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« BOUDDHISME & TRINITÉ » Essai de discernement

Institut Supérieur de Théologie de Nice-Sophia Antipolis
Samedi 04 mars 2000

C'est dans des circonstances comme celles-ci que l'historien des religions, le théologien, l'anthropologue, etc... doivent se doubler du philologue, du sémantologue, du linguiste, et même du sémiologue, pour parler à la Umberto Eco ! 

Car il n'y rien de plus dangereux, - pour l'étude comme pour l'esprit, et plus loin pour la culture,- que l'erreur sur les signifiants et les signifiés, sur les mots et leurs significations. La langue vit, la langue fait vivre, la langue est un Verbe dont l'expression et l'écho retentissent bien longtemps après qu'on les a prononcés à un moment de l'Histoire et dans un lieu donné.

Cet essai devra en tenir compte, car les concepts ici envisagés renvoient à des périodes spatio-temporelles qui relèvent, quoique à des époques jumelles (VI° avant – IV° après JC : Brahmanisme, Jaïnisme, Hindouisme, Bouddhisme, Christianisme d'un côté ; Iran ancien, Hellénisme, Pharaonique, la Bible, les Evangiles et le Christianisme naissant dans l'Antiquité tardive gréco-romaine), d'horizons mentaux (structures et attitudes) la plupart du temps irréductibles et incompatibles dans l'expression orale et graphique : de véritables continents idéologiques ! 

Je me propose de

  • rappeler la formation des canons trinitaires catholique et bouddhique, en notant (quand c'est possible) les passages mutuellement sensibles ; puis d'
  • engager à propos de ces connexions un interface théorique. Nous terminerons en
  • tirant quelques conséquences de nos considérations pour baliser les deux voies.

A - LA TRINITÉ CATHOLIQUE
PETITE HISTOIRE
D'UN GRAND PROBLÈME THÉOLOGIQUE

A1 - PRÉAMBULE

C'est à la pratique pécoce du baptême que l'on doit l'installation, dans les communautés primitives, de la formule trinitaire : 

Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit (Mt 28,19 et Didaché 7) : 

  • baptême basé sur la Foi pascale = MORT ET RESURRECTION du Christ,
  • donc basé sur la foi en Jésus et de Jésus, qui révèle le PERE,
  • et qui se base lui-même sur la Foi d'Israël en
    • Un Dieu créateur ;
    • Un Messie porteur d'espérance, et
    • Un Esprit dont il bénéficie de l'effusion.

Cet élan décisif sera déterminant pour toute l'évolution du Dogme en général et de de Théologie Trinitaire d'autre part, dans la période qui va suivre.

La détermination se fera sous 3 aspects : 

  • faire prévaloir la terminologie  : Père/Fils/Esprit ; 
  • indiquer l'ordre de ces 3 garants du baptême chrétien : 1/Père ; 2/Fils & 3/Esprit ; 
  • suggérer que les 3 appartiennent de la même manière à la sphère divine.

La Foi baptismale peut s'interpréter de la façon suivante : 

  • avant Nicée 325 : elle est de type apocalyptique, sotériologiqie et gnostique ; 
  • puis de 325 à 381 : elle est de type herméneutique, autour de la foi nicéenne (mêlée au problème de la création d'une part et à des questions impériales politico-dogmatiques).

Ce qui développera

  • la Christologie en fonction de la foi des Pères (exégèse, liturgie, initiation chrétienne, calendrier pour dimanche et Pâques, spiriritualité, conversion, linguistique pour le passage du sémitique au gréco-romain hellénistique) ; sans oublier le développement démographique des communautés chrétiennes dans un certain environnement politique.
  • la prise en compte de la distinction, de plus en plus pertinente, entre l'expérience de la Foi et de son expression.

NB : nous avons déjà là un ensemble de faits mentaux structurant historiquement

  • et l'expérience chrétienne
  • et son expression.

A2 – AVANT NICÉE

L'atmosphère est donc apocalyptique et hellénistique : 

  • Dieu réalise son dessein par le Christ & l'Esprit-Saint ; 
  • lien entre ce qui se passe dans l'Ecclesia terrestre et ce qui se passe dans les cieux ! 

Se développe ainsi l'économie du salut, cad la fontionnalié des 3 protagonistes : 

  1. l'éternité du Père ; 
  2. la préexistence du Fils et
  3. l'Esprit-Saint comme don messianique (plus que comme dispensateur de la grâce, ce qui viendra plus tard).

