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Le monde & la religion de l’Islam
Dimanche 21 janvier O1, Bruges

 

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I - L’ISLAM , UNE RELIGION, des Francs au 7e siècle

1. Le berceau de l’Islam

  • L'Arabie saoudite, isolée  et aride, quatre fois la France, entre empire byzantin et empire perse sassanide ;


  • sillonné par les caravanes de Syrie au Yemen par les nombreuses oasis ;


  • Organisation en clans et tribus ;


  • La plus célèbre : celle des Quraychites, subdivisée en une dizaine de clans dont celui de Hâchim, où seuls les hommes comptent ; les filles sont une lourde charge, on peut les supprimer ! ;


  • L’honneur y est sacré : il tient même lieu de religion ;


  • Les Arabes sont idolâtres et craignent surtout le mauvais sort et les démons-djinns ;


  • À La Mecque (mi-chemin de l’Arabie du Sud et de la Palestine byzantine) se trouve un sanctuaire de forme cubique : la Kaaba, avec pèlerinage : le hajj, surtout durant le mois de rajab ;


  • À côté de La Mecque, se trouve une importante ville de foire Ukâz : pèlerinage et foire rapportent autant d’argent que le trafic des caravanes, qui ne profite qu’à un petit nombre de familles puissantes ;


  • Un homme de génie va comprendre tous ces problèmes : Mahomet (Muhammad), fils d’Abd Allah, lui-même fils d’Abd al-Muttalib, lui-même fils de Hâchim. ;


2. Le Prophète de l’Islam

  • En 570 (ou 571) Mahomet naît à La Mecque ; ;


  • Un Arabe typique : son père est mort avant sa naissance, et sa mère Amina meurt quand il n’aura que 6 ans. Il sera recueilli par son grand-père parternel, Abd-al-Muttalib, chef du clan. Deux ans plus tard, ce dernier meurt à son tour ;


  • C’est un oncle maternel, Abû Tâlib, devenu chef de clan, qui le prendra avec lui. Mahomet se fera un ami d’Ali, fils d’Abû Tâlib. Obligé de travailler, Mohamet se met au servoice d’une riche veuve Khadîja, qui a près de 40 ans, qui rapidement veut l’épouser, alors qu’il n’a que 25 ans. Par ce mariage, il devient un notable de La Mecque. Mais il n’a que des filles ! ! ! Mahomet adopte alors un esclave : Zayd, et son cousin Ali ;


  • À 40 ans, Mahomet pend l’habitude de se retirer pendant des nuits entières, dans une caverne du Mont Hira, à quelques kms de La Mecque : C’EST LÀ QUE L’ANGE GABRIEL LUI APPREND QU’IL A ÉTÉ CHOISI POUR ÊTRE LE MESSAGER ARABE DU DIEU QU’ADORENT LES JUIFS ET LES CHRÉTIENS ;


  • Son épouse  le soutient et devient sa 1ère disciple. D’autres la suivent : Zayd, Ali et un cousin de Khadîja, , Waraqa Ibn Naufal, un hânif qui connaît les Écritures juives et chrétiennes. En dehors de sa propre maison, il n’y a  qu’un riche marchand, Abû Bakr, qui se convertit ;


  • Mahomet fait des adeptes ensuite, mais surtout parmi les petites gens : artisans, affranchis, esclaves, comme Bilâl, le noir. Il échoue auprès de son clan et repoussé par les riches marchands : le  nouveau monothéisme est une menace pour le commerce des idoles. Les persécutions commencent mais ne l’arrêtent nullement. Les conversions continuent, dont celle de Omar ibn al-Kattâb, le St Paul de l’Islam ;


  • 619 est l’année du deuil : coup sur coup, meurent Khadîja et Abû Tâlib. Un autre oncle, Abû Lahab, prend la tête du clan Banû Hâchim. C’est l’ennemi juré du prophète. Mahomet veut fuir, mais où ? À Tâ’if ? Il s’en fait chasser ;


  • Lors du pèlerinage, il rencontre des Arabes de la ville de Yathrib, oasis à 350 kms de La Mecque. Ils lui demandent d’être leur arbitre domestique : il accepte . AINSI LA LOI DU CLAN EST DEPASSÉE : les liens d’alliance ont remplacé les liens du sang. À LA NOTION DE TRIBU, SUCCÈDE CELLE DE COMMUNAUTÉ (UMMA) fondée sur un idéal religieux ;


  • En 622, Mahomet quitte La Mecque (hijra  = L’HÉGIRE) : ce n’est plus une fuite, mais une rupture géographique, psychologique, sociale et temporelle. Yathrib devient MÉDINE ;


  • De simple chef religieux qu’il était à La Mecque, Mahomet va devenir un chef politique et militaire et organiser la communauté des croyants. Il signe un pacte avec les quatres groupes = Constitution de Médine. Entrent dans cette confédération tribus juives et arabes, avec protection mutuelle. C’est alors que les disciples de Mahomet prennent le nom de MUSLIMÛM, musulmans, c.-a-d. adeptes de l’Islam ;


