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Petit Précis d’Interprétation Théologique d’un Film (IThF)

1 - Ces quelques règles de conduite opérationnelle supposent tout d’abord quelques postulats quant au sujet traitant (A), et quant au sujet traité(B).

A - Le Sujet traitant doit posséder :

  1. Une formation théologique, dont le coeur s’articulerait entre les 4 pôles suivants : la théologie étant à la fois :
    • un discours de l’homme sur Dieu (idéologie objective) ;
    • un discours de Dieu sur l’homme (inspiration) ;
    • un discours de l’homme sur l’homme (anthropologie religieuse) et enfin
    • un discours de Dieu sur Dieu (révélation) ;


  2. Une formation, dite générale, dans les domaines des sciences humaines et de la critique (lettres, arts, psychologie etc.) ;


  3. Une culture relativement pluridisciplinaire, touchant l’actualité, aussi bien que l’histoire et les civilisations, dans leurs manifestations artistico-esthétiques ;


  4. Enfin – the last but not the least ! - une connaissance plus que générale du cinéma : histoire, filmographie, metteurs en scène, écoles, production cinématographique, acteurs, mais aussi musiciens, décorateurs, cameramen, etc.


  5. avec le corollaire nécessaire d’

  6. une capacité à l’analyse séméiologique de l’image, de la séquence, de la bande-son, du montage...

B - Le Sujet traité, c-à-d le film, :

  1. Est d’abord, avant et définitivement constitué d’images et de sons : c’en est le matériau ;


  2. Raconte une histoire, généralement en 5 séquences :

    • Il ne se passe rien ;
    • Début de l’action ;
    • Déroulement de l’action ;
    • Fin de l’action et enfin
    • Épilogue, même si ces séquences ne suivent pas nécessairement cet ordre, par suite d’un montage qui impose un autre ordre ;


  3. Est significatif
    • dans tout ce qu’il donne à voir et à entendre,
    • mais uniquement dans ce qu’il donne à voir et à entendre.


  4. Doit être vu pour lui-même, indépendamment de ce que l’auteur a voulu y mettre : c’est un produit fini (on peut faire allusion à ce que l’auteur a déclaré, à sa filmographie, aux œuvres analogues du même auteur ou d’autres créateurs : mais il n’en demeure pas moins que c’est ce produit-là que je regarde, et pas un autre. Et ce produit seul a quelque chose à me dire, hic et nunc...) ;


  5. Enfin, est l’interface d’une rencontre avec le(s) spectateur(s) : ne jamais oublier qu’il est reçu avec le " Zeitgeist " : l’esprit du temps, c-à-d qu’il est nécessairement polysémique, et qu’il appelle une herméneutique sans cesse renouvelée.

2 – L’interprétation théologique est très précisément une entreprise herméneutique

  1. Cette entreprise part du postulat que toute oeuvre d’art, toute expression artistique, tout essai de dire métaphoriquement quelque chose qui vise à intéresser l’homme et tout homme (la véritable œuvre d’art est par définition universelle : toute oeuvre d’art n’aboutit pas, peut ne pas atteindre son but premier), participe de l’acte créateur de Dieu, sans cesse à l’oeuvre dans l’univers créé, acte créateur auquel l’homme est par, destinée divine, associé.


  2. C'est à dire que lorsque l’homme crée, il le fait aussi à l’image de Dieu, animé qu’il est par le même Esprit Créateur (Veni, Creator Spiritus). Ce qui vaut pour Dieu, vaut pour l’homme désormais, avec cette seule( !) différence que Dieu, si je puis dire,..." ne rate jamais son coup " !


  3. Ainsi les questions d’inspiration (génie, daïmon, esprit, etc.) jouent à plein sur les qualités intrinsèques du créateur (dons, talent, savoir-faire, habileté, expérience, etc.) : le produit est toujours et à la fois une œuvre humaine et, dans une certaine mesure, une oeuvre divine (le divin Mozart ; le docteur angélique - Thomas d’Aquin - ; le miracle grec- l’Athènes du VIe siècle avant J-C : voilà autant d’expressions qui en disent long sur cette participation de l’homme au dessein éternel du Dieu Créateur.)


  4. Ainsi, regarder un film, une fois, deux fois, aujourd’hui, les jours qui suivent, plus tard ; y revenir, le contempler, le proposer à la vison d’autres... c’est y découvrir, implicitement d’abord, puis de façon discursive, des traces, des signes, des balises que le temps et le lieu, l’histoire et la géographie, les cultures et les civilisations, l’événement enfin avec la destinée, proposent de la présence ou l’absence du Dieu Créateur au milieu des hommes. Ainsi

    • le cinéma d’Ingmar Bergman nous entretient magnifiquement du néant dans lequel l’homme se débat puis renonce à se débattre ;
    • Robert Bresson, lui, voit l’Emmanuel, partout dans la dérisoire existence de tout un chacun ;
    • Federico Fellini nous touche par l’humanité clownesque de ses héros épris d’amour et sans cesse déçus ;
    • Martin Scorsese fouille en permanence la purulence de notre dérive vers la mort et
    • Tarkovsky nous sensibilise à la vision mystique à laquelle seul un dépouillement total permet d’accéder.

3 – Comment procéder à cette herméneutique du film ?

  1. Il est évident qu’au-delà de toutes les aptitudes évoquées, entre autres,dans la 1er paragraphe, il faut une excellente mémoire visuelle et auditive pour se souvenir du maximum de détails de ce film. Au besoin, le voir 2 à 3 fois !