Très vite

  • se dégage la divinité du Christ, appelé de plus en plus fréquemment Dieu ; 
  • se réinterpètent les titres messianiques de Fils de l'Homme et de Fils de Dieu.

On peut passer de l'apocalyptique à l'hellénistique : 

  • l'horizon théologique devient sotériologique : avec le problème du salut pour tous les hommes, d'où
  • le développement du concept biblico-hellénistique du Logos, présent depuis toujours dans le monde ; 
  • l'universalisme sotériologique réclame conséquemment la préexistence du Christ ; 
  • la confession de la Trinité (Trias) prend des aspects métaphysiques : être (ousia), participation & immutabilité divines ; 
  • nécessité de passer par la philosophie pour
    • rendre compte de l'adoration liturgique du Christ face au monothéisme biblique ; 
    • et répondre au contexte gnostique (problématique & philosophie de type grec) : 

***comment expliquer l'origine du mal (persécutions) face à la liberté humaine et à l'unicité de Dieu ? 

***comment articuler la résurrection et le salut de l'homme tout entier et de tout homme ? 

La réponse à toutes ces question fut, en écho avec la mentalité grecque, le Mystère de Dieu : 

  1. affirmation du réalisme de l'Incarnation, et
  2. reprise des points de vue trinitaires de Paul et de Jean,
  3. en mainteant la distinction réelle entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit,
  4. en utilisant des termes techniques (persona) & en distinguant entre les personnes divines (distributio)
  5. au détriment, malgré tout, de l'unité substantielle dns cette distinction et en sacrifiant quelque peu,- mais inévitablement pour l'époque,- au subordinationisme.

NB : voilà des avancées théologiques,puisées à des sources diverses, qui vont renforcer l'idéologie des communautés naissantes dans un sens structurant la façon de considérer ce problème de la Trinité,- qui demeurera certes un mystère, mais dont l'explicitation va rétrécir nécessairement le champ de compréhension et de réception.

ORIGÈNE ira jusqu'à élaborer une gnose chrétienne

  • dans une perspective cosmico-sotériologique ; 
  • avec la médiation du Logos entre le Dieu Unique et le monde du Multiple ; 
  • tout en maintenant clairement le Saint-Esprit du côté de la Trinité Incorporelle et Adorable, distincte de toute créature ; 
  • et en cherchant à expliquer l'unité des 3 hypostases par l'insistance sur l'aspect principiel du Père, Principe (arché) de tous les principes.
  • ***mais sans réussir assez
    • à distinguer entre la génération éternelle du Fils et la création temporelle des êtres doués de raison ; 
    • à se prononcer sur la procession du Saint-Esprit ; 
    • à clarifier en somme ni l'égalité ni l'union éternelles des 3 personnes divines ! 

Il préparait en fait, et à son insu, le lit de la crise arienne ! 

A3 – NICÉE

Le concile de Nicée : 

  1. échoua à élaborer une formule où
    • l'unité et la distinction des personnes divines sont présentées de manière équilibrée ; et où
    • la divinité unique du Père, du Fils et du Saint-Esprit soit établie clairement ; 
  2. connut des tendances pluraliste et unitariste, la tendance pluraliste devant éclater en crise à propos de la Christologie du Logos (d'inspiration origéniste), au cours de laquelle le prêtre alexandrin ARIUS radicalisera les positions : 
    • le Père en tant que principe,
    • le Fils, en tant qu'être créé, semblable aux autres êtres créés, mais cependant première d'entre les créatures.

En 325 à Nicée, les 2 conceptions s'affrontèrent : 

  • non seulement sur la question de l'UNIGENITUS
  • mais aussi sur la question de l'ENA ou bien TRIAS HYPOSTASEIS.

Nicée : 

  • répondra sur la vraie divinité du Christ (en soulignant sa filiation : de la substance du Père, consubstantialité au Père)
  • mais laissera ouvertes : 
    • ***la question d'une ou de trois hypostases ; et
    • ***la question de l'Esprit-Saint.

Il fallait pourtant bien répondre aux questions laissées en suspens : il en allait à la fois

  • du fondement de la communion des Églises, et, en conséquence,
  • du fondement de l'unité de l'Empire Romain : rien de moins ! 