  • Mais pour ne plus dépendre des Médinois et de leur générosité, Mahomet va pratiquer la razzia. En 623, pendant le mois sacré de radjab, Mahomet attaque La Mecque, et affirme alors que la loi de Dieu l’emporte sur la coutume du désert. L’année suivante, c’est la victoire de Badr : désormais plus de razzia, mais c’est la guerre sainte,JIHAD, contre les ennemis d’Allah. Celui qui meurt au combat est CHAHÎD, martyr, et le butin est partagé, 1/5 revenant au Prophète ! ;


  • En 625 : défaite au Mont Ohod (Uhud) par les Mecquois. Le Prophète est blessé. En 627, ils attaquent à  nouveau. Mais Mahomet est vainqueur (la bataille du Fossé) : il en profite pour exterminer tous les Juifs félons. Désormais, il est Arabe, plus que jamais. En 628, il décide de faire le pèlerinage à La Mecque avec ses fidèles. Les Mecquois finissent par lui promettre l’accès, ainsi l’année suivante et pendant 3 jours seulement. D’où le lieu dit " Hudaybiyya " où les Musulmans attendent la permission d’entrer. POUR LA PREMIÈRE FOIS LES MECQUOIS TRAITENT D’ÉGAL À ÉGAL AVEC LUI ! ;


  • En 628, Mahomet fait un dernier raid contre les tribus juives à Khaybar et enlève une juive de 17 ans Safiyya, qu’il pend pour épouse. L’année suivante, il rentre à La Mecque, et pour se réconcilier avec son clan, prend une autre épouse Maymûma, la sœur de la femme de son oncle Abbas. Et également Umm Habîba, la fille du puissant Abû Sufyân, devenant ains le gendre du personnage le plus influent de La Mecque ;


  • Depuis la mort de Khadîja, il s’est constitué un véritable harem " politique " :
    • Aïcha, la file de Abû Bakr,
    • Hafsa, la fille d’Omar,
    • Juwayrîya, fils du chef des Banî–l-Mustaliq,
    • Avec quelques veuves comme Umm Salâma,
    • Sauda,
    • Mais pour Zaynab, ce fut un coup de foudre,
    • Il y a aussi des concubines : Maria la chrétienne copte et Rayhana la juive ;


  • En 630, Mahomet rompt le pacte de Hadaybiyya et marche sur La Mecque : Abû Sufyân se convertit alors et lui ouvre les portes. Le prophète fait abattre les idoles de la Kaaba. Aucune effusion de sang. Triomphe politique et religieux ; ;


  • En 632, pèlerinage de l’adieu. Deux mois plus tard, il tombe malade : il meurt le 8 juin 632, dans les bras d’Aïcha. Sans successeur, mais les bases de l’Islam étaient posées.


3. Les sources de l’Islam

3.1 Le Coran
  • C’est la parole de Dieu devenue livre. Mais comment ?
    • À La Mecque : transmission orale et mémorisation par cœur par les disciples,


    • À Médine : scription sur des omoplates de chameau et des morceaux de cuir,


    • Â la mort du Prophète , 632: recueil, avec organisation en " soura ",




  • 652 : le calife Uthmân ordonne de réaliser la forme définitive du Coran :
    14 chapitres (sourates), divisés en versets (ayât) : l’ordre étant fondé sur la longueur des sourates, les plus longues au début. Avec une exception : la première sourate, la Fâtiha, ne compte que 7 versets.
    Les plus longues sont vraisemblablement celles de Médine (ton juridique et solennel), les autres, celles de La Mecque(ton plus poétique) ;


  • Nombreux commentaires : tafsîr, de la part des savants.
    Le problème crucial se posa très vite : le Coran est-il créé ou incréé ?
    Seules les lettres qui le reproduisent sont créées ! Mais pour le commun, tout : sens, mots, lettres, papier et encre sont sacrés ! Quoique difficilement abordable pour un non musulman, le Coran possède une vigueur et une force d’envoûtement, qui ne s’expliquent que par la place que le Coran tient dans la formation du musulman. C’en est l’âme ! ;


3.2 La Sunna : la coutume des ancêtres. Appliqué à Mahomet = " l’ensemble de ses paroles, gestes, comportements, façons de manger et de boire, de se vêtir, d’accomplir les devoirs religieux, de traiter avec autrui "
  • C’est une imitation de Mahomet ;


  • Ce sont de courts récits, les hadîths, qui renseignent sur les détails du comportement du prophète : d’où confusion parfois entre la Sunna (Tradition) et les Hadîths (traditions) ;


  • C’est devenu, à côté du Coran, source de l’Islam, et parole d’Allah ! En cas de contradiction entre le Coran et la Sunna, c’est cette dernière qui l’emporte !


