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- Réflexions -
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« Réinventer un modèle de développement »

1er Janvier 2004

Interface aux interviews de Mgr J-P.Ricard (Prés. de la CEF),
Sept Défis pour l’Église, Bayard, 2003

1 - Y aura-t-il encore des vocations dans quinze ans ?

Des vocations, il y en a toujours eu, il y en a, et il y en aura ! De par la providence et de par la statistique ! Entendre un appel venant de plus loin que soi est une des caractéristiques de l’éminence de l’être humain sur l’animal. La question est, a été et sera de se demander : d’où vient l’appel, et c’est un appel suivre qui, pour faire quoi, où et pour quoi !

Il y aura donc des vocations dans quinze ans ! Mais celles et ceux qui vont l’entendre, cet appel, se  poseront les questions que j’ai formulées ! Et tant que l’Église répondra à ces questions en fonction d’un passé à respecter et à continuer, et non pas en fonction d’un nouveau présent et d’un avenir à inventer, elle ne connaîtra pas plus d’adhésions qu’aujourd’hui, et n’intègrera que celles et ceux qui ne reconnaissent de conversion que celle du ponde à l’Église immuable ( ?) et non celle de l’Église au monde (changeant par définition).

Si répéter « que nous sommes dans le monde sans être du monde », c’est refuser de comprendre les mondes et leurs logiques et se rendre incapable d’y œuvrer plus adéquatement au nom de l’amour de Dieu. C’est aussi manipuler l’Esprit lui-même et l’utiliser pour imposer une culture dite religieuse de l’Église historique à une culture nouvelle qui depuis les Lumières s’est heureusement émancipée pour développer à son tour une transcendance inédite, que les sciences et les technologies ne cessent de faire émerger sous la poussée de ce même Esprit, qui jadis dans les déserts du Moyen Orient, et bien avant eux, dans ceux du Zagros, du Nil et de l’Indus, a mis en marche l’Homme vers un Dieu qui le cherche depuis la fondation du monde !

Si « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a envoyé son Fils non pour le juger mais pour se révéler à lui et le sauver » (St Jean), ne glissons pas si vite sur la cause de cette Incarnation : « Il a donc aimé le monde à ce point ! » L’Église n’aime pas le monde, et malgré toutes ses déclarations, elle n’est pas crédible ! A part certains individus,- vite catalogués comme dangereux et non-conformes à la tradition, et qu’elle tolère sans pouvoir les éliminer,- elle méprise profondément le monde et ses réalisations dans les domaines culturel, scientifique, politique, économique, sociologique et psychologique. Elle a une peur atavique que le système en place,- son establishment,- puisse être contesté par une idée, une invention, une découverte, une nouvelle évidence : elle en est restée au siècle de Galilée, Copernic et Giordano Bruno ! Elle se déclare Mater et Magistra, alors qu’elle se comporte la plupart du temps en « marâtre » et en « faux docteur ». Elle n’attirera, encore longtemps et en majorité, que les déçus de l’existence, les contempteurs de toute expérience et les blessés du sexe. Les autres, car il y en a,- trop peu nombreux malheureusement pour en changer l’image et l’impact,- subsisteront au prix de tous les renoncements : au pouvoir institutionnel, à la reconnaissance professionnelle, aux moyens matériels. Ces derniers ne devront qu’à la grâce de Dieu et à leurs dons providentiels, d’avancer sur la voie étroite d’un charisme qui, libre de toute compromission, devient leur seul critère et leur seule récompense !

Le culte, l’administration des sacrements, l’homélie dominicale, les contenus de la formation catéchétique des enfants et des adultes touche seulement les catholiques qui d’une façon ou d’une autre, « doivent », pensent-ils encore, « en passer par là » !

  • la messe du dimanche avec des textes bibliques souvent mal lus, et difficiles à saisir à la lecture, parce que datés culturellement, ainsi que son sermon qui frise très souvent la débilité et n’engendre qu’ennui et révolte ;


  • baptême, confirmation (de moins en moins), et mariage (parce que chez nous…etc… ; etc…) : les « passages obligés » ;


  • le catéchisme : c’est encore là où les choses vont le mieux, mais ce sont «  des enfants et des bonnes femmes » ;


  • quant à la formation des adultes, elle ne peut s’adresser qu’à des catholiques « pratiquants », dont on attend qu’ils ingurgitent sans grande contestation un discours qui transmet une théorie ecclésiastique dont ils n’entendent que les « résumés », souvent escamotés, d’une recherche menée ailleurs et par d’autres esprits !


Voilà où se situent la majorité des 3.5% des catholiques pratiquants en France, sur une population de 60% de baptisés !

Pourquoi en est-on là, et pourquoi un « désintérêt » aussi profond affecte des millions de gens qui ne sont pas plus imperméables que d’autres, sinon à certaines sollicitations qu’ils estiment plutôt ridicules, en tout cas inadéquates à la vie qu’ils mènent dans le monde tel qu’il est ! Ne pas se sentir concerné, c’est ne pas/plus voir le rapport entre un discours et le vécu ! Si l’homme de Nazareth semble avoir su/pu « intéresser » ses compatriotes, c’est que ces derniers se sentaient concernés par ses paroles ! Or que leur disait-il, d’après le Testament Nouveau? Il leur racontait des histoires (paraboles) dans lesquelles il « montrait »la compréhension et la miséricorde surprenantes de Dieu, la difficulté insurmontable de l’homme à être homme d’abord, et de croire en Dieu ensuite ; il leur donnait des conseils élémentaires pour la vie de tous les jours ; il fréquentait tous les types de populations : adultes et enfants, hommes et femmes, riches et pauvres, autochtones et occupants, pratiquants et non pratiquants, honnêtes gens et gredins, gredines, etc…, mangeant à toutes les tables quand on l’invitait et ne faisant jamais acception des personnes. Il parlait librement, interpellant qui il voulait, critiquant les systèmes quels qu’ils soient, quand ils entravent la liberté d’expression et de mouvement ; il avait des amis et des ennemis déclarés, ne cherchant nullement l’unanimité autour de lui, mais le triomphe d’une parole claire, dangereuse même…Comment les gens pouvaient-ils ne pas se sentir concernés, même si tout le monde ne se sentait pas à la hauteur d’un tel programme ?