Ce fut le concile non oecuménique d'Alexandrie 362 qui accepta la formule

  • sur l'existence de 3 hypostases (personae)
  • avec une seule "ousia" (être)
  • quitte aux Cappadociens d'en élaborer la logique entre 362 & 375.

Vers 360, c'est en fait Basile de Césarée qui reprend la problématique de l'Esprit-Saint dans son oeuvre maîtresse (375 De Spirito Sancto : en latin, et non pas en grec) : 

  • la 3° personne fait bien partie de la Trinité ; 
  • elle est bien substantiellement distincte de tous les autres esprits ; 
  • elle est dispensatrice de toute vie ; 
  • elle est digne de la même adoration que le Père et le Fils

CE QU'ADOPTERA CONSTANTINOPLE 381 (en grec, pas en latin).

A4 – L'HÉRITAGE DES PÈRES

Les Pères élaborèrent le concept d'ORTHODOXIE, cad

  • la foi commune de toutes les Églises Catholiques
  • qui devenait, en même temps, la base de l'unité politique de l'Empire Romain.

***Ainsi la Théologie Trinitairedevint avant tout la Théologie des Pères ou Théologie Patristique : 

  • en Orient avec Cyrille d'Alexandrie (nombreux écrits) & Jean Damascène (Expositio Fidei),
  • en Occident avec Augustin (De Trinitate) & Fulgence de Ruspe.
  • La créativité ultèrieure consista surtout à faire concorder : 
    • *la terminolgie utilisée pour le mystère de la Trinité (ousia hypostatis)
    • *avec celle utilisée pour la christologie (vrai homme/vrai Dieu : unité), à Chalcédoine 451 : ainsi l'adage  : "unus ex Trinitate passus est" rejetta tout patripassianisme.
  • Plus tard (après Chalcédoine 451), les Pères Grecs complétèrent le concept de Basile de Césarée : upostasis charaktériské = vraie hypostasis, par la définition même de l'hypostasis = kath'éauto eïnaï = selon son être propre).

AINSI L'HYPOSTASIS EST  : 

  • sujet de propriétés individuelles & sujet de subsistance,
  • mais précisé par le triple "kath'éauto eïnaï" (la même essence divine) = ce qui évite tout Trithéisme.

Cela fut l'oeuvre colossal d'hommes d'Alexandrie, aristotéliciens et néoplatoniciens, hellénistes polyculturels de la Magna Graecia : l'instrument était prêt et à disposition des Pères Latins, et d'Augustin en particulier, qui marquera à son tour la suite de la théologie ! 

S A S

Le simple rappel de certains concepts utilisés ou élaborés par les Pères : sphère divine, résurrection, baptême, métaphysique, vie éternelle, personne/hypostase, création, substance, étre/ousia... montre combien ils relèvent de représentations mentales typiques d'une aire culturelle donnée.

D'autres expressions, comme : effusion de l'esprit , sotériologie, salut pour chacun ?, l'Un & le Multiple,... relèvent de problématiques analogiques.

Quant aux conjonctures historico-culturelles, elles semblent pouvoir permettre certaines entrées dans les problématiques communes, en vertu même de leur partage : influences irano-hellénistiques et chrétiennes, le postulat de la préexistence, les possibles divinisations,...

Voilà qui va nous permettre d'envisager quelques aller-retours !

 

B – LA TRIADE BOUDDHIQUE DU MAHAYANA
(LE BOUDHISME DEVENU RELIGION)
PRÉSENTATION RISQUÉE
D'UNE TRADITION
MULTIPLE & POLYCULTURELLE

BI – UN BOUDDHISME / DEUX TRADITIONS

  • -560  : Naissance du Bouddha
  • -480  : Mort du Bouddha ; 1ère Assemblée à Rajaighra (Recueil de Sermons)
  • -340  : 2nde Assemblée à Pataliputra : début de la période du Bouddhisme des sectes.
  • -1er siècle  : apparition de la 1ère "statue du Bouddha debout et seul", au Gandhara (plaine du Penjab, entre Peschawar et Islamabad), et effervescence idéologique allant vers un schisme.
  • 1er siècle : Introduction du Bouddhisme en Chine et Mise par écrit du Canon Bouddhiste.