4. Le message de l’Islam

4.1 Ni sacrement, ni clergé : le croyant est seul, face à son dieu.
Les dogmes : très peu nombreux. La base est qu'il faut croire en :
  • L’unicité de Dieu ;


  • Les anges : Djibril (postier divin) , Mikha’il (surveille le monde), Israfil (le Jugement dernier) et Azrail (la mort). Chaytan, (Satan) qui a refusé d’obéir à Dieu ;


  • Les prophètses : Moïse, Jésus (Isa). Mais naussi : Adam, Noé, Abraham, David, Salomon, Loth, Joseph, Jonas, Elie, Job, Jean. Mahomet est le dernier. Sans oublier la Vierge Marie : mais elle n’est pas la Mère de Dieu, puisque Jésus n’est pas le Fils de Dieu ;


  • Le Jugement Dernier.


4.2 La Loi islamique ou charî’a : "  voie à suivre "

4.2.1 Cinq obligations du culte (ibadât) : pilirrs ou arkân

  • la profession de foi (chahâda) ;


  • la prière (salât) cinq fois par jour ;


  • l’aumône (zakat) ;


  • le jeûne du mois de Ramadan ;


  • le pèlerinage à la Mecque (hajj), le dernier mois de l’année hégirienne, Dhû al-hijjah, entre le 9 et le 13.


4.2.2 Les obligations concernant les relations en société (m’amalât) :contrats, délits, interdits alimentaires etc.
  • Les prescriptions juridiques de droit privé : le mariage en premier lieu : ce n’est pas un sacrement, il n’est pas indissoluble. Il existe même des mariages de " jouissance ", mut’a, temporaires.
    Le " divorce " talaq est en réalité une répudiation, mais à sens unique ;


  • Les obligations juridiques résultant des délits et des crimes. Il y a des sanctions légales hudûd : adultère = zinâ, vol = sariqa ;


  • Les interdictions d’ordre alimentaire.


5. L’Islam : une communauté

  • Pour la majorité des musulmans, le calife doit descendre de la tribu de Mahomet : les SUNNITES ;


  • Pour les autres, il ne peut être que de la famille du prophète : les CHIITES = 100 millions (Iran) ;


  • Pour une minorité, le calife doit être le plus digne et le plus pieux des musulmans : les KHAREJITES = 2 millions

    NB :
    • Les plus importants sont les CHIITES IMANITES DUODECIMAINS, qui croient à une lignée de 12 imams, descendants d’Ali (Iran),


    • La secte des CHIITES ISMAELIENS : la suite des imams s’arrête au chiffre 7 : Aga Khan, en Inde ; Druzes, au Liban, Syrie, Israël ; nosaïris (ou alaouites), en Syrie: mélange d’Islam, de paganisme et de christianisme, où Ali est un véritable Dieu, textes imprégnés de philosophie grecque et tenus secrets,


    • Les CHIITES ZAÏDITES : la suite est arrêtée à 5 : Yemen.




6. Islam et mysticisme

  • Le mysticisme est étranger à l’Islam. Le cas d’ AL HALLÂJ est un  cas très particulier au Xe siècle:
    " Je suis Dieu Vérité. Nous sommes deux esprits confondus en un  seul corps ". Il est arrêté par la police de Bagdad, emprisonné pendant 8 ans, condamné à être mutilé (le sexe coupé), mis en  croix, décapité, brûlé et ses cendres sont jetées dans le Tigre... ;


  • Ce mouvement s’appelle le soufisme, de souf, laine blanche que portaient les 1er soufis. Ils étaient sous l’autorité d’un cheikh, dans une confrérie tariqa. ;


  • En entrant en Perse , l’Islam se laisse contaminer par sa culture. C’est elle qui lui donne sa dimension mystique (Al-Ghazalî). ;


  • Mais le mysticisme ne sera toléré que soumis à la société. En Andalousie, le mystique Ibn Arabî lui-même est considéré comme hérétique . Il écrit :

    "  Mon cœur est le cloître du moine chrétien,
    un temple pour les idoles,
    la Kaaba de La Mecque pour le pèlerin,
    les Tables de la Loi mosaïque,
    le CORAN.
    AMOUR EST MON CREDO ! "



La notion de salut individuel est étrangère à l’Islam. L’Islam est avant tout une communauté.

 

II - L’Islam, phénomène politique

1– L’expérience originale de l’État de Médine

Religion extrêmement vivante : le prophète est la mémoire vive de son Dieu qui intervient matériellement dans l’Histoire. Mais après la mort du prophète, cette expérience religieuse originale de dialogue cesse définitivement, de même que l’articulation de l’action politique à la parole de Dieu créatrice. On assiste alors à l’opération inverse : on utilise la parole de Dieu devenue livre (le Coran) pour justifier un ordre politique.
Désormais il faut vivre à l’heure de Médine, quels que soient les temps et les lieux. Il faut désormais avoir une seule et même perception islamique du monde et de l’histoire.

En 624, à la victoire de Badr, Mahomet rompt définitivement avec les Juifs : le Ramadan remplacera l’Achoura, et l’orientation, qiba de la prière se fera vers la Mecque et non plus vers Jérusalem.