On peut s’ennuyer, on s’ennuie effectivement dans et à l’Église ! Ceux qui sont ordonnés au ministère (de la miséricorde et) de l’en-thou-siasme (celui de mettre Dieu en soi/ soi en Dieu) sont « vides » en quelque sorte : ils répètent des formules et appliquent des recettes ! Il n’osent pas inventer !

Car c’est ce dont il s’agit : « inventer la foi » chaque jour, à chaque pas, en chaque lieu. La foi est un élément vivant qui doit prendre la forme du vivant pour vivre. Or le vivant est multiple et changeant. Les gens vivent des situations personnelles et sociologiques qui leur font voir le réel depuis là où ils vivent, et donnent à cette vision du réel des caractéristiques anthropologiques qui constituent leur vécu. Si le vivant de la foi n’épouse pas les formes du vécu, « il n’est qu’un airain sonnant et une cymbale retentissante ». Inventer, « c’est se faire tout à tous, pour en sauver au moins quelques-uns ». S’il faut faire comme le Christ (Christsein, de Hans Kung) et avoir en soi les mêmes sentiments qui l’animait (St Paul), il faut apprendre à dire avec eux : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » Or comment cela sera-t-il possible ?

Tout d’abord : « rien n’est impossible à Dieu » (St Luc), d’autre part, il faut « apprendre le Christ par cœur », comme on apprend sa leçon de poésie. Devenir mystique comme Antoine, Benoît, Dominique, François, Ignace, et Jean Bosco ; comme Scholastique, Hildegarde, Catherine et les deux Thérèse ! Apprendre les évangiles, la passion de Paul et la tendresse de Jean pour Jésus… Apprendre la vie de Jésus, et la vie de ceux qui ont suivi Jésus ! Ceci vaut pour tous les Chrétiens !

Est-ce à dire qu’il ne faut pas, - chrétiens, non chrétiens et futurs prêtres, religieux et religieuses, - « faire sa philosophie pérenne et sa théologie aristotélico-thomiste » ? Non, bien sûr ! Mais ne pas oublier que ces dernières n’ont jamais transmis la foi à personne : elles tâchent d’en rendre rationnellement compte au cours des âges ; elles ne sont pas prévues pour convertir à la foi mais pour discourir sur la foi !

La vocation se définit d’abord par cela : une certaine identification avec le sujet/objet de la foi, l’homme Jésus de Nazareth, dont la vie, la mort et la résurrection ont un tel impact sur quelqu’un, que de dernier ne peut plus se comprendre lui-même sans tacher de le comprendre, lui ! Et de reconnaître en lui, - comme le chant traditionnel de Noël nous le fait clamer, oui, « en lui viens reconnaître, - ton Dieu, ton Sauveur » !

Quel(s) « signe(s) » de cet « en-thou-siasme » un « jeune » constate-t-il de nos jours, - entre autres chez les « hommes de religion » qui l’entourent,- qui l’incite à se demander « pourquoi » il sent lui aussi quelque chose monter en son cœur qui ressemble à un appel ? Quel prêtre (religieux, religieuse), par sa vie quotidienne et son travail, va-t-il lui donner « envie » de faire de même, donc de s’identifier à une action transcendée par cet « enthousiasme » ? Que va-t-il bien pouvoir y trouver de tellement « plus intéressant » à ses yeux, que cela ne lui coûtera plus tant de renoncer au sexe, à l’argent et au pouvoir, parce que, s’en libérant, il en sera d’autant plus « libre/libéré » pour s’adonner à sa passion (pour le Christ) devenue alors son métier (de prêtre de ce Christ) ?

De même que le problème de la catéchèse, (et de l’enseignement en général), c’est le catéchiste (ou le maître), de même le problème du sacerdoce, c’est les prêtres et les évêques « non enthousiastes ». Car autant il est aisé de « faire des évêques (tant qu’il y aura des prêtres !), autant il est malaisé de « faire des prêtres », si la passion pour le Christ n’est pas contagieuse. Je ne parle ici en particulier ni de la vie de paroisse, ni de n’importe quelle autre activité qu’un prêtre sera appelé à exercer (en fonction de ses dons et de son obédience) : quand le Christ invite, il ne dit pas au « jeune homme riche » d’aller aider une quelconque Mère Thérésa ou une Sœur Emmanuelle au Caire ou à Calcutta ! Il l’invite à le suivre, lui, d’abord : après on verra bien ce qu’il y a à faire. « Car des pauvres, vous en aurez toujours avec vous ! Moi, vous ne m’aurez pas toujours ! »

Alors s’il n’y a pas d’apôtres porteurs du germe contagieux de cette passion pour le Christ, pour l’homme de Nazareth, pour le Fils de Dieu, il n’ y aura pas de prêtres capables à leur tour d’en contaminer d’autres à leur suite… Il n’y aura que d’honnêtes employés d’une firme internationale, « fonctionnaires » anonymes et interchangeables, consciencieux et sans imagination, travailleurs mais pas trop, avec congés payés et maison secondaire…

 Et le territoire de la formation, puis de la mission doit être le lieu d’un apprentissage et d’une action

  • Qui soit au service réel ;


  • Des personnes concrètes ;


  • Dans leurs situations concrètes ;


  • Après une analyse concrète du champ de l’apostolat.


Et quand je répète « concret », cela veut dire qu’il faut avoir fait l’expérience d’une vie de travail, pour comprendre ce que c’est que d’être un travailleur : à l’instar de

  • Jésus le charpentier de Nazareth ;


  • Pierre le patron pécheur de Génésareth et ;


  • Paul le faiseur de tentes de Tarse.


Le futur prêtre doit

  • Avoir appris un métier ;


  • En avoir vécu ;


  • N’en avoir pas été totalement écarté lors de sa formation ;


  • Avoir appris à servir Dieu à travers le service du monde ;


  • Avoir appris aussi à trouver Dieu et à le servir en toutes choses ;


  • À étudier, - car il faut étudier, - tout en travaillant !


Si l’Église a besoin de « séminaires », c’est qu’

  • Elle a peur de perdre des candidats potentiels (mais en quoi, la « vraie vie » les lui ferait-elle perdre ?) ;


  • Elle préfère les former en milieu fermé et contrôlé, avec des impératifs idéologiques précis, pour se doter d’un personnel spécialisé pour des tâches spécifiques (la tradition, avant tout) ;


  • Elle prétend savoir ce dont les hommes ont besoin (magistra) ;


  • En les considérant comme des/ses enfants (mater).