C'EST ENTRE LE 1er SIÈCLE AVANT ET LE 1er SIÈCLE APRÈS J-C

que le passage se fait (pour toutes sortes de raisons d'exigences et de contagions religieuses) & que le Bouddhisme unique éclate en 2 mouvements : 

  • Le Hinayana : plus strict, plus individuel, plus traditionnel, pour qui le Bouddha demeure à taille humaine et qui cherche à comprendre le caractère douloureux, impermanent et impersonnel de toute existence, souligne l'importance du karma, vise la libération d'une ignorance qui cache la véritable nature des choses, privilégie la vie monacale ainsi que le travail sur soi par la méditation, entre autres.
  • le Mahayana :  (qui nous intéresse ici) qui veut une statue du Bouddha qu'il va diviniser, et un culte qu'il va développer dans des temples, liturgie, prêtres, etc...
  • Le Bouddha historique est une manifestation pour l'être humain de "l'essence de la Bouddhéité" (Corps de la Loi).
  • D'autres manifestations "lumineuses" de ce Corps de la Loi seront à la base du développement d'un véritable panthéon bouddhique...
  • La voie du Bodhisattva (d'un "Paraclet qui aide les autres") est privilégiée.
  • Tout être participe de la nature même du Bouddha...

NB : comment ne pas voir ici les influences venues de Méditerranée par la Route de la Soie et les échanges commerciaux, de même que dans les siècles précédant la venue du Christ, d'autres influences,- dont les bouddhiques,- se sont fait sentir jusque dans les cercles les plus spécialisés d'Alexandrie et de Qumran : pensons seulement à l'Ecole des Thérapeutes, qui n'étaient autres que les "descendants" des Theravada,- la Voie des Anciens,- venus de Ceylan, - la Larme du Bouddha,- propager le Dharma. Seulement voilà, pour la langue grecque, les "v" & les "d" sont très proches des "p" & des "t" (toutes bi-labiales, sourdes ou sonores ! ), et Theravada est d'abord devenu Therapata, ce qui s'est rapproché de Therapeuté : d'autant plus que ces moines cinghalais emportaient avec eux, en quittant l'Ile des Epices, toutes sortes d'onguents, d'extraits de plantes et d' elixirs, dont ils se servaient pour soigner toute espèce de mots ! En fait, le nom de "thérapeute" leur convenait à merveille ! A leur insu ! 

La prédication chrétienne à son tour va aller jusqu'aux rives des Ganges, et les Bouddhistes du Mahayana vont à leur tour s'inspirer des "bonnes choses" de cette prédication, pour s'en servir à l'élaboration de leur religion : voici donc

  • ce Sauveur chrétien, venu d'ailleurs pour révéler des choses cachées : cela ferait un bon Bouddha historique, à côté du Bouddha absolu ; 
  • ce Logos, Parole créatrice, représenterait bien le Corps de La loi, ce Dharma dont la Roue est le symbole ; 
  • cet Esprit Saint, qui circule partout depuis l'origine, et partage avec les précédents tant de choses, ne serait-ce pas la représentation de ce Bodhisattva, compatissant jusqu'à l'abnégation de soi, pour aider ceux des hommes qui ne trouvent pas seuls leur chein vers leur propre bouddhéité ! 
  • Voici donc que tout homme, parce qu'il est un être humain, est digne de parvenir au salut ! Bouddhéité pour tous, et pas seulement pour une élite ! 

A ne considérer que ces points, on peut comprendre que les arsenaux religieux sont à la dispositon de tous, et que chacun s'y sert et les ransforme à son gré ou en fonction de ses besoins. L'Ecclesia prmitive fera de même avec les fêtes romaines et païennes en général : depuis la date de Noël jusqu'aux Rogations ! Bien sûr le sens change, évolue, régresse, avance, se transforme en tout cas : aux théologies de le préciser pour chaque âge, et au besoin, d'inventer un nouveau vocabulaire pour en rendre compte quand l'âge change ! Ce que n'ont hésité à faire ni Paul, ni les Pères grecs et latins, ni les théologiens contemporains, pour ré-exprimer l'Eucharistie, par exemple ! 