2 – Les 4 premiers califes et la division  de l’Islam

I Abû Bakr (+ 634), père d’Aïcha ;

II Omar ibn al-Kattâb (+ 644, assassiné) père de Hafsa, autre épouse : s’attribue le titre de " Commandeur des Croyants ". Extension des campagnes en Syrie, Irak, Iran et Égypte de l’empire arabo-musulman. Puis vint le tour d’Ifrîqiya, la Tunisie (défaite des Byzantins de Carthage). On peut garder sa religion, mais il faut alors payer l’impôt : djizya et kharâj ;

III Uthmân, aristocrate mecquois, du clan Banû Umayya : ce sera la dynaste des Omeyyades. Népostisme. Assassiné. Troubles et dissensions. Les Médinois en profitent pour porter au pouvoir ;

IV Ali (+ 661, d’un coup d’épée empoisonné, à la sortie de la mosquée de Kufa par un kharéjite. Il sera enterré secrètement à l’emplacement de l’actuelle ville irakienne de Nejef (ou Nadjâf), qui doit affronter la haine d’Aïcha et celle de Mu’âwiyya, des Umayya. Aïcha organise la résistance. Bataille de Basra en 656, bataille du chameau : " 1ère bataille civile " entre Musulmans.

Puis bataille de Siffin, contre Mu’âwiyya, en 657.

La Communauté Umma va éclater !

 

A - Certains quittent Ali,- " ceux qui sont sortis des rangs " = les kharéjites-.
B - Les partisans d’Ali prennent le nom de chiites, (caractéristiques : mystère et souffrance, souvent  persécutés par les sunnites, Arabes, Kurdes ou Turcs. Mais revanche quand le chah Ismaïl imposera le chiisme à l’Iran au XVIe siècle. De même avec Khomeini !)
C - et ceux qui prennent le parti de Mu’âwiyya, celui de sunnites.

3 - Les grandes dynasties politiques

Avec Mu’âwiyya et les Omeyyades, en 661, c’est  la fin du califat des califes " Bien-Guidés " (Rachidûn), compagnons et ayant connu le prophète. Maintenant s’instaure une " royauté " temporelle, mais sans le titre de roi, et toujours avec l’appellation de calife.

3.1 La dynastie des Omeyyades : les Arabes dominent. Extension territoriale jusqu’à la Chine, et à l’Ouest, Maghreb, Espagne, sud de la Gaule (732 : Poitiers, Charles Martel). Administration tenant compte des pays conquis. La capitale passe de Médine à Damas. Vie simple. Concours de poésie. Suprématie de la langue arabe. Mais en 750 : Révolution Abbasside.

3.2 La dynastie des Abbassides : 756-1258 : arrière petits-fils d’Abbas, oncle de Mahomet. Massacre de la famille régnante des Omeyyades, qui avaient eux-mêmes massacré Husseyn, le fils d’Ali, à Kerbéla, Irak ? (Un seul Omeyyade en réchappera : nous le retrouverons à Cordoue !). La capitale sera Bagdad. Ouverte aux influences iraniennes. Dès le Xe siècle, les Turcs commencent à s’islamiser : ils deviennent le soldat indispensable !

3.3 En Espagne, c’est le califat de Cordoue du Xe. Au Mahgreb, les dynasties berbère des Almoravides des XIe & XIIe. En Égypte ce sont les Fatimides (chiites ismaëliens), du Xe au XIIe... Mais dès la fin du XIe, l’Occident se réveille avec les Croisades : 1100 : Royaume  francs de Jérusalem. 1187, le kurde Saladin reprend Jérusalem. La dernière croisade date de 1270 : St Louis meurt de la peste devant Tunis. Plus redoutables que tous, voici les Mongols !

3.4 Mongols, Mamelouks, Ottomans... 1258, pillage de Bagdad, par les hordes mongoles du bouddhiste Hûlagû. Damas est prise en 1260. Les Mamelouks, anciens esclaves, accourent d’Egypte et repoussent l’ennemi. En 1402, voici le mongol islamisé Timour Tamerlan, bat le turc ottoman islamisé Bayazid 1er(Bajazet) ne laissant que des crânes derrière lui. 1405, mort de Tamerlan, et retour des Turcs ottomans.

3.5 1453, prise de Constantinople par Mehmed II (Mehemet II). Jusqu’en 1924, l’empire ottoman sera le symbole de la puissance de l’Islam, l’ADVERSAIRE ! Sous Soliman le Magnifique (1520-1566) : les ottomans sont aux portes de Vienne. François 1er signe un traité contre l’Autriche avec le " Grand Turc ".

3.6 Pourtant les Arabes n’aiment pas les Turcs dont ils se sentent méprisés : 4 siècles plus tard, l’empire ottoman s’écroulera sous les coups des nationalismes turc et arabe, et les Européens.

 

4. La montée des nationalismes entre 1880 et 1920

  • Contre le califat turc ;


  • Contre l’Europe ;


L’unité politique de la communauté musulmane est de moins en moins bien acceptée.
  • 1924 : Mustapha Kemal, Atatürk : la Turquie se veut une nation moderne et laïque.


