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- Réflexions -
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I Pourquoi l’Église Catholique Romaine (ECR) à son apogée, au 16e siècle, n’a-t-elle pas pris le chemin de la modernité ?

  • Pourquoi n’y a-t-il pas un développement continu entre cet âge d’or paré de tout ce qui constitue le socle du développement économique et social moderne (urbanisation, croissance démographique, échanges à longue distance) et les temps qui suivent ?


  • Où se brise cette histoire, à quelle bifurcation possible s’est-elle engagée sur le mauvais chemin ?


  • Question qui paraîtrait oiseuse si elle n’était à la base d’un des plus importants fourvoiements de l’Histoire, en matière de représentations mentales !


  • Pourquoi donc l’Occident Catholique contemporain perdit-il près de 500 ans (un ½ millénaire) ?


Ne faudrait-il pas en chercher la cause d’abord dans le comportement de l’aristocratie ecclésiastique romaine, aristocratie népotique et concussionnaire,

  • Qui privilégiait l’acquisition des richesses, entre autres, par le butin des bénéfices d’église et


  • Consacrait à cette activité l’essentiel de son énergie, à la manière de tous les princes européens ?


À cela s’ajoutait, sur tout le territoire de l’Europe, la présence d’un clergé de base, sorte de « main d’œuvre servile » :

Dont la situation capacitaire et économique rendait le travail pastoral de proximité aussi misérable qu’inopérant : travail, pour autant, ni moins efficace en termes de productivité, ni moins rentable qu’il eût pu l’être, vu la capacité de modernisation dont « le pauvre peuple des prêtres de paroisse » fit preuve dès que Messieurs Vincent et Olien eurent organisé ce qui deviendra « la formation des séminaires ».

En revanche, cet état de fait confortait les élites romaines - les Princes de l’Église -, dans une vision péjorative sinon méprisante de ce « travail pastoral », dont toute valeur formatrice était exclue : toute activité devenant méprisable lorsqu’elle est accomplie par des « sous-hommes », ici des hommes issus du « vulgum pecus ».

Mais le mal semble être plus profond. Ces aristocraties à l’antique ont bien pris conscience de l’élargissement de leur monde, mais toujours pour en tirer jouissance, jamais pour (s’)y investir. « Consommer », voilà la seule vraie puissance, dans le droit fil de la Rome impériale du 2e siècle : pour cette idéologie, « produire » n’a aucun sens, « investir » pas davantage. Même Ignace de Loyola aura du mal à le faire comprendre quand il fondait la Compagnie ! En effet, des riches qui ne sont que des « rentiers », ne peuvent à coup sûr se conduire comme des « entrepreneurs » ! Le capital humain (l’intelligence et les ressources humaines) finira par se stériliser, ou au mieux, circulera-t-il bientôt en circuit fermé exclusif d’autodéfense (affaires Galilée, Copernic, Giordano Bruno, Mateo Ricci, bientôt l’ordre des Jésuites dans son ensemble...).

L’ECR se condamna ainsi :

  • À une croissance « démographique » planétaire, mais sans modernisation (les « missions », à l’Est comme à l’Ouest) ;


  • Moyennant si nécessaire le recours à « la force persuasive » de l’Inquisition (intra et extra muros : de Torquemada à Bellarmin) ;


  • À la consommation effrénée des « surplus de la religiosité » (le trafic des indulgences)


  • Et leur attribution à des dépenses somptuaires (regalia), valorisant :

    • la pompe de l’establishment romain (la construction de St Pierre et l’embellissement de l’Urbs),


    • et non la vison prophétique (les promoteurs visionnaires de la Réforme).


À cela s’ajoute que les découvertes scientifiques et techniques qui, désormais, vont aller se multipliant, à l’allure même à laquelle progresse le règne de la raison, restent pour l’ECR dans le seul domaine de l’ordre philosophique, comme si cet « homme catholique romain » était irrémédiablement resté « un homme antique » et ne pouvait concevoir qu’il puisse modifier ce qu’il continue mordicus d’appeler « l’ordre naturel du monde » :

  • La connaissance n’ayant d’autre but que la contemplation de la vérité et l’amélioration de soi, 


  • Eet le passage étant bloqué entre connaissance et transformation de la nature !


L’absence de liens entre science et pouvoir relègue inévitablement la science au magasin des accessoires culturels.