B2 - C'est cette triple co-ïncidence
  • D'un Bouddha (quasi)éternel = essence de la Bouddhéité ; d'
  • D'un Bouddha historique = manifestation temporelle pour l'être humain de cette Bouddhéité ; et d'une figure propre au Mahayana, - mais que le Sakyamuni, le Prince Siddhartha Gotama,- n'a jamais évoqué, et pour cause,-
  • Du Bodhisattva, espèce de "Paraclet aidant les autres hommes " à atteindre la Bouddhéité,- et dont l'image remonte à l'Iran Ancien,- et surtout le plus fameux d'entre eux, AVALOKICVARA = "Le Seigneur qui baisse les yeux avec compassion" (en sanskrit)

qui peut constituer l'idée d'une trinité, dans la mesure où nous nous trouvons désormais dans une sphère qui revendique pour elle la qualification équivalente d'une religion pour l'Occident,- bien que ce soit une religion sans Dieu transcendant, suivant nos définitions.

Ce BODHISATTVA AVALOKICVARA connut une destinée trsè intéressante ! 

  • Passant en Chine dès le 1er siècle de notre ère, il eut un tel succès, et sa compassion fut tellement appréciée, à l'image de celle d'une mère, d'une épouse, d'une femme que ce fut sous une forme féminine que le Han le/la vénérèrent (lui reconnaissant à l'avance une anima plus développée que son animus ! ) et le/la baptisèrent Kwan Yin.
  • Cest féminine qu'AVALOKICVARA débarqua au Japon/Yamato, et fut baptisée Kannon. Pourtant, Kwan Yin et Kannon ne présentent aucune poitrine ni hanche plantureuse : c'est les traits du visage et la grâce de l'attitude qui lui donnent cette élégance que les sculpteurs ont su lui trouver ! 

B3 – NOUS POUVONS DÉJÀ ESQUISSER DES SCHÉMAS TRINITAIRES ANALOGUES

  • Un Bouddha, Corps de Loi, Essence de la Bouddhéité ; 
  • Un Bouddha historique, expression pour l'homme, de cette Bouddhéité qui lui est révélée comme accessible parce que déjà enfouie en lui ; 
  • Enfin un 3° personnage, dispensateur de l'amour gracieux (compassion) du Bouddha, ayant la grâce et la force de l'un et l'autre sexe ; 

Comment ne pas penser à

  • Dieu le Père, origine absolue et principe de tous les principes ; 
  • Dieu le Fils, en tout égal au Père, Image visible du Dieu Invisible et Sauveur des hommes ; 
  • Dieu l'Esprit, égal aux 2 autres et en procédant, pour dispenser aux hommes ses 7 dons et leur apporter l'aide dont ils ont besoin pour bâtir sur terre une dmeure de joie et de paix ! 

Notions de

Dieu Absolu

Dieu dans le Temps

Dieu "Esprit"

CHRISTIANISME

Père/Mère

Animus/Anima

Fils

Animus ds le Temps

Force/Sagesse

Animus/Anima

BOUDDHISME

Bouddha Essence

de Bouddhéité

Animus/Anima

Bouddha historique

Animus ds le Temps

Avalokiçvara/Kwan

Yin/Kannon

Animus/Anima

BIEN SÛR, il n'y a aucune équivalence, aucune comparaison ; tout juste une analogie de termes et de fonctions ! 

  • Dans le Bouddhisme : aucune transcendance, divine ou autre : mais une immanence, et encore, illusoire ! 
  • Aucune foi ou doctrine : seulement une sagesse, dont il faut chasser jusqu'à l'illusion ! 
  • L'impermanence de toutes choses, du Dhrama et de tous les dharmas, du et des Bouddhas eux-mêmes ! 

Nous ne pouvons que conclure,- dans l'état actuel des définitions théologiques,- à une

INCOMPATIBILITÉ THÉOLOGICO-STRUCTURELLE

ENTRE BOUDDHISME ET CHRISTIANISME

à moins de ré-investir toutes les définitions,

et de passer par de nouvelles acceptions de termes

en fonction de la disparité non disqualificative

des diverses expériences spirituelles de l'homme ! 

CE N'EST PAS DEMAIN L'AVANT-VEILLE  ! ! ! 

B4 – OÙ POURRAIT-ON ENCORE TROUVER DES ANALOGIES TRINITAIRES MÊME SI,
PAR NÉCESSITÉ IDÉOLOGIQUE, ELLES NE PEUVENT QUE DEMEURER DANS L'IMMANENCE ?

QUELQUES TRIADES "THÉOLOGIQUES" DU BOUDDHISME MAHAYANA

d'après "A Dictionary of Buddhist Terms and Concepts", Nichiren Soshu International Center, Tokyo, 1983 , 2nd printing.