On a les prêtres qu’on mérite, et on a les fidèles qu’on mérite ! Tel curé, tels fidèles ! Mais tel évêque, tel prêtres ! Nous passons à côté de la vie des hommes, en prétendant lui apporter la vie de Dieu.

Le sursaut ne viendra pas des structures, ni de l’institution : il viendra de notre docilité à l’Esprit dont on ne sait ni d’où il vient, ni où il va !

« Duc in altum ! »

Et non pas « Home sweet home » !

Les Iris, Nice, 01/01/04

2 - L’expérience chrétienne

peut-elle encore aider nos contemporains à vivre ?

Oui, bien sûr, sans nul doute ! Mais il y a

  1. Expérience Chrétienne Originaire (ECO) et


  2. Expérience Chrétienne Catholique Romaine (ECCR): à ne pas confondre !


Elles se recouvrent bien un moment, mais pas exactement ! Comme ces bi cercles sécants, dont une partie seule est commune aux deux, tandis que le reste développe sa surface selon sa nature … et la grâce !

Il est certain que la seconde (ECCR) semble avoir fait son temps, ne serait-ce qu’à la vue de ses pauvres résultats, et à la question même que pose le Président de CEF ! D’ailleurs même dans l’Église Catholique Romaine (ECR) l’ ECO ne se réalise en fait qu’aux marges, et jamais sous contrôle : seule l’activité qui ne découle peut être, le cas échéant, contrôlée ; l’expérience christique, elle, peut, au besoin, être, pour le mieux et « pro domo pacis », authentifiée par un organisme ad hoc ! Ce sont les nécessités de l’institution !

Nos contemporains, - et l’auteur de ces lignes avec eux - vivent une vie qui de près ou de loin demeure, pour une très grande part, étrangère à l’immense majorité des « responsables de l’ECR », pour la simple raison que leurs conditions de vie, aux uns et aux autres, dépendent de facteurs trop hétérogènes pour concilier leur expérience existentielle : matériellement, économiquement, sociologiquement, intimement, etc…

Mais la rencontre avec le CHRIST (l’ECO), -celle qui va devenir l’origine d’une altération et d’une mutation psycho spirituelles,- comment ne pourrait-elle pas aider nos contemporains à vivre, comme elle l’a fait et le fera encore chez tous les contemporains des époques de l’histoire.

Mais là encore : et on n’en sort pas ! L’expérience chrétienne n’est pas d’abord une expérience de l’ECR, quoi qu’elle puisse en dire ! Elle est une expérience éminemment personnelle, comme l’ont faite d’une façon unique les disciples, et d’une façon aussi unique, mystique elle, Paul de Tarse (d’après ce qu’il nous en livre !) Il n’y a pas de règle : cette aventure totale relève de ces évènements inattendus qui bouleversent une vie et lui donnent soudain un sens qu’elle cherchait à son insu depuis…un certain temps !

Cette expérience chrétienne-là n’a jamais cessé d’aider quiconque à vivre ! Elle aide encore et toujours nos contemporains du 21e siècle : mais pas nécessairement, et de moins en moins, vu la situation, à l’intérieur de l’Église Catholique !

Jésus de Nazareth appartient à l’histoire du monde ; le Christ Fils de Dieu appartient à tous ceux qui le reconnaissant comme tel, dans et hors les Églises constituées. Recevoir la force transformatrice de sa parole dépend de son esprit : tout cela n’a pas de calendrier, ni de lieu de rendez-vous, ni de formulaire ou certificat !

Mais en quoi peut bien consister cette ECO, et surtout comment se produit-elle ?

  • Il va de soi que la rencontre avec le Christ ne peut être programmée : c’est lui qui « passe » le long du lac, près du bureau de l’impôt, à côté de l’endroit où Jean baptisait… ;


  • Les gens qu’il interpelle ne s’attendent pas à cette adresse ce jour-là: c’est imprévisible, et ils ne se sentent pas plus préparés que cela ;


  • Alors commence la fréquentation quotidienne et totale avec lui : on se déplace, on partage le gîte et le couvert, on écoute, on aide, on fait les gardes du corps ; on se fait enseigner, on  pose des questions, on se fait poser des questions ; on est envoyé deux par deux en stage, on est invité à quelque chose de plus (Pierre, Jacques et Jean) ;


  • Puis arrive un évènement : une épreuve, un examen de passage, un moment où il faut prendre un décision, « la » décision de la vie (la Cène, l’arrestation, la mort et…la Résurrection..) ;


  • Cet évènement doit être digéré : temps de la rumination, de l’approfondissement, de l’assumation ;


  • Alors seulement vient la ratification : l’expérience personnelle du Ressuscité ! ;


  • Et l’envoi dans le monde des hommes avec la force de l’esprit (Pentecôte)


Ces 7 étapes symboliques ( ?) peuvent se traduire dans la vie de nos contemporains de la façon suivante :

  1. Les vicissitudes de la vie (dîner, voyage, expo, concert…) vous font rencontrer quelqu’un que nous appellerons JC ;


  2. Ce JC vous a plus qu’intéressé. Sans le vouloir ( !), il arrive que vous vous trouviez encore invités ensemble chez des amis ou ailleurs les semaines qui suivent. Et comme une sympathie certaine est en train de naître, JC vous embarque dans l’une ou l’autre de ses entreprises ;


  3. Et de fil en aiguille, voici que vous découvrez JC, tout ce qu’il fait, ce qu’il est, quels sont ses buts, ses projets, sa vision du monde et du sens de l’existence, etc…Vous l’aidez, le dépannez, l’invitez chez vous, lisez ce qu’il écrit, écoutez ce qu’il dit dans ses conférences, cours séminaires... ;


  4. Puis un jour, JC doit faire quelque chose de précis et vous invite à le seconder : une décision est à prendre, qui doit emporter l’adhésion de votre conjoint ;


  5. Il faut du temps pour arriver à arrêter une position : le goût est là, l’envie de le faire, la capacité aussi. Mais confort, paresse, lâcheté peut-être vous font hésiter. Et puis un beau jour, à Dieu vat ! ;


  6. A partir de ce moment, vous pénétrez encore plus profondément dans la vision et la personnalité de JC : vous saisissez de l’intérieur ce dont il s’agit. Vous adhérez de plus en plus fort ! Vous êtes confirmé dans votre démarche qui devient une décision assumée ;


  7. Vous voilà désormais sûr, plein d’idées et d’optimisme, marchant à votre tour, à la JC, mais  à votre rythme et selon vos propres méthodes !