  • Les Arabes (chrétiens et musulmans) redécouvrent une culture propre, distincte de la turque : émergence du nationalisme arabe. Finie l’umma politique, naissance de la notion laïque de patrie = nation + territoire.


  • Dépeçage de l’empire ottoman, avec la Grande Bretagne et la  France : accords Sykes-Picot. Re-dessin de la région.


  • 1920 : Conférence de San Remo, et le traité de Sèvres : éclatement du Proche-Orient.


  • 1947 : Déclaration Balfour : création d’un  foyer national juif.
  • Le pétrole...


  • 1951 : Mossadegh et sa prise de contrôle des ressources pétrolières iraniennes.


  • 1952 : révolution des officiers libres en Egypte.


  • Les  non-alignés : Egypte de Nasser, Indonésie de Soekarno.


  • 1962 : indépendance de l’Algérie.


  • MAIS en 1967 : cuisante défaite des Arabes par Israël : le temps des désillusions commence...


 

III - LA CIVILISATION ISLAMIQUE

1. ÂGE D’OR DE LA CIVILISATION

  • c.-a-d. une culture à vocation universaliste


  • du VIIIe au XIIe siècle : émergence d’un brillant humanisme, cités et vie urbaine : Damas, Bagdad, Ispahan, Le Caire, Alep, Kairouan, Fès, Cordoue : foyers.


  • Société cosmopolite : Arabes et Byzantins, Persans, Turcs, Syriaques ; lettrés, scribes, juristes, savants.


  • Valorisation des travaux de l’esprit, pour toutes les formes du savoir : histoire, géographie, philosophie, médecine, mathématiques.


  • Voyages de recherche jusqu’en Chine.


  • Inventions de l’algèbre, fondation de la trigonométrie, pratique de l’astronomie, constitution d’atlas, gynécologie , phamarcie ; traductions du grec en arabe (Hippocrate, Galien) ; Avicenne, Rhazès, Hârun el-Rachîd, Averroès.


  • Essai de conciliation entre la philosophie grecque et la foi : les mu’tazilites.


  • Entrée de la jurisprudence (figh) dans la loi religieuse (charî’a) : constitution des 4 grandes écoles juridiques, qui vont élaborer, à partir de la loi islamique, le droit musulman -écoles hanéfite, malékite, châféite, hanbalite- et vont aussi recourir à d’autres sources d’interprétation : l’accord de la communauté  de savants (ijmâ’) et le raisonnement par analogie (qiyâs). Cela va donner ,naissance à un corps de juristes professionnels : les cadis.


  • Littérature : cercles littéraires (majlis) : séminaires œcuméniques. On célèbre le maître Aristote. On récite de la poésie érotique. On est facilement ivrogne et pédéraste.


  • Douceur de vivre, mais qui cache souvent  de sombres drames personnels et aussi politico-religieux. En même temps, montée d’un certain fondamentalisme intégriste et exigeant et incompréhension du peuple pour ce cosmopolitisme. Pourtant l’Islam ne fut jamais remis en question, à la différence de la rupture qui s'opérera en Occident entre religion et humanisme, entre le XVe et le XIXe siècle, et qui aboutit à l’athéisme caractérisé. Ici, la question est : comment intégrer à la vison du monde et des hommes, héritée de la Grèce antique, les valeurs de la religion musulmane.


  • Comment mettre la raison au service de la foi : ainsi se forgea un art de vivre , d’aimer  et de gouverner. Il se créa un type de mentalité musulmane où prédominent l’ouverture et la culture de l’esprit, le goût du savoir et l’élégance de l’expression. Mais c’est une autre mentalité, plus étroitement religieuse, plus populaire aussi, qui a fini par l’emporter.


2. LE DÉCLIN DE LA CIVILISATION

  • Avec l’irruption des Mongols et des Turcs s’ouvre une nouvelle phase pour l’Islam. Les Turcs Seldjoukides entrent à Bagdad en 1055, les Mongols en 1258. Mais entre les XIIIe et le XVe, les Mamelouks d’Égypte empêchent une " turquification " totale.


  • Destruction, & conversion des Asiatiques à l’Islam ! Seconde vague islamique, à la conquête de l’Afrique noire et de l’Extrême-Orient. Percée spectaculaire, du Nigéria à Java et aux Philippines. Comment l'expliquer ?
    • Pour les Noirs, c’est la forme de vie communautaire qu’offre cette religion ;
    • Pour l’Asie du Sud Est, il représente une autre conception du monde : on passe d’une vision cosmogonique, à une  vision géographique du monde...
      En somme pour le monde afro-asiatique, l’Islam fait preuve d’une supériorité religieuse et donne une image de supériorité guerrière.


  • On assiste à une multiplication des mosquées-médersas (mosquée école) : mais l’enseignement s’y réduit de plus en plus à une théologie étroite qui rejette l’humanisme : triomphe du dogme sur la raison, pas de réflexion personnelle.