TERMES

1

2

3

3 CORPUS

LOI

SAGESSE

ACTION

3 CATEGORIES DE L'ACTION

MENTAL

VERBAL

PHYSIQUE

3 CATEGORIES DE L'ILLUSION

CELLE DE LA PENSÉE

CELLE DU TOUT

CELLE DE LA VRAIE NATURE DE L'EXISTENCE

3 PRÉCEPTES GÉNÉRAUX

OBSERVATION

RÉALISATION

ENSEIGNEMENT

3 DIVISIONS DU SUTRA

PRÉPARATION

RÉVÉLATION

TRANSMISSION

3 DIVISIONS DU CANON BOUDDHIQUE

SUTRA

VINAYA (règle)

ABHIDHARMA (commentaire)

3 MÉDITATIONS PAR L'ESPRIT SEUL

Sur la NON-SUBSTANTIALITÉ

Sur l'EXISTENCE CONTINGENTE

Sur la VOIE MOYENNE DANS UN SEUL LAPS DE VIE

TRIPLE MONDE

DÉSIR

FORME

AMORPHE

3 LOIS SECRÈTES DU VRAI BOUDDHISME

OBJET DU CULTE

INVOCATION

HAUT-LIEU

3 ATTITUDES INTÉRIEURES

SINCÉRITÉ

FOI PROFONDE

DÉTERMINATION À RENAÎTRE DANS LA TERRE PURE

3 SAGESSES

Celle des NOVICES

Celle des BODHISATTVAS

Celle du BOUDDHA LUI-MÊME

3 MÉDITATIONS

SUR LA NON-SUBSTANTIALITÉ

SUR LA NON-DISCRIMINATION

SUR LE NON-DÉSIR

TRIPLE PRINCIPE MYSTIQUE

LA VRAIE CAUSE

L'EFFET VRAI

LA VRAIE TERRE

3 OBSTACLES

DÉSIR

KARMA

RÉTRIBUTION

3 POISONS

CUPIDITÉ

COLÈRE

FOLIE

TROIS PREUVES

INFORMATION

THÉORIE

PRATIQUE

3 RÈGLES DE PRÉDICATION

ENTRER CHEZ LE TATHAGATA

(le Bouhha)

REVÊTIR LE TATHAGATA

S'ASSEOIR SUR LE TRÔNE DU TATHAGATA

3 STANDARDS DE COMPARAISON

LA BOUDDHEITÉ EST-ELLE À LA PORTÉE DE TOUT LE MONDE?

LE PROCESSUS DE L'ENSEIGNEMENT EST-IL RÉVÉLÉ DU DÉBUT A LA FIN?

LA RELATION ORIGINALE ENTRE MAÎTRE ET DISCIPL EST-ELLE RÉVÉLÉE?

3 TYPES D'APPRENTISSAGE

PRÉCEPTES

MÉDITATION

SAGESSE

3 VÉHICULES

APPRENTISSAGE

PRATIQUE

BODHISATTVA

3 VERTUS

LOI

SAGESSE

ÉMANCIPA-TION

Commentaire : 

Il ne s'agit pas de passer en revue chacune des 21 rubriques, choisies parmi les autres,- aussi et même plus nombreuses ; - pour leur caractère trinitaire. Il s'agit de constater la structure trinitaire permanente du processus mental de catégorisation qui relève plus de la dialectique propre à la philosophie des langues sanskrites, dont dérive l'indo-européen.

Ainsi, prenons la première triade, celle des corpus : c'est bien le jeu de la loi et de la sagesse qui dirige l'action.

Et pour la seconde,- celle des catégories de l'action précisément,- n'est-ce le jeu de notre mental et de notre capacicité de verbalisation qui doivent conditionner notre démarche physique, notre mouvement ? 

Nous pourrions comme cela, passer en revue l'ensemble dialectique de ce tableau, comme on le ferait d'une check-list, pour"ne rien oublier", et le "faire bien" ! 

Signalons au passage combien le jeu de la cupidité et de la colère mènent effectiveent à la folie ! Que chacun s'exerce à cette gymnastique hygiénique pour le coeur, l'âme et l'esprit ! 

Une dernière remarque ! Avez-vous remarqué la quasi similitude des contenus dialectiques de la 1ère et de la dernière catégories : les corpus et les vertus. Toutes deux s'exercent entre loi et sagesse : les corpus menant à l'action et les vertus à l'émancipation.Y aurait-il une équivalence combintoire entre action et émancipation ? L'action menant à ou étant une preuve de l'émancipation ? A moins qu'action et émancipation soient synonymes dans le cadre de référence de la réalisation de soi bouddhique ! 