Mais il y a d’autres modèles que nous livre l’histoire d’hommes et de femmes que le Christ a rattrapés sur leurs routes respectives :

  • Augustin : le dandy d’excellence, du barreau d’Hippone, qui lit un livre par désoeuvrement ;


  • Ambroise, son parrain : préfet de Milan, qui répond à un appel du peuple


  • François d’Assise: qui abandonne une carrière de grossiste en drap, après avoir embrassé un lépreux, à l’aube d’une nuit d’orgie ;


  • Ignace de Loyola : qui, le genou fracassé au siège de Pampelune, passe sa convalescence à relire son existence ;


  • Thérèse d’Avila : qui décide d’entrer au carmel et réforme l’ordre, faute de pouvoir partir jouer les Conquistadores au Pérou ;


  • Charles de Foucauld : militaire et soudard, rejoint le Hoggar.


Ce sont bien sûr des gens connus : un berbère, deux italiens, deux espagnols et un français…Si je les cite, c’est que leur aventure, elle, est paradigmatique :

  • On mène une vie déjà stable et porteuse d’avenir ;


  • Quelque chose se passe : lecture, besoin, folie, accident, colère, dégoût… ;


  • Que faire avec çà ? ;


  • Une grâce arrive : qui dévoile le sens de ce qui s’est passé ;


  • Comment continuer, en fonction de ce qu’on a « découvert » sur soi, la vie, le monde, le sens… ;


  • Le Christ « se présente » alors avec sa vie, sa mort, sa résurrection et tout ce que cela a entraîné pour l’histoire du monde ;


  • Alors à chacun de jouer (on peut faire tout ce qui suit !):


  • adhérer à un groupe/club/association,


  • offrir ses services (temps, savoir-faire, etc..) à…,


  • approfondir ce qui est arrivé en allant quelque part (monastère, désert,…),


  • chercher une direction spirituelle…,


  • vivre désormais avec le Christ comme compagnon !


Il y a enfin ce qu’on appelle « le cheminement personnel » : l’intéressé ne sait pas pourquoi ! Il ne le saura jamais très bien. Mais il sent que tout ce qui lui « arrive » est « bien », et que cela correspond au fond à ce qu’il  se souhaitait.

Tout cela prouve simplement que l’ECO n’a fondamentalement rien à voir structurellement avec l’Église Catholique Romaine,- qui peut par ailleurs être elle aussi un lieu, un moyen, une opportunité pour cette expérience ! Quand le Président de la CEF pose cette question, on peut se demander à quoi il pense exactement. S’il pense au contre témoignage de plus en plus fréquent que cette ECR donne devant la face du monde, et qu’il s’en inquiète, qu’il se rassure : Jésus de Nazareth en a vu d’autres, le Christ est « hier, aujourd’hui et demain », et enfin rien n’est impossible à Dieu.

En revanche,- et pour faire un lien entre le précédent essai et celui-ci,- il peut s’inquiéter à propos de l‘initiation à cette expérience, dont on attendrait que les prêtres et évêques soient sinon, les « spécialistes », au moins de fiables relais ! Quels sont les mystagogues qui dans les « maisons de formation ecclésiastique » sont chargés de la mystique et de la contemplation ? Ceci  vaut tout autant pour l’homilétique, cet art de la rhétorique religieuse : où sont les rhéteurs chrétiens ?

Si l’on croit que ce qu’on appelle improprement « Renouveau Charismatique » (RC) et « Communautés Nouvelles » (CN) est,- comme le pensent certains, et très haut placés dans la hiérarchie institutionnelle,- la voie royale pour cette « ECO », c’est que l’on choisit alors l’abandon de toute cause originaire transcendante au profit de stimuli psychologiques, émotionnels et inconscients de tous les phénomènes de groupe et du psychodrame en particulier (pratiques dans ce qu’il est convenu d’appeler sectes).

Voilà (encore !) une erreur de diagnostic (désespéré, après celui de la vaine démultiplication des ordinations diaconales, pour pallier, quoi que la hiérarchie ait pu raconter comme couverture, le manque de prêtres) : utiliser (à présent) les troupes fraîches des RC/CN, puisqu’ils ont du succès, embauchent et se développent, en jouant sur la sensibilité religieuse la plus épidermique et le besoin affectif le plus exacerbé. En multipliant les « manifestations » de ce type au sein de groupes, d’institutions, de paroisses, de rassemblements divers, avec le succès médiatique que l’on sait, ils passent pour des pionniers d’une renaissance de l’Église ! Alors, qu’ils se dénomment Chemin Neuf, Emmanuel ou Béatitudes, les évêques, forts de cette (providentielle) aubaine en personnel, appellent, nomment, installent !

Mais question mystagogie et homilétique ! Question ECO !... Quand tous ces gens-là se réveilleront, ils feront toutes leurs excuses, bien sûr, et plaideront non coupables ! Mais quel temps perdu, quelles occasions perdues ! Quelle lamentable aventure! Quelle faute de croire qu’au nom du pouvoir institutionnel on peut se prévaloir d’une compétence professionnelle !

Les Iris, Nice, 01/01/04

3 - Quel discours de l’Église sur la famille ?

Tant que l’ECR tiendra des « discours »justement, et le type de discours sur la sexualité, qui ne distingue pas ce que Jésus lui-même comprenait, elle restera étrangère à ce que vivent les hommes et les femmes dans ce qu’ils appellent l’amour et se disqualifiera d’autant à leur yeux, les éloignant d’elle et des secours qu’elle serait en mesure de leur apporter, si elle le voulait !

Génitalité, plaisir, procréation : la sexualité est multiple suivant les saisons de l’amour ! Et la tendresse, et la fidélité, et la charité, alors, peuvent s’épanouir, sous la garde exigeante et forte de la justice !