  2. Repérer, non seulement les 5 parties de toute histoire (cf. B2), mais les articulations de ces parties : indices temporels, topographiques, scéniques, venant de l’action, du récit lui-même : bref, établir le schéma de cette continuité discrète.


  3. Les mots : noms et prénoms (Chris et Calvera dans..." Les Sept Mercenaires ", de J.Sturges = Christ et le Calvaire ; les noms de lieux (Laurens et Mount Zion dans..." Une Histoire Vraie ", de D.Lynch = la montée à Jérusalem (Zion) du héros (couronné de laurier) ; les objets (le piano, dans..." La Leçon de Piano ", de J.Campion = le moyen de communication) ; les couleurs (rouge et or, dans Cris et Chuchotements, d’I.Bergman = la vie et la mort) : et beaucoup d’autres..." éléments " du puzzle herméneutique sont des indices récurrents du sens.


  4. L’histoire elle-même est toujours un peu initiatique, comme un pèlerinage, une quête : on part d’un point (de la vie, de la route, d’une carrière, etc.) pour arriver (dans quel état ?) en un point où la vérité sur soi, le sens de l’existence, la prise de décision, le refus des fatalités, la renaissance, l’espérance, ou bien alors, le désespoir, la déchirure, la mort, l’aveu, etc... apportent une..." fin " à cet épisode d’une existence envisagée. Il s’agira d’analyser les..." moments " de la résolution des forces (au sens que la physique leur donne), comme autant de passages obligés - réels dans l’histoire, symboliques pour le spectateur - par lesquels l’être humain doit gagner sa rédemption, voire sa damnation ! (cf. par exemple..." Killing Fields ", de R.Joffé).


  5. Le rêve, la fable, la vision entrent très souvent dans le traitement du thème : ils méritent un traitement spécial, comme un language en soi, une expression en soi, avec des règles, une grammaire et une morphologie qui leur sont propres. Ils viendront..." éclairer/obscurcir " un propos qui déjà peut être très délicat à saisir : cf. tout le cinéma de Lars von Trier, surtout des films comme..." Epidemic " ou..." The Element of Crime ", sans aller jusqu’au cinéma surréaliste de L. Bunuel, genre..." Le Chien Andalou " ou même..." La Voie Lactée "...&..." Le Fantôme de la Liberté ", par exemple. Nous nous trouvons dans la même situation que celle de l’exégète, qui devra interpréter en fonction du contexte spatio-temporel, de l’environnement scripturaire et mental, sans oublier la lecture actuelle qu’il en fait, à partir de ses propres lieu et place.


  6. On comprend l’appel qui doit être fait à toutes les ressources de la connaissance, du savoir, de la subtilité, de l’imagination, de l’à-propos, de la présence & d’Esprit ", enfin, dans cette entreprise aventureuse du sens ! Le film nous parle de nous, en des termes suffisamment surprenants et esthétiquement séduisants, pour nous accrocher à en prendre acte ! Pourtant, c’est d’abord lui, le film - dont il faut respecter la..." personnalité q&uot; et l’originalité - qui doit m’interpeller : il n’est pas le simple prétexte à un/mon exercice de style..." coram populo ", en public ! Il existe en soi, indépendamment de moi. Comme la Parole de Dieu me précède, m’accompagne et demeure, quand je me prends à l’articuler pour moi, aujourd’hui : de même le film , lui aussi, a une existence dans laquelle j’entre l’espace de la projection, existence et carrière qui continueront, le temps qu’il sera, encore et encore, regardé par d’autres. Ainsi, dans un cas comme dans l’autre - c-à-d pour la Parole de Dieu, et pour le film, si ce dernier est une authentique œuvre d’art - l’accumulation de tous les sens historiques, non seulement ne les obscurcit pas, mais en révèle à l’envie la multiple et permanente signification pour l’homme qui cherche !



4 – L’interprète/l’herméneute du/des sens d’un film

  1. Nascuntur poetae = on naît poète ! Sans aller jusque-là - quoique... ! - on ne s’improvise pas interprète/herméneute d’un film ! Tout le monde dessine, plus ou moins : pour ma part, je n’accrocherai jamais aux murs de ma maison mes gribouillis incertains ! Il m’arrive, en revanche, de conserver certains de mes textes, ne serait-ce qu’un temps !


  2. L’interprétation herméneutique d’un film, - d’un texte, d’une toile, d’une sculpture, d’une danse, etc. - dépendra en définitive de la capacité de celui qui interprète, à voir, sentir, exprimer et communiquer un sens tel que l’œuvre considérée devienne habitable par le / tout spectateur, sans que la conduite de la..." démonstration " ne se substitue jamais à l’œuvre elle-même, mais se laissera toujours accompagner par l’humilité éclairée d’un homme parlant de l’homme à d’autres hommes.


  3. Le meilleur critique cinématographique - comme tout exégète - est au service de l’oeuvre, chaque fois qu’elle le mérite ( !) : il ne parle qu’en son nom, à lui. Jamais au nom de l’œuvre ! Mais en même temps, - paradoxe - il ne peut parler que de lui ! C’est pourquoi son discours ne peut être qu’un dialogue avec le message/la nouvelle que lui transmet Dieu par le truchement de l’oeuvre. Et qu’en bon administrateur de ce bien, il en tire à chaque fois et du vieux et du neuf !


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