La question est donc en définitive stimulante et essentielle, et elle repose sur une illusion : la prospérité réelle du 16e siècle, reflet à court terme des succès romains de l’ECR a, de fait, déjà écarté toute solution alternative de développement, bien que Rome se soit trouvée à cette époque (confrontation/rencontre avec d’autres cultures, civilisations, voire philosophies aux Amériques comme en Asie…) en position d’emprunter le chemin de la modernité.

Au cours du 19e siècle, quand se répandent, en Europe et depuis ses capitales, les ères de la colonisation territoriale (en Afrique et en Orient), conjointement avec les révolutions industrielles, économiques et politiques, l’ECR fut de nouveau en position de rattrapage d’une modernité qu’elle avait déjà laissée s’échapper une fois : toutes ces transformations sociétales auraient pu conduire à « un autre mode de production », quand l’accumulation des opportunités aurait pu donner naissance à une classe « d’entrepreneurs », si le produit, autant humain que financier n’avait été gaspillé en restauration inutile et en réaction sans avenir !

Les deux occasions précédentes ne furent pas saisies et la révolution globale en route ailleurs n’aboutit à rien d’autre, à Rome, qu’à la réorganisation de Vatican I :

  • Enrégimentant les forces chrétiennes encore vives ;


  • Et les détournant mortellement de l’esprit d’entreprise, autre que charitable.


Le 20e siècle, - et son cortège de guerres mondiales, de Plan Marshall, de relève époustouflante des grands vaincus (l’Allemagne et le Japon), d’explosions informatique et cybernétique, et de mondialisation avec la crise des monnaies et la chute des marchés, les attentats du 11 septembre, et dernièrement la pandémie du SRAS enfin..., - le 20e siècle donc, (et le 21e qui commence), grâce à son inventivité tous azimuts, surmonte progressivement les aléas de conjonctures de plus en plus complexes, et retrouve tant bien que mal de hauts niveaux de prospérité, contestés &/ou promus.

Quant à l’ECR, après :

  • Un premier grand pape (princier) en question devant l’entreprise nazie, (Pie XII) ;


  • Un second grand (et vieux pape « trompeur ») lançant la surprise de Vatican II, (Jean XXIII) ;


  • Un troisième grand pape (francophile) qui clôt le concile, prisonnier des affres de ses hésitations (Paul VI) ;


  • Un quatrième grand pape enfin (formé en régime soviétique) qui :

    • voyage depuis plus de 30 ans, (plus de 100 déplacements),
    • se dote d’un cardinal bavarois comme inspecteur général,(Joseph Ratzinger),
    • favorise systématiquement toute « communauté nouvelle » pourvu qu’elle produise des troupes, (des prêtres, au sein desquels « on » choisira les évêques de la Nouvelle Evangélisation),
    • « intransige », envers et contre tout et tous, des positions doctrinales et éthiques « indiscutables » (oecuménisme, sexualité, ecclésiologie), en pleins scandales pédophiliques et débâcles financières internes,
    • s’accroche littéralement à son poste, comme un « capitaine courageux » prêt à/voulant sombrer ( !) avec son navire,
    • bref prétend restaurer la foi des anciens jours dans une Europe fantasmatique qui échappe de toute façon à tout/son contrôle chaque jour un peu plus.

Quelle distance sépare l’ECR du monde tel qu’il est et de ses besoins, tels qu’il les vit, et non pas tels qu’elle le voudrait ! En persistant :

  • Aussi bien à dépendre d’un atavisme structuro-mental de fonctionnement ;


  • Qu’à refuser de procéder significativement à une ré-élaboration sociale et intellectuelle du travail pastoral et apostolique, donc en continuant à confiner l’espace de l’inventivité dans une étroite marginalité, - à la fois pour donner le change et le mieux contrôler,


La civilisation religieuse catholique romaine se soustrait toujours plus irréversiblement à un avenir habitable pour les hommes de ce temps.

Paradoxalement, il reste toujours la culture ! Alors que l’immobilisme de l’ECR en matière de ré-évaluation et de re-présentation du message chrétien fait s’éteindre progressivement ce que la foi ne peut transmettre sans mystère, certes, mais non plus sans mystagogie en phase appropriée , fleurit une culture que l’on peut sans honte qualifier de « religiosité populaire » et qui re-vient aux fastes familiers d’antan :

  • Le baptême, qui réunit la famille


  • La communion dite solennelle, qui souligne le passage à la puberté (au détriment de la confirmation qui, repoussée à plus tard, tombe facilement dans l’oubli, au profit des classes à examen…)


  • Le mariage, dont la date est arrêtée en fonction des disponibilités restauratrices, et que l’on « veut » kitsch au possible…


mais pas la messe, pas la prière, pas la pratique dite régulière... pour la bonne raison que ces dernières supposent exercice et continuité, et que, n’exerçant plus l’attraction de l’importance, elles ne peuvent représenter un intérêt suffisant pour qu’on s’y investisse.