Mais à jeter sur le sexe la faute, par dessus le mystère qui déjà l’auréole, trouble jusqu’à la conscience du bien et du mal ! Les conditions ordinaires de l’existence ordinaire et les caractéristiques spécifiques de chaque situation ont toujours rendu malaisée la pratique de l’idéal, - au temps de Jésus, comme au nôtre, - et obligent les uns et les autres aux arrangements les moins glorieux peut-être, mais les plus praticables ! Car il faut vivre, et faire ce que l’on peut, sinon ce que l’on doit !

L’ECR ne s’intéresse pas à l’homme réel, sauf quand il est malade, misérable et esclave. Mais pour le bien portant, qui prend femme ou mari, engendre progéniture, et travaille pour vivre, elle a inventé le Droit Canon, et elle le traite selon la Loi ! Pour les siens, depuis près de dix siècles, elle a choisi le célibat, et pour les plus radicaux, la chasteté : croyant par cette autre loi maîtriser la nature  et l’amour, sans vouloir reconnaître que « la première revient toujours au galop » et que « le second est plus fort que la mort » !

La famille est une réalité culturelle, elle aussi. Les familles d’Adam et d’Eve, avec meurtre fratricide ; celle d’Abraham et de Sara, sans oublier Agar ;  celle d’Isaac et de Rébecca, et de leurs fils ennemis ; celle de Jacob/Israël et de ses quatre femmes Lea, Rachel et leurs servantes ; celle de David, et de ses fredaines ; celle de Salomon et de ses harems... Et puis les familles des femmes qui suivaient Jésus ou qu’il rencontrait, les Madeleine, les adultères ! Sait-on si les compagnons de Jésus avaient abandonné épouses et enfants pour le suivre ? Nous savons seulement que Pierre avait une belle-mère, et un enfant vraisemblablement : était-il veuf ou bien avait-il, lui, été abandonné ?...Faut-il évoquer les mœurs familiales et matrimoniales de nos rois, celles plus scandaleuses encore de nos papes dits de la Renaissance ?...

Faut-il taire les misères de la pédophilie ecclésiastique, tant chez les prêtres que chez les hiérarques ?... Tout cela n’est que culture, et toute culture est mortelle, comme les civilisations !

Tout n’est pas bon dans la culture, vu depuis l’absolu. Jésus le savait bien, puisqu’ « il savait ce qu’il y a au cœur de l’homme » ! Il ne condamne pourtant ni la Madeleine, ni la Samaritaine, ni l’adultère : reconnaissant que l’une montre l’immense amour du pardon qui la submerge, que l’autre recherche le grand amour, et que la dernière s’est trompée d’amour !

C’est d’amour que Jésus parle : c’est son seul discours ! Les hommes et les femmes ont toujours su qu’ils font le bien ou le mal, ils en ont la conscience, sinon toujours la volonté (sauf les malades, mais ils méritent pitié). Si Jésus condamne, c’est le mal, et ceux qui font du mal aux autres !

Nous nous trouvons dans une curieuse situation, celle qu’ont connue toutes les époques de crise. Une crise, c’est un état mouvant, dans lequel les choses et les gens bougent, comme les éléments d’un kaléidoscope, tant qu’ils ne trouvent pas la position qui sera la leur en la circonstance : elle ne sera jamais la même qu’avant ni tout à fait différente. Toutes ensemble, elles formeront une nouvelle constellation fonctionnelle, qui finira par intégrer les valeurs de toujours.

La famille, il y en aura toujours ! N’importe quel discours, - même/surtout celui de l’ECR, -  ne changera rien aux évolutions, transformations, révolutions que la cellule fondamentale de la société a connues, connaît et connaîtra : c’est la vie concrète qui l’emporte, elle trouve toujours une voie ! Si la famille est au service de la vie, le vie ne peut se passer de famille !

Mais la vie ne peut non plus se passer de plaisir, elle en a besoin pour être la vie précisément ! L’exercice de la génitalité ne peut viser chaque fois la procréation : elle s’exerce, c’est tout ! Tout est ascèse et maîtrise : du corps, de l’esprit, du désir ! Tout est grâce si on s’en sert ! Et tout est exercice, entraînement, exigence : en un mot, éducation !

L’éducation suppose des éducateurs : les parents d’abord ; puis l’école et l’Église ! Éducation : cela veut dire apprentissage, essais, erreurs, progrès, exploits, échecs, espérance, opiniâtreté, endurance, foi ! La famille sera « belle », - et il sera beau d’en fonder une et d’y être fidèle,- si le sexe est beau, si le plaisir est noble, si l’amour est digne !

Tout le monde n’est pas fait pour la famille, comme tout le monde n’est pas fait pour le célibat et la chasteté. La vie nous le révèle, et la vie, c’est Dieu en définitive : la vie ne peut aller contre la vie. Mais vivre ne va pas de soi quand on se met à aimer : çà s’apprend ! Rien n’est jamais gagné !

Villa Pauline, Nice, 02/01/04

4 - Humaniser le monde du travail ?

Voilà un domaine typique où un discours (encore !) est émis en dehors de la réalité du travail objectif! Non pas que les hommes d’Église ne travaillent pas, mais parce que leur travail n’a rien à voir avec les contenus et les conditions du travail des autres citoyens. Et d’abord à cause de deux points :

  • l’activité professionnelle rémunérée


  • le citoyen lambda doit travailler pour vivre ; il doit « faire de l’argent », en faire le maximum, car il doit subvenir à ses propres besoins et aux besoins d’une famille plus ou moins étendue, mais tout aussi exigeante en matière de dépenses, simplement parce que la vie est chère, et que tout coûte très cher !


  • L’homme d’Église ne connaît pas cet impératif : même s’il ne roule pas sur l’or, ses revenus, si modestes soient-ils, sont suffisants pour vivre, et vivre en petit-bourgeois d’une double société (l’Église et l’État) qui le prennent en charge, d’une façon ou/& d’une autre !


  • la sanction sociale :


- le citoyen lambda est soumis à toutes sortes de « contrôles » : il est sans cesse

A -évalué au sein de son entreprise, en fonction de la concurrence et de la promotion,

B - menacé dans son emploi par les aléas des concentrations et des plans sociaux

C - obligé de rechercher sans cesse le poste qui lui permettra de préparer un avenir plus sûr pour lui et sa famille

D -sanctionné de toutes les façons, quelle que doit sa conscience professionnelle et l’idée qu’il se fait de sa compétence.

