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"ICÔNES & ICONOCLASTES"



Château de Mouans-Sartoux
Vendredi 12 Novembre 1999

1 - HISTORIQUE : ETAT DE LA QUESTION

11 – Les interdits des grandes religions, Judaïsme, Bouddhisme, Islam, quant à la représentation de Dieu ou du Bouddha.

Pourquoi? Il semble qu'il s'agit de cette croyance primitive : qui possède le nom, à fortiori le visage de l'AUTRE, possède en même temps cet Autre et a pouvoir dur lui.

12 – La révolution de l'image-icône du Christianisme, avec ses 2 aventures : 

  • celle de l'Orthodoxie, chez qui l'icône équivaut presque à la présence réelle,
  • celle de la Réforme, qui veut revenir à l'an-icônisme.

Parallèlement, nous assistons à l'action des Musulmans pour effacer toute trace d'iconisme dans les pays conquis par le jihad (la Guerre Sainte) : ils "martèleront" : 

  • les visages des Pharaons d'Egypte,
  • ceux des Bouddhas des Routes de la Soie, où se développe le commerce arabe,
  • enfin les représentations chrétiennes des territoires conquis.

13 – L'image comme parole, au Moyen-Age européen : romanisation de l'Europe : 

Catéchisation

  • par le vitrail à l'intérieur de l'édifice,
  • par la statue à l'extérieur,

principe même de la cathédrale gothique qui suit l'église romane qui avait inauguré le processus par les sculptures des chapiteaux, les statuettes de bois et les retables.

14 – L'image comme ré-actualisation de l'Histoire religieuse dans l'environnement contemporain de l'artiste et des commanditaires (européanisation de la chrétienté).

Deux étapes : 

  • les Primitifs Italiens, et
  • la Renaissance

15 – L'image comme réaction catholique hypertrophiée contre les iconoclastes de la Réforme

  • les Jésuites & le baroque après le Concile de Trente : de Rome vers le nord jusqu'à la Baltique, et vers le Sud de l'Italie, mais aussi tous les Suds de l'Amérique Latine;
  • applications aux images acoustiques (opéra, arias etc...) et même gustatives et olfactives (nourritures et parfums...).

16 – Les autres grandes civilisations, surtout les asiatiques (Inde, Chine, Japon et satellites),- mais aussi l'Amérique précolombienne,- n'ont jamais eu le complexe de l'image. Même le Bouddhisme du Mahayana s'y est mis dès la fin du 1er siècle avant J-C.

PREMIERE CONCLUSION
  • Il semble que le monothéisme en général a eu un problème avec la représentation de Dieu comme personne à visage humain.
  • Ce qui ne fut plus le cas avec le monothéisme chrétien, à cause et en vertu même de l'Incarnation du Fils de Dieu.

2 – LES IMAGES MENTALES : L'INCONSCIENT & SA STRUCTURE

Avec Sigmund Freud, quelque chose de neuf apparaît dans l'univers iconique : l'interprétation des images, et surtout des images du rêve.

21- C'est d'une part une "profanation" de l'image et d'autre part sa "démocratisation" :

  • le monde religieux, commanditaire et utilisateur de l'image canonique, n'est définitivement plus le standard ni le censeur de ce qu'il faut ou ne faut pas montrer, et
  • chacun devient le producteur d'images 'intéressantes', par le seul fait qu'il possède un imaginaire et qu'il rêve!

22 – La symbolisation passe du religieux au psychologique, où le religieux n'est plus qu'un élément parmi d'autres (l'économique, le social, l' esthétique, et surtout le sexuel).

23 – Le sexuel et la sexualité,- avec leur élaboration systématique et idéologique,- deviennent la source (quasi) unique, non de la production des images, mais de la signification de leur contenu latent, que le psychanalyste, justement, est chargé de débusquer et d'interpréter.

24 – Chaque élément de l'image renvoie à "autre" chose, mais cet "autre chose" n'a rien à voir avec l'Altérité, que tâche de représenter le religieux : il s'agit de la cause du "malaise" dont l'image n'est que le symptôme.

25 – Ainsi, dira Lacan, l'inconscient est structuré comme un langage. Cad que le langage de l'inconscient, c'est d'abord des images, dont on peut établir une véritable grammaire et un véritable lexique. Tout élément de l'image devient porteur de sens, et révèle symboliquement l'état du psychisme de l'individu,- ainsi que le style d'un écrivain nous en apprend non seulement sur son héros, mais aussi sur lui-même : "Le style, c'est l'homme!"

DEUXIEME CONCLUSION

Avec la psychanalyse, l'image passe

  • de l'utilitarisme socio-religieux, axé sur la cohésion d'un "inconscient collectif", capable de galvaniser des peuples d'origines et de cultures diverses (catholicisme romain, par ex.),
  • à l'illustration en forme de rébus d'une activité psychique, faite d'étapes syncopées et interactives, dont le dernier sens est toujours à chercher dans le jeu des éléments entre eux, et non dans la totalité de leurs significations individuelles.