  • L’architecture est certes nouvelle, mais elle est militaire et religieuse : c’est le règne de l’art du savoir-faire, plus que de la pensée !


  • Plus que de décadence de l’Islam turco-mongol, c’est de la montée de l’Europe dont il faut parler pendant cette période !

3. L’ISLAM ET L’OCCIDENT

L’irruption de l’Occident provoque trois réactions :
  • Le rejet pur et simple ;
  • L’adoption enthousiaste ;
  • mais le plus souvent une inquiétude mêlée d’envie.
  • Prise de conscience du retard des peuples islamiques, avec les analyses de ses cause : Chakib Arslan (1871-1946) : " Raisons du retard des musulmans et du progrès des autres peuples " ; et Abd-al-Râhman al-Kawakibî (1854-1902) : " La Mère des cités, La Mecque ".


  • À la même époque, l’ÉGYPTIEN Ahmpad Fathi Zaghloûl fait paraître en arabe la traduction du livre du Français Edmond Demolins "  A quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons ? ", paru à Paris en 1847.


  • C’est la thèse d’Ernest Renan, à la Sorbonne le 21 mars 1883, qui eut le plus d’influence, alors et encore aujourd’hui : " L’islam est contraire à l’esprit scientifique, hostile au progrès ; il a fait des pays qu’ils a conquis un champ fermé à la culture rationnelle de l’esprit ".


  • Réaction des musulmans qui s’estimèrent attaqués : l’Égyptien Rachîd Rîda (1865-1936) répétera que ce sont les musulmans qui ont dénaturés l’Islam. C’est un disciple de Mohammed Abdou, grand mufti d’Egypte, grand réformateur lui aussi.


  • La réforme viendra aussi du monde non-arable : du bloc indien avec Abû-l-Kalam Azad, Amer Ali ; de la Crimée avec Ismael Asparli, de la Turquie avec Abdallah Djewdet.


  • Après la Guerre mondiale, commencera une période d’hostilité entre l’Islam et l’Occident : l’Islam est vaincu et dominé sur ses propres territoires, disloqué, et sous influence étrangère. Il faudra attendre les guerres d’indépendance pour un nouvel essor !

 

IV - L’ISLAM CONFRONTÉ AUX PHILOSOPHIES ET AUX IDÉOLOGIES

1. Islam et philosophie grecque (falsafa)

  • Du VIIIe au XIIe s. : grande expansion ; traduction du grec en syriaque, langue parlée en Iran/Irak, avant que l’arabe ne s’y installe. Le passage du syriaque en arable se fait très tôt, au IXes. L’Europe ne connaîtra Aristote qu’au XIIIes.


  • al-Kindi : Fî-l-‘aql = De Intellectu ; Al-Farabî : Opinions des membres de la cité idéale = logique (réplique de La République, de Platon ; Al-Rpazi : s’inspire du Timée de Platon.


  • Comme chez les Grecs, philosophie va de pair avec la médecine, et physique avec la métaphysique. Avicenne (Ibn Sina) a lu 40 fois La Physique d’Aristote, de même que l’Organon. St Thomas d’Aquin cite au moins 250 fois le nom d’Avicenne.


  • Dès le IXe s. pourtant des voix s’élèvent contre ces " apports extérieurs " : ils veulent seulement une " théologie spéculative ", al-kalam, établie à partir de la loi et de la foi islamique. Al-Ghâzali essaiera d’écrire l’effondrement des philosophes, tandis qu’ au XIIe, Averroes (Ibn-Rushd) essaiera lui avec l’Effondrement de l’effondrement, de les rétablir, mais échouera à concilier philosophie et foi. La philosophie de l’Islam ne s’en relèvera pas. La religion perdra tout esprit critique, elle deviendra conventionnelle à l’excès et la mystique ne la sauvera pas. Les idéologies occidentales échoueront elles aussi, là où la grecque a été vaincue !

2. Islam et Laïcisme

  • Le laïcisme prétend évincer de la  vie publique tout facteur religieux.


  • En 1925, avec la Turquie de Mustapha Kemal, on est devant un laïcisme résolu : suppression du tchador, des tribunaux religieux, adoption de l’alphabet latin, usage du cale ndrier grégorien, codes juridiques à l’europpéenne.


  • En Iran, le shah avait sous-estimé la puissance des mollahs et des ayatollahs : ils prendront le pouvoir en 1979.


  • La Tunisie de Bourguiba a été le plus loin dans la voiee la laïcisation : statut de la femme, suppression de la polygamie.


  • Les régimes baasistes irakien ou syrien sont fondés sur une idéologie nationaliste non religieuse.


  • Mais la pensée islamique, en tant que telle, est totalement étrangère au concept de laïcité, style IIIe Républque française ! Servir Dieu est le destin noble du croyant musulman, pas servir la laïcité !