- L’homme d’Église est soumis au seul contrôle de sa conscience individuelle et du scandale public. Les évêques tachent de se conduire en « pères » de leurs prêtres, essayant de (trop ?) les comprendre, et veillant à leur bien-être en dépit de leur rentabilité.

On pourra rétorquer, et légitimement, que les conditions de vie des hommes d’Église sont ce qu’elles sont, et qu’il ne faut pas les comparer avec celles de la vie profane !... Certes ! Mais c’est précisément ce qui rend les « idées de l’Église sur l’humanisation du travail » d’autant  plus « théoriques », que les « gens d’Église » ne travaillent pas dans les conditions qu’ils prétendent savoir comment humaniser ! Cela va si loin que même lorsqu’un homme d’Église commet une faute publique qui serait immédiatement sanctionnée pour un « homme normal » (la vague pédophile récente), les « responsables » ont un  réel problème à réagir et à prendre des/les mesures appropriées, parce qu’ils ne peuvent pas imaginer devoir dépendre des mêmes impératifs qui s’imposent à la société civile. Et cela les rend encore plus étrangers à la vie réelle des citoyens et les disqualifie encore plus quand ils s’expriment. Pourtant ceci n’est pas une fatalité : mais les simples retombées de l’entêtement atavique d’une société qui se veut déjà parfaite, alors qu’elle n’est que sur la voie de la perfection,...comme les autres !

Cela veut-il dire pour autant que l’Église n’ait rien à dire sur le thème ? Non, pour sûr ! Mais le problème, c’est à la fois la crédibilité que confère l’expérience, et le langage dont il se sera fait usage pour en parler. Les « prêtres-ouvriers » avaient tenté de pénétrer le milieu du travail, celui de l’ouvrier, pour en partager le quotidien et depuis ce quotidien, annoncer le message libérateur du Christ. Sans vouloir polémiquer avec l’autorité ecclésiastique qui a mis fin à cette initiative, il ne serait pas vain de comprendre les causes des incompatibilités entre une présence sacerdotale « ouvrière » et les impératifs ecclésiastiques qui ne purent la tolérer (au-delà des dérives d’un prêtre-ouvrier ou d’un autre : car dans ce cas, il serait impossible d’être prêtre, ou évêque d’ailleurs, quasiment nulle part !)

On ne peut parler que si on sait de quoi on parle ! Sinon on se tait ! Si un missionnaire veut vivre les conditions de vie de ceux chez qui il est envoyé (la jungle, le désert, la banlieue, le taudis, le HLM, la zone, le « milieu », la route...), c’est qu’il sait que seul celui qui vit-avec ou vit-comme, sentira dans son corps d’abord, et dans son esprit

  • et ce que cela signifie de vivre de la sorte


  • et les conséquences sur sa manière de voir les choses, le monde, les hommes et Dieu.


Quand Gustavo Guttierez écrit sa thèse de doctorat sur la Théologie de la Libération, quand Dom Helder Camara installe son séminaire dans une zone de « tugurios » (bidonville), c’est qu’ils vivent eux-mêmes, l’un à Lima, dans le quartier de Rimac, et l’autre dans le quartier misérable de Recife, dans le  Pernambouco.

Cela vaut pour Mère Térésa, pour Sœur Emmanuelle, pour le Père de Foucauld : c’est çà le « se faire tout à tous », alors on en sauve effectivement...quelques-uns !

C’est pourquoi je prétends que le prêtre, et plus loin l’évêque doivent avoir appris et exercé, et si c’est possible exercer encore, un métier. Faire comme St Paul. N’oublions pas que, d’après l’évangile, les apôtre déçus par la mort de Jésus s’en sont retournés à leur métier : pécheurs ! C’est sur leur lieu de travail que Jésus les rejoints, et leur prépare un méchoui de poisson ! Comme c’est sur leu lieu de travail qu’il vient les « débaucher », pour en faire « des pécheurs d’hommes ». Soyons honnêtes : l’activité purement « religieuse » ne prend qu’une partie de la journée ! Bien sûr toute la journée doit être pastorale : mais elle peut l’être :

  • par la méditation et la messe quotidienne


  • par l’administration des sacrements


  • l’écoute aux heures de permanence


  • l’écoute par le téléphone portable


  • les renseignements donnés par email et internet


  • par un travail rémunéré à plein temps, à mi-temps (surtout avec les 35 heures et le RTT)


  • par les loisirs partagés


  • par les visites dites pastorales


  • par les visites et les invitations d’amitié


  • par des voyages/pélé/escapades où se mêlent découvertes, prière et convivialité !


Que faisait donc Jésus sur les routes de Galilée, de Samarie et de Judée, sinon aller au devant des gens, accompagné par sa troupe de disciples ? Enseignements, sermons, conseils, repas, disputes, histoires, paraboles, invectives, rencontres extraordinaires, veillées, et... la route !

Alors on se surprend à avoir des « idées » : elles ne peuvent venir que de l’expérience partagée avec ceux pour qui quelqu’un, inspiré par un Dieu devenu charpentier pour comprendre les hommes, peut oser à son tour une parole pour  humaniser le travail de ces hommes sur la terre...Redemandons : humaniser le monde du travail ? La question posée de la sorte, le ton induit un scepticisme tout à fait réaliste ! Le monde est intraitable : et depuis « la déclaration de guerre » de la mondialisation, il l’est encore plus ! Tant au niveau du libéral qui travaille en solo qu’à celui de la firme internationale qui emploie des milliers de gens, le marché a ses lois, et il faut travailler dur, beaucoup et longtemps ! Bien sûr, il faut veiller aux conditions de travail, partout où c’est possible !... La petite entreprise de Joseph, dont a hérité Jésus, devait exiger de se lever très tôt, pour faire face à une demande d’autant plus forte que Nazareth est située sur la voie rapide nord-sud qu’empruntaient régulièrement non seulement les caravanes Antioche Petra, mais aussi les transports et convois de troupes romaines qui assuraient l’occupation de cette Palestine que les empereurs finiront par raser, faute de pouvoir l’assimiler ! Quand on vous amène chars et chariots, javelots et flèches dès la première heure à réparer dans les 24 heures, vous n’avez pas à faire le difficile... Et quand le bois livré depuis les forêts du Liban ou des bord de l’Euphrate n’est pas conforme à la commande, il s’agit de sauter dans la première caravane pour aller sur place faire les réclamations et éventuellement se faire rembourser ! Sinon, il faut changer de métie r, et déposer le bilan! Le fils de Joseph était un artisan, installé à son compte : peut-être avait-on monté une petite entreprise ; il a tenu jusqu’à 29 ans (comme Siddhârta, Socrate et Confucius !) Après, il est parti s’occuper des affaires de son Père !