C'est la structure qui donne sens!

3 - L'IMAGE AUJOURD'HUI

31 – Avec l'invention

  • de la photographie et de sa reproduction,
  • puis du cinéma et de ses truquages,
  • enfin de l'image numérique et de ses mondes virtuels,

apparaît un nouvel imaginaire, "engendrant et engendré par" de nouvelles structures mentales.

32 – La multiplicité, la définition, la numérisation et l'omniprésence de l'image vont jusqu'à réduire, en quantité et en qualité, tout autre langage, et y compris la capacité même de dire quoi que ce soit à leur endroit ! (cf. les images "No comment" d'Euro News).

33 – L'image, par son accumulation même et sa puissance d'adhérence,

  • occupe non seulement le territoire publique de ses manifestations,
  • mais déloge l'imaginaire propre du particulier pour occuper encore le lieu même de son appréhension, en allant jusqu'à se substituer à son auteur supposé et à l'acteur supposé de son utilisation.

Cas le plus typique d'aliénation imaginaire! (Processus ordinaire de la mode, par magazines interposés, et chaînes Fashion du câble par ex.).

34 – L'exploitation à outrance de l'image-choc, par les media par ex. - que celle-ci relève

  • de la guerre (torture, cadavres, fosses communes, affrontements, etc..),
  • du sexe (pornographie soft ou hard, perversions ou aberrations, etc..) ou
  • de la politique (discours, corruption, combat entre partis; etc..),- distend de plus en plus les capacités de résistance, non seulement psychiques mais aussi organiques du voyant/voyeur.

Les capacités de réaction elles-mêmes à leur tour se ramollissent, démobilisant totalement ou presque, l'interface, cad le spectateur.

35 – Une autre exploitation, de plus en plus courante, est celle de l'image dite de science-fiction (des Aliens à tous les Jurassic Parks et Star Wars, existant et à venir !). Cette image tend à rendre comme matériellement possibles, des sortes de super ou d'infra-mondes, dans lesquels d'autres modes et styles de vie sont pratiqués, où la science, justement joue à la fois le succès et l'échec, banalisant à la fois les progrès indéniables de cette science et les (terribles ! ?) dangers que peuvent entraîner ses erreurs.

TROISIEME CONCLUSION

La technologisation de l'image semble aboutir au paradoxe suivant :

  • elle des-imagise l'imaginaire des spectateurs en le gavant d'images ;
  • elle appauvrit cet imaginaire en même temps qu'elle en surdéveloppe les capacités créatives ;
  • elle stéréotype (clonage ?) des visions du monde, des hommes et de l'histoire à venir, tout en précédant et maîtrisant le temps !

4 – LES ICONOCLASTES OU DESTRUCTEURS D'IMAGES

Bien sûr nous sommes loin de ces iconoclastes, auxquels nous avons fait allusion plus haut : juifs pieux, destructeurs de statues hellénistiques; musulmans zélés, marteleurs des visages sur toutes les routes de la soie ; réformés vengeurs, destructeurs des images des saints catholiques qu'ils avaient supporté(e)s jusque-là !

Les iconoclastes de nos jours sont d'autant plus efficaces, que leur activité est plus diffuse. Et cette activité, elle s'attache/s'attaque d'abord à

41- l'image de soi.

L'élaboration de cette image de soi passe nécessairement par l'environnement humain où le petit d'homme est appelé, par nature, à évoluer. Ce n'est donc pas le fait qu'il soit confronté à toutes sortes d'influences (scolaire, familiale, culturelle etc..) qui constitue une atteinte à cette image : elles en sont au contraire la condition même, par les réserves de comparaisons qu'elles lui préparent et offrent.

***Le problème apparaît quand la pléthore non discriminée de modèles épuise l'appréhension et fait perdre la force de discernement critique, seul capable d'évaluer et de choisir.

42 – la conscience de soi.

L'équivalence et la concordance de soi avec soi est la clé même de l'identité personnelle : c'est la superposition de deux images, celle que l'on est ,- et que l'on ne découvrira jamais entièrement,- et celle que l'on s'imagine être,- et avec laquelle nous vivons consciemment. Il n'y a jamais entre les deux une parfaite adéquation. Le gap ainsi aménagé est même la condition fondamentale de la santé psychique, car personne ne peut jamais s'imputer à soi-même ni imputer à un autre une quelconque incapacité à évoluer.

***C'est ce gap très précisément que fait déborder le règne désordonné de l'image. Elle supprime ainsi le jeu nécessaire à la conquête de soi, en polluant cet espace de mouvement en une salle des pas perdus d'une gare à 6 heures du soir ! Plus de havre de paix pour la contemplation des possibles "autres" de mon "je"! Seulement les plans accélérés et niveleurs d'images-B 57, interdisant tout arrêt sur image justement, au profit (!) d'un niagara de fausses identités !