3. Islam et République

  • En 1890 le modèle des officiers jeunes-turcs est celui de la révolution Française, nationalistes convaincus


  • Un nationalisme arabe avec une république permettrait de lutter à la fois contre le colonialisme et ces rois fantoches de l’époque, en Egypte, en Irak et en Transjordanie. Ce fut le cas de l’Égypte en 1952, la Tunisie en 1957, l’Irak en 1958, le Yemen en 1962, la Libye en  1969, l’Afghanistan en 1973, et l’Iran en 1979.


  • 2 modèles : la Turquie, et le modèle français de révolution.

4. Islam et Révolution socialiste

  • L’Égypte de Nasser en fut le 1er modèle. D’autres pays allaient s’en réclamer : Algérie, Libye, Syrie, Irak, Soudan, Yemen. En conservant une originalité arable.


  • Mais rejet du capitalisme sauvage et du totalitarisme communiste. Et puis ce n’est pas un socialisme démocratique mais révolutionnaire. Socialisme doit toujours être lié à arabisme. Et pour les musulmans, arabisme est difficilement dissociable de l’islam.


  • Pour d’autres, le socialisme, arabe ou non, n’est pas musulman : c’est une idéologie venue d’Occident, laïque et athée, très proche de son idéologie sœur, le communisme

5. Islam et Communisme

  • Le caractère matérialiste et athée du marxisme va à l’encontre de la religion musulmane, même à l’intérieur des républiques soviétiques de religion musulmane (Sultan Galiev sera désavoué).
  • En Octobre 1922, le gouvernement kémaliste de Turquie dissout le PC turc (le grand poète Nazim Hikmet sera condamné à 56 ans de prison pour propagande communiste !).


  • Répression : Egypte, Indonésie, Irak, Iran


  • La situation en ex-URSS avait plutôt une contexture colonialiste de type " impérial ". Les groupes ethniques musulmans les plus nombreux étant en 1989: les Ouzbeks (16,7 M) ; les Kazakhs (8,1 M) ; les Azéris (6,8 M) ; les Tatars (6,6 M) ; les Tadjiks (4,2 M) ; les Turkmènes (2,7 M)  et les Kirghizes (2,5 M).


  • Même situation avec les Ouïgours du Xinjiang de Chine (5,2 M).

6. Islam et Arabisme

  • L’arabisme est une idéologie qui met en valeur tout ce qui arabe : civilisation,   valeurs, langue, homme. Environ 180 M d’hommes peuplant la rive Sud de la Méditerranée et la péninsule arabique. MAIS qu’est-ce que l’ARABITE ?
    C’est l’unité de la langue et de la civilisation, et l’ARABISME est le projet politique de regrouper tous les Arabes sous le commandement d’un seul état qui incarnerait " la nation arabe ".


  • D’où vient cet orgueil d’être arabe ? Principalement du fait que l’Islam est une religion née en Arabie, révélée en langue arabe à un prophète lui-même arabe !


  • Cette " assimilation " va si loin que certains Libanais chrétiens (les Maronites), convaincus de leur foi chrétienne et conscients de cette ambiguïté (Arabes = Musulmans) et de ce malaise, se veulent Phéniciens et non Arabes !


  • L’arabisme a fortement influencé les décolonisations d’abord au Proche Orient et ensuite au Maghreb, en 2 voies : le nasserisme à partir de 1952, et la baassisme, branches syrienne et irakienne, de 1966 & 1968 : panarabisme, vision laïque et modernisatrice, conception socialiste autoritaire et centralisatrice.

7. Islam et Islamisme

  • Dans les années 80, perte de dynamisme du nationalisme arabe.


  • Apparition de l’islamisme : démarche politique se réclamant de l’Islam et visant à défendre des choix de société marqués par un vigoureux anti-occidentalisme : la religion est transformée en idéologie de combat et de libération et un rappel au passé glorieux, exalté mais non assumé.


  • Les Frères Musulmans en 1928 en Égypte : Hassan al-Bannâ ; Khomeyni en Iran en 1979. Le Fondamentalisme allait offrir une utopie de rechange, un refuge identitaire, un nouvel horizon à des masses populaires en proie aux difficultés croissantes e la vie quotidienne : tout est la faute de l’Occident !


  • Divergences entre arabisme et islamisme : cf. le conflit Irak (arabisme) / Iran (islamisme) : deux conceptions du monde.
    • Khomeyni veut que les musulmans du monde entier s’unissent autour de l’Iran (papauté islamique) : plus de frontières politiques. C’est l’umma reconstituée (comme à l’époque des califes : à part que, Khomeyni étant chiite, on parle d’iman et non  de calife !).
    • Saddam Hussein désire que tous les Arabes s’unissent sans frontières, par la force militaire si besoin (Koweit) et le jihad !


  • Souvenons-nous de Nasser et Faysal d’Arabie Saoudite : lutte idéologique entre 2 Arabes et 2 musulmans. L’officier sans fortune, révolutionnaire socialiste, issu de cet immense pays des Pharaons, à la civilisation millénaire avec tant de brassages de peuples, ne pouvait pas mettre sous son seul " arabisme " le même contenu que le monarque multimilliardaire représentatif de la morgue incommensurable des aristocrates mecquois !