Mais l’intérêt pour nous, c’est que Dieu a travaillé de ses mains pendant près de vingt ans, et qu’il n’a pas théorisé sur le travail manuel, que Dieu a gagné sa vie à la sueur de son front et qu’il n’en a pas tiré gloire. Il n’y a que ceux qui font qu’ils aiment et qui aiment ce qu’ils font, qui éprouvent de la joie dans leur travail ! Les autres travaillent,- quand ils ont du travail ! Point final !

Tant que les « gens d’Église » seront assimilés, - même à tort, -  à des « cols blancs » qui « se penchent » régulièrement sur la « situation difficile » des travailleurs de base, là encore leur discours ne sera pas crédible ! Vivons au rythme des travailleurs, travaillons comme eux, qu’ils sachent que nous gagnons notre pain à la sueur de notre front : ils écouteront si nous osons une parole sur le travail ! La religion doit traiter aussi du travail, et pas seulement lors d’un « événement », malheureux en général : l’événement du travail est quotidien, il touche chaque citoyen pendant plus de trente ans de leur existence. « Travaillons tant que brille la lumière ! »

Villa Pauline, Nice Janvier 2004

5 - Pourquoi l’Église Catholique ne bénéficie-t-elle pas du nouvel intérêt pour le religieux ?

Avant tout parce qu’elle a définitivement désespéré tous ceux qui s’en étaient éloignés pour toutes sortes de raisons :

  • Les ados, parce qu’il est un âge où la plupart fichent en l’air tout ce que l’on leur a inculqué ( !) : révolte salutaire, saine, mais passagère, sur laquelle on revient normalement au seuil de l’âge adulte (alors, on vous sort les JMJ, dont nous savons qu’il ne reste quasiment plus rien quand chacun s’en est retourné à la grisaille ecclésiale quotidienne !) ;


  • Les adultes lassés d’un discours moralisateur à " l'eau de rose ", et de sermons degré zéro de l’intelligence moyenne (parce qu’on les prend pour des débiles en matière religieuse, alors que beaucoup ont des Bac + pas mal d’années d’études) ;


  • Les sceptiques, confirmés dans leur conviction de l’incapacité de l’Église à épouser les valeurs positives, quoique nouvelles et  toniques, de la post modernité (alors qu’ils doivent dans cesse se réadapter à une société et à une profession qui n’admet pas la stagnation) ;


  • Les intellectuels, même ceux de droite, trouvant l’attitude papale à la fois trop polonaise et trop partiale, dans son traitement de l’intégrisme lefebvrien, l’opus dei, le renouveau charismatique, les légionnaires du Christ, et dans le choix de ses conseillers, depuis le cardinal archevêque de Paris à son collègue de Medellin, en passant toujours par l’ex-cardinal de Munich (alors que, de prières à la Vierge en déclaration d’Assise, on leur donne à manger aucune nourriture solide, hors la piété) ;


  • Le monde entier face à l’auto disqualification malheureuse et lamentable de la hiérarchie lors de la vague pédophilique dont nous ne sommes pas encore sortis (abasourdis devant tant d’incompétence de la part des chefs et d’absence quasi totale de civil courage).


et qui regardaient toujours de son côté, attendant ( ?) quelque chose qui leur redonnât confiance tout en leur donnant tort !

  • Le clergé lui-même, celui qui travaille dur à la réhabilitation de l’institution et à sa crédibilité, et qui se retrouve précipité à chaque fois au bas de la montagne, comme Sisyphe, dont « on » fait basculer la charge, alors qu’il pense avoir atteint le/un sommet ! Rester fidèle, dans ce cas, relève de l’héroïsme, dont certains, très peu, sont encore ( !) capables, mais dont beaucoup, plus qu’on ne croit, ont perdu jusqu’au goût !


Alors pourquoi l’ECR devrait-elle jouir de l’intérêt actuel de la société pour le « religieux », dans la mesure où elle déçoit  la personne la plus bienveillante?

La société post moderne, à tort ou à raison, recherche un « religieux » proche, positif, énergétique, pratique, libre de dogme donc tolérant, et (relativement) simple à pratiquer. Ce « religieux » doit s’accompagner de méditation, en tout cas de positions corporelles comme on le trouve dans le zen, le soufisme ou la MT. Car c’est ce dont cette société sent le besoin :

  • Du silence variant avec de la fête ;


  • De l’immobilité variant avec la danse,


  • « Des mandapas ou koan ou huatou » (prières répétitives) ou des récitations recto tono en groupe).


Le Renouveau Charismatique, (avatar,- malheureux,- du Pentecôtisme nord américain) utilise certaines de ces martingales (pensant que les recettes feront recette). Mais c’est le Bouddhisme et ses deux variations tibétaine et japonaise zen qui l’emportent : plus ésotérique (Vairocana) pour la version tibétaine, plus « disciplinaire » (Soto : Deshimaru) pour la version nippone. Le soufisme connaîtrait plus d’adeptes, si les musulmans n’avaient pas cette réputation généralisée fondamentaliste et menaçante selon les amalgames de l’actualité.

Ainsi se multiplient les rencontres, colloques, symposiums, séminaires inter -religieux :

  1. Quand ces manifestations font intervenir des représentants officiels des différentes confessions, ce ne sont que généralités bien calibrées, inoffensives et iréniques, qui évitent les vraies questions et finalement n’intéressent que les officiels eux-mêmes ;


  2. Il faut courir le risque d’avoir recours à la société civile et d’inviter des hommes avertis et compétents, mais qui, ne représentant qu’eux-mêmes, répondent en fait aux vraies questions que se posent les participants !