CONCLUSIONS

Que peut-on dire encore à la fin de cette étude dont on pouvait attendre, dès l'abord, qu'elle se termine en queue de poisson ? Eh bien, qu'il fallait tenter l'analyse, pour s'apercevoir justement que si elle se révèle bredouille, c'est qu'il existe des systèmes de pensées, dont les postulats et les déductions relèvent d'une expérience du monde et de l'existence qui ne s'accommodent pas des évidences qui peuvent être le lot d'autres systèmes.

La vie, la mort, l'esprit, l'intuition, l'espoir, l'amour, le temps, l'espace, les vicissitudes, l'homme, la femme, l'âme, tout cela peut être et est certainement la commune expérience. Et pourtant l'homme qui en fait l'expérience le reçoit différemment d'un autre homme, en vit plus différemment encore, et l'explique le plus différemment du monde ! Et quand cette réception, ce vécu et cette explication s'érigent en systèmes, alors nous sommes de nouveau à Babel.

Pourtant ces cultures, ces civilisations, ces attitudes et comportements religieux et spirituels ont accompli et continuent d'accomplir de belles et grandes choses, et nous engagent à croire que le même Esprit Divin souffle où et quand il veut, sans qu'on sache ni d'où il vient ni où il va ! 

Imaginer la Trinité
relève-t-il d'une structure mentale méditerranéenne,
sémito-greco-romaine ? 

La transcendance,- telle que les Occidentaux la définissent,- n'est-elle sensible, perceptible, acceptable pour l'esprit, et éventuellement recevable comme cadre de foi par les seuls aristotélico-thomistes, héritiers des nicéo-constantinopolitains ? 

En se contentant de ne s'occuper que des choses maîtrisables par le sens commun, et en mettant de coté comme "apraktya = impraticables" ce sur quoi personne ne tombe d'accord, Siddhartha s'est-il montré seulement matérialiste, agnostique, athée, ou bien lui a-t-il manqué même ce qu'avait Platon dans sa caverne : l'idée même de ce qui va devenir Dieu ? Ou bien le cerveau de Siddhartha était-il ontologiquement inapte à en envisager seulement la possibilité ? 

Peut-être Siddhartha avait-il un autre projet, qui ne mettait le reste entre parenthèses, que le temps de sa propre quête : qu'a-t-il exactement trouvé au coeur de son Illumination/Bodhi et sa bouddhéité consistait en quoi ? Y avait-il place,- bien qu'il n'ait rien laissé d'écrit derrière lui,- pour le reste qu'il avait laissé de côté, le temps de parcourir sa "voie" ? 

Nous sommes nous-mêmes limités par nos modes de considération des choses : si penser est universel, les formes de pensée ne le sont pas ! Comment espérer que des vieilles cultures, aussi subtiles que l'indienne et la chinoise,- bases de la réflexion du Bouddhisme,- acceptent de se défaire assez pour entrer dans des moules dont elles peuvent se demander légitimement si ce qu'on y a moulé, a effectivement rendu l'homme occidental plus heureux ! 

Si Jésus est né à la frontière de l'Orient et de l'Occident, c'est l'Occident qui a fini, via Rome, par en récupérer l'Eglise : c'est le fait ! Est-ce pour autant légitime qu'il faille s'occidentaliser pour avoir accès à son mystère ? 

Non, il n'y a pas de Dieu transcendant dans le Bouddhisme !
Non, chez le Bouddha, aucun Dieu Père n'a envoyé son Fils unique sur terre quand les temps furent accomplis !
Non, aucun disciple de Siddhartha ne s'est révélé Dieu dans le temps, tout en restant à la fois ce qu'il était hors du temps !
Non aucun esprit bouddhiste, même celui qui se transmet d'Illuminé en Illuminé, ne s'est révélé "Personne", égale en tout à ce Dieu et à son Fils !
Non aucune possibilité de Dieu Trine, au royaume de l'impermanence, de l'illusion et du nirvana !

Mais à tous, il nous reste de compatir à ce malheur
de ne pouvoir ensemble célébrer que l'absence.

Vincent-Paul TOCCOLI, sdb
Dir. Dioc.de la Culture

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