43 – la liberté de l'esprit.

Pour d'autres civilisations que la nôtre, mais chez nous aussi, l'image précède le mot, et la chose nommée, ou écrite, a d'abord été perçue par l'un des sens sous forme d'une "icône". Ainsi il y a des icône visuelles bien sûr, mais aussi olfactives, acoustiques, gustatives et tactiles : Nihil in intellectu quod prius non fuerit in sensu (Thomas reprenant Aristote). Plus ces saisies par les sens sont "ingénues", plus l'esprit est à même de s'en saisir dans leur "naïveté", cad telles qu'en elles-mêmes.
***Ce sont les connotations de tous ordres véhiculées par les cultures médiatiques qui en alourdissent la perception, les surcodant, au point qu'il est proprement impossible d'éviter les sens surajoutés avant même d'appréhender leur sens premier! C'est le conditionnement par excellence, la nécessité du passage obligé, sans autorisation de "vagabonder" !

44 – la capacité de décision

Il n'y a pas de bonne décision à 100%. Toute décision est un compromis, le plus honnête possible, entre l'inéluctable et la liberté. La marge varie avec l'importance de l'objet et la capacité du sujet : pôles extrêmement mêlés, où l'on est souvent juge et partie. La représentation du bien est, elle aussi, fonction de la claire vision des environnements divers qui servent de background et de faire valoir à ce bien particulier. Tout parasitage est nocif.

**Les modèles que les images distribuent,- à la cadence de 25 d'entre elles à la seconde quand elles se présentent en continu,- jettent le sujet dans la confusion ou la déroute, par profusion, donc banalisation de toutes sortes de comportements prédéterminés par le scénario ou la situation, qui finissent par induire des attitudes mentales acquises. Ces dernières font croire sournoisement au sujet qu'il s'est lui-même déterminé, alors qu'il n'est que le jouet d'un reflet d'images mentales accumulées. (cf. "Mon Oncle d'Amérique", d'Alain Resnais).

45 – la dimension éthique du regard

Nous percevons donc le monde surtout par des images : intérieures (l'intuition) et extérieures (la vision), les premières nourries par les secondes. L'écologie de ces nourritures est la condition du caractère éthique de notre intuition/vision intérieure. "Dis-moi ce que regardes, je te dirai qui tu es".

***Il est clair qu'une avalanche non discriminée d'images hétéroclites ne peut pas aider le spectateur "lama" (que nous sommes tous quelque part) à distinguer et à discerner. C'est comme si nous écoutions un aria de Bach avec un marteau piqueur sous nos fenêtres ! Comment apprécier ? Comment n'être pas détruit, par la destruction de ce que nous entendons/écoutons ? De même les affiches de la pub, ou celles d'un cinéma de 3e zone sont capables, sur la distance, de polluer jusqu'à la juste vision des choses !

CONCLUSIONS FINALES

PREMIERE CONCLUSION
  • Il semble que le monothéisme en général a eu un problème avec la représentation de Dieu comme personne à visage humain.
  • Ce qui ne fut plus le cas avec le monothéisme chrétien, à cause et en vertu même de l'Incarnation du Fils de Dieu.

Dieu et/est l'image de Dieu

DEUXIEME CONCLUSION

Avec la psychanalyse, l'image passe

  • de l'utilitarisme socio-religieux, axé sur la cohésion d'un "inconscient collectif", capable de galvaniser des peuples d'origines et de cultures diverses (catholicisme romain, par ex.),
  • à l'illustration en forme de rébus d'une activité psychique, faite d'étapes syncopées et interactives, dont le dernier sens est toujours à chercher dans le jeu des éléments entre eux, et non dans la totalité de leurs significations individuelles.

C'est la structure qui donne sens !

TROISIEME CONCLUSION

La technologisation de l'image semble aboutir au paradoxe suivant :

  • elle des-imagise l'imaginaire des spectateurs en le gavant d'images;
  • elle appauvrit cet imaginaire en même temps qu'elle en surdéveloppe les capacités créatives;
  • elle stéréotype (clonage ?) des visions du monde, des hommes et de l'histoire à venir, tout en précédant et maîtrisant le temps!

L'image technologique virtualise le réel.

  • L'image,- toute image,- a une vie qui lui est propre. Elle s'autonomise dès son émergence. Il existe toutes sortes de vies, comme il existe toutes sortes d'images !
  • Toute destruction d'image est la destruction d'une vie : il y a aussi des guerres où meurent les images !
  • Faut-il donner vie à toute image ? Faut-il laisser vivre toutes les images ? Ceci est une question éthique, où se bousculent,- pêle-mêle et entre autres,- morale, politique, esthétique et économie.
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