L’ECR n’aurait-elle donc plus rien à proposer à la soif de spiritualité dont elle va répétant que la jeunesse se meurt de ne pouvoir/savoir étancher la sienne ? Les JMJ ne sont qu’un Woodstock olympique ! Mais qui se donne la peine de retourner demander conseil

  • à Antoine et Charles « les voix du désert », (des 3e et 20e s.) ;


  • À Bernard le Cistercien de « la sainte règle » (du 13ème s.) ;


  • À Dominique « le théologien de la vision », (idem) ;


  • À François le poète « écologiste », (idem) ;


  • À Maître Eckhart le tsaretz du « nuage d’inconnaissance » (idem) ;


  • À Thérèse et Jean du « nada », (du 16ème) ;


  • À Ignace « le maître d’exercices » (idem) ?


Leurs batteries sont toujours prêtes à cracher le feu mystique sur toutes les importations extrême orientales ! Mais il faut les connaître, les pratiquer et apprendre à y initier les autres : tout le travail de la mystagogie ! Où sont (formés) les mystagogues dont nous avons besoin ?

Sinon qu’a à proposer l’ECR, qu’elle n’ait proposé sans succès depuis la fin des Temps Modernes, depuis la « devotio moderna » de Blaise Pascal, de Mr de Bérulle et de St François de Sales,- qui s’est affadie en piété saint-sulpicienne, faute d’esprits inventifs pour en réanimer les intuitions ?

Alors que la dizaine de « grands » cités plus haut n’ont pas vieilli d’une ride ! Et après les avoir abandonnés, parce que étroit est leur chemin et rude leur voie, nous voici affrontés à notre indigence et à notre ignorance, faute d’avoir nous-mêmes osé « saisir le Christ, comme il nous a un jour saisis ».

  • Quand l’ECR parle, c’est la plupart du temps pour dire non, s’opposer, se démarquer et condamner !;


  • Quand elle propose, ce ne sont que principes et applications impraticables ;


  • Elle prétend en même temps que la vérité n’est pas affaire de majorité, et que la vertu n’est pas censée être facile à pratiquer, bref qu’il faut toujours aller « ad astra per aspera » ! ;


  • Ce qui est loin d’être faux ! Au contraire !


  • Mais pourquoi reste-t-elle in - entendue, non crédible ?


  • Pourquoi cela sonne-t-il sinon « faux », du moins irrecevable en la forme ?


  • Pourquoi n’a-t-on pas envie de l’écouter, encore moins de la suivre ?


  • Les mots, les gens, le ton, le moment, le lieu : toujours à contre temps, et jamais à temps ?


L’ECR n’est pas joyeuse : son visage dément sa parole.

Ses ministres contredisent le chef : ils n’ont vraiment pas des « gueules de ressuscités », comme disait Nietzsche qui ne pouvait croire qu’ à « un Dieu qui danse » !

6 - D’ici vingt ans l’Église de France sera-t-elle en mesure d’affronter les défis des enjeux sociaux et culturels de notre monde ?

Commençons par quelques états de fait, glanés sur le territoire :

  • Entre 700 et 800 ecclésiastiques étrangers assurent les offices ;


  • En 2000, environ 80 % des 19 000 prêtres avaient plus de 60 ans. Si la tendance actuelle persiste, il ne restera plus que 12 000 prêtres dans dix ans, et 6 000 dans vingt ans.


À ne prendre que ces 2 chiffres, il n’y aurait donc que 6000 prêtres hexagonaux et dans la même proportion plus de 3000 prêtres non hexagonaux. Cela est fort possible ! On peut même en faire un descriptif virtuel, en fonction d’une analyse actuelle et d’une projection probable :

- les 6000 prêtres hexagonaux de 2020 viendront à 50% du soi-disant Renouveau et de l’Opus Dei, soit 3000

- les 3000 autres seront déjà bien avancés en âge, ce sont les quinquagénaires d’aujourd’hui

- les 3000 prêtres non hexagonaux viendront à 50% de Pologne, et les autres de pays d’Afrique francophone : soit 1500 X 2 = 3000

En tout 9000 prêtres en 2020, soit ! Les diacres connaîtront une évolution analogue : mais tant que l’Église subsiste comme institution sacerdotale...

 Ce n’est pas qu’il faille avoir peur à cause du petit nombre, etc. La question est toujours la même : que faire avec ce que l’on a ? Si les projections devaient se vérifier, il faut imaginer :

un scénario de pénurie, mais réaliste, un scénario missionnaire :

  • Un centre, des satellites, une périphérie ;


  • Des objectifs et des populations target ;


  • Des staffs de laïcs, convaincus et « intelligents », de cette intelligence que donne l’Esprit ;


  • Une stratégie et une tactique pastorales de guérilla et non de tranchée ;


  • Mots d’ordre : mobilité, légèreté, engagement ;


  • Une spiritualité de nomade : simple, mobilisatrice, vif argent ;


  • Une adhésion totale à Jésus de Nazareth, le Christ, le Fils de Dieu.


Le problème fondamental ne change pas :

  • Quel type de troupes ;


  • Quel type de training ;


  • Quel type de trainers.


C’est MAINTENANT qu’il faut préparer l’avenir proche :

Affronter les défis culturels et sociaux de notre monde... Et dans cette phrase est contenu tout le programme :

  • Affronter : c’est une « guerre » en quelque sorte ;


  • Défis : le mot est lourd ! Un défi, çà se relève ! Ou alors, on est un couard, un incapable, un imposteur ! ;


  • Culturels : oui, culturels ! Quelle(s) culture(s) : elles sont multiples, en interaction, et produisent des structures mentales spécifiques, qu’il faut acquérir, analyser, critiquer, évangéliser, répandre, et transmettre ! ;


  • Sociaux : en général conflictuels. Impossible, autrement ! La paix sociale est un répit entre deux conflits ! Il faut poursuivre la paix, et faire la guerre contre tout ce qui tue les hommes ! ;


  • Notre monde : comment pourrons-nous dire que ce monde est notre monde, si nous ne l’aimons pas d’abord tel qu’il est, si nous n’apprenons pas à le connaître, si nous ne le fréquentons pas (dans le monde, sans en être !).


C’est l’un des scénarios : qui en propose un autre ?

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Dernière modification : 2004/02/26
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