur de " Sein und Zeit ".

De la mémoire à l‘imaginaire, il ne s’agit ainsi que de " l’homme ", toujours recommencé ! L’oeuvre de Guy Charlier est une méditation matérielle, à qui il arrive parfois de se muer en extase, quand le daïmon la visite : notre sculpteur semble nous administrer la preuve qu’il a de bonnes..." fréquentations " !
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Copyright © : Vincent-Paul Toccoli pour le contenu et Marc Pandelé pour la réalisation
Recréation : 2002/01/01
Dernière modification : 2002/02/03
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