Paradoxalement, l’ECR est ainsi en train de réaliser un extraordinaire travail de conservation comportementale de la dimension culturelle de l’expression religieuse, que la Foi en ses fondations (la mort et la résurrection du Christ) et l’organisation de ses liens sociaux (religion = religare = lier ensemble) en voie d’évanescence, ont permis de construire !

II Pourquoi le discours de la foi est-il devenu totalement inaudible par nos contemporains ?

  • Est-ce le fait d’une perte plus aiguë que jamais de crédibilité des éléments (fonds et forme) qui tentent de le signifier ?


  • Parce que la nouveauté tragique du moment, c’est que le principe même de la transmission de la foi au sein des familles chrétiennes se trouve désormais gravement affecté ?


  • Ou parce que des pans entiers se sont effondrés de ce qui constituait les fondations multiséculaires de la foi (depuis la remise en cause de la création de l’homme par les mains divines…jusqu’au dessein de Dieu à l’égard de l’homme) ?


  • Ou encore parce qu’il devient de moins en moins supportable d’entendre des textes « imbuvables », invraisemblables ou pires... sur le comportement intolérable de Dieu ?


... alors que dans tous les domaines, les certitudes refluent et q’un certain agnosticisme généralisé trouve de plus en plus un support idéal dans l’individualisme ambiant, favorisant l’éclosion d’un pluralisme religieux étonnant !

Comment fournir une matière à croire qui soit au demeurant « crédible », même si proprement « incroyable » ?

  • Ne pas laisser le chrétien se perdre dans le dédale de vérités incompréhensibles qui seraient toutes d’égale importance ;


  • Évoquer davantage la « pauvreté » de Dieu (François Varillon) que sa toute-puissance ; voir en ce Dieu « faible », celui qui a besoin de notre « aide » ; accepter que Dieu demeure pour une (grande) part « l’inconnaissable » ;


  • Respecter les conditions, ou les créer, dans lesquelles la foi peut « jaillir de l’esprit et du cœur humains aujourd’hui », en la faisant émaner de son environnement culturel spécifique ;


  • Prendre en compte les valeurs de modernité que sont le respect des individus -croyants et le libre-débat possible de leur foi, en dehors de tout autoritarisme dogmatique désormais irrecevable.

Quelle Église pour accueillir le croyant ?

À situations nouvelles...

  • Des responsables de communautés « nouveaux », capables en particulier de favoriser les échanges entre des sensibilités ecclésiales diverses, et souvent antagonistes ;


  • Des fonctions épiscopales et presbytérales concernées et en phase avec ces mutations socio –culturelles ;


  • Envisager l’avenir du prêtre, comme ministre le plus capable actuellement de servir de révélateur des évolutions passées, présentes et surtout à venir.


Ministère presbytéral et ministère sacerdotal.

  • Prendre l’exacte mesure de ce glissement sémantique qui a entraîné un glissement ecclésiologique, dogmatique, puis canonique : relire et re-interpréter l’histoire du presbytérat ;


  • L’Église Primitive ne connaît aucune connotation « sacerdotale » : aucun ministre n’est »prêtre » ;


  • À la fin du 3e siècle (juste avant Constantin), la transformation est complète : la notion de « sacrifice » a été introduite, le presbytre est devenu un prêtre, l’épiscope un évêque au pouvoir monarchique, clercs et laïcs sont strictement distingués : le sacerdoce est désormais exercé par les seuls ministres, tandis que celui du Peuple est quasiment oublié ;


  • Il faut attendre le 16e siècle, la rupture tragique de la Réforme, et le durcissement non moins tragique de Trente, pour aboutir à une sacralisation dogmatique du sacerdoce du prêtre ;


  • Depuis 68, nous assistons à l’irrépressible déclin du prêtre sacerdotal et à la re-découverte du presbytérat comme ministère au sein d’un ensemble ministériel : autrement, à la fin du prêtre comme personne « sacralisée », et sa solidarité avec toues « les aspirants à la sainteté ». Fini le prêtre « magicien » ou « personnage céleste ».


Étonnants paradoxes : Plus la foi se veut universelle dans son expression et plus il lui faut être singulière dans les divers espaces ou populations où elle cherche à se dire et à s’épanouir.

D’où la nécessité de promouvoir les Églises particulières, avec leur liturgie propre, leur hiérarchie indigène, et leur pensée théologique locale.

Le ministère chrétien repose sur 2 piliers : l’annonce de la Parole et le souci de toutes les communautés, c’est-à-dire :

  • Cette annonce doit être une « prophétie pour notre temps » ;


  • Ce souci doit être une mission pour la communion et une communion pour la mission.


La foi doit être liée à la destinée du monde, de même que les sacrements, dont la pastorale doit conduire à une foi ressourcée à son mystère, pour que les communautés saisissent dans cette fois la grâce qui les traverse et les transforme.

Mesures impératives :

  • Rompre avec le pouvoir consécrateur : c’est le pouvoir de l’Esprit Saint seul ;


  • Prendre distance avec la notion de sacrifice


III À propos de la formation des séminaristes de Laghet

Sans enfreindre l’Institutio Studiorum qui règle les curricula de l’enseignement proprement dit, mais en raison directe de la triste actualité générée par les dysfonctionnements d’une sexualité mal maîtrisée chez les candidats au sacerdoce et les prêtres ensuite, et de la non moins inquiétante situation d’un diocèse en déphasage notoire entre une réalité socioculturelle spécifique à notre région et un corps sociologique appelé à la prendre en charge,

Pourquoi donc ne pas prendre en compte au moins les 2 réalités suivantes :

  • Les futurs prêtres catholiques romains doivent être mis résolument, clairement et explicitement en face de l’engagement au célibat, et plus loin, à la chasteté, que requiert la discipline ecclésiastique (encore) en vigueur. Ce qui entraîne une double opportunité à leur offrir effectivement et pratiquement :
    • publiquement : des tables - rondes / entretiens / conférences sur les sujets de la sexualité pratiquée ou non, de l’affectivité, de l’amour, des retombées psycho- somatiques de l’abstinence sexuelle génitale, de la sublimation des pulsions sexuelles, de la spiritualité de la chasteté chrétienne « pour le Royaume de Dieu », des choix historico- culturels de l’ECR...


    • individuellement : un suivi régulier obligatoire (confiance sur parole) par un spécialiste de ces questions, et voué au secret déontologique, prêtre &/ou psych -analyste ou –psychologue , dans l’anonymat (donc en dehors du lieu du Séminaire).



    NB : ceci n’est pas ad libitum, mais d’une urgence extrême et nécessaire. La situation incroyable de l’archidiocèse de Boston devrait être pour le monde catholique dans son entier la leçon la plus cinglante d’un laisser-aller criminel, Cardinal Law en tête ! Ainsi que les récents évènements dans notre diocèse...



  • La réalité socio- culturelle de notre département/diocèseest d’une évidence crasse ! Trois caractéristiques incontournables :
    • population internationale et migrante (tourisme, émigration, résidences secondaires),


    • culture omni- directionnelle (cinéma, congrès, festivals, rencontres...),


    • recherches scientifique et cybernétique, en matière de technologies de la communication (Sophia Antipolis, La Gaude, UNSA = plus de 50 000 étudiants, 35 000 chercheurs, 68 nations représentées, plus 20 langues parlées).


En conséquence directe et pour servir cette population, (sans négliger bien sûr la population localement stable, à la religiosité traditionnelle de type piémontais), il serait irresponsable de ne pas intégrer dans le cursus de la formation générale des crédits horaires portant, par exemple, sur :

  • L’acquisition d’une pratique opératoire de la langue anglaise ;


  • Une sensibilisation pratique à la culture contemporaine comme le cinéma et la musique ; à la culture scientifique et économique ; à la vie culturelle internationale en général.


  • Un entraînement à fonctionner mentalement avec une « pensée complexe » (le terme est d’Edgar Morin), c’est-à-dire une pensée qui intègre en même temps la vision du monde et de ses réalités à partir d’une analyse immédiatement pluridisciplinaire. Analyser point par point pour en faire une synthèse, ne suffit plus pour rendre compte de la complexité du monde : c’est d’un seul mouvement de la pensée, informée par le maximum d’outils d’analyse, que la qualité de l’observation et de la considération sera opératoire !


Nice, octobre 2003
frise bas


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