 

V - ISLAM & SOCIÉTÉS

Comment l’Islam se vit-il quand il n’est pas majoritaire ?

1 - Pluralité d’Islam(s)

1.1 Arabes & arabisés :Iraniens, Turcs, Indiens, Chinois, Malais, Somalis, Ethiopiens et Soudanais

1.2 Quatre aires culturelles avec affinités civilisationnelles : Arabes et berbères, Irano-Indiens, Turcs, Malais et Noirs.

1.3 Diversité constatée au pèlerinage de La Mecque (les drapeaux indiquent plus de 100 nationalités):
  • Arabes d’Orient ;


  • Des gens du Machreck : Égyptiens, Syriens, Jordaniens, Soudanais, Palestiniens, Libanais, Irakiens, Koweitiens, Saoudiens, Yéménites ;


  • des musulmans orientaux non arabes : Turcs, Iraniens, Afghans et Kurdes). Dans ce dernier groupe peuvent aussi figurer la majorité des musulmans de l’exURSS :Ouzbeks, Kazakhs, Azéris, Turkmènes et Kirghizes, de même que les Ouïgours de Chine, tous turcophones ;


  • Des Maghrébins : Algériens, Marocains, Tunésiens, Mauritaniens, Libyens, lesquels sont soit arabes soit berbères : Kabyles, Chleuhs, Rifains, Mozabites...


  • des Noirs d’Afrique : Nigérians, Sénégalais, Nigériens, Maliens ;


  • des Asiatiques : Pakistanais, Bangladeshis, Indiens, Chinois, Indonésiens, Malais ;


NB : Le ministère du hajj saoudien classe les pèlerins en 6 secteurs principaux : États arabes, États du Sud-Est asiatique, pèlerins de Turquie et musulmans d’Europe et d’Amérique, États de l’Asie du Sud, pèlerins iraniens et États de l’Afrique non arabe. Seul sous le vêtement du pèlerin (irhâm) tous sont égaux dans la soumission (islam) égaux pour les pratiques à observer, égaux dans les paroles arabes à prononcer (comme Allah akbar) et dans la récitation du Coran.

2. LES TRAITS COMMUNS AUX SOCIÉTÉS ISLAMIQUES

2.1   Islam savant et islam populaire

Divorce. Le peuple a introduit des superstitions, des cultes, des élans, des maîtres, une confrérie, la vénération de personnages religieux, des cultes envers des " saints ", capables de faire des " miracles " !


2.2 Le culte des saints

" L’homme de religion " = cheikh, marabout, mollah, faqih... a toujours une influence. Sont vénérés ceux qui connaissent le Coran et les sciences religieuses. Chaque village a son école coranique et son savant qui connaît le Coran par cœur... Cela n’est l’islam de l’époque abasside ! Le peuple veut un islam qui parle à l’imagination, au cœur, alourdi de superstitions et de folklore : les tombeaux des saints et leur baraka : entre amour et magie ! Mysticisme populaire : attente d’un sauveur – mahdi- qui conduirait les opprimés à la victoire !


2.3 Les confréries (tariqa) C’est  une évasion populaire à la fois collective et personnelle, dès le XVe sicècle.

Leur influence n’est pas seulement religieuse, amis aussi politique (Libye, Algérie).

La confrérie est une organisation sous l’autorité d’un maître spirituel, le cheikh, considéré par se adeptes comme l’intermédiaire pour atteindre Dieu et possédant un pouvoir absolu de père spirituel. Après le travail, les gens se rendent à des réunions de dhikr : on y répète sans relâche de formules comme Allah Akbar, accompagnées de danses, par ex. ; ou bien de prise de hachîch.

Exemples : la Qâdiriyya, du XIIe s. ; la Moulaviya, du XIIIes. ; la Tijâniyya ; la Rahmaniyya, au XVIIIes. en Kabylie... etc. En Afrique du Nord et en Afrique noire, les cheikhs sont appelés marabouts : ils instruisent leurs disciples (yaalibe), les préparant à la vie future. Au Sénégal, la confrérie des Mourides.

Tous les membres des confréries s’appellent frères (ikhwân)


2.4 Islam fondamentaliste et Islam moderniste

  • L’islam intégriste conservateur.

    Au XVIIIe s. : Muhammad ibn Abd al-Wahhâb = mouvement intégriste de retour aux sources, qui devient la doctrine wahhabite en Arabie Saoudite : ce fondamentalisme s’étend à toute l’Arabie, et jusqu’en Inde au XIXe s. Au XXes. naissent les Frères Musulmans, fondés en 1928 par Hassan al-Bannâ. La position est claire : le Coran doit être la seule constitution des états islamiques. En 1954, Hassan al-Bannâ est assassiné. C’est pourtant sous leurs balles que tombera Anouar el-Sadate, en 1981. Hafez al-Assad noiera le mouvement dans le sang en 1982.

    Ce mouvement est fortement structuré, intransigeant, profondément masculin et xénophobe : l’Occident, c’est Satan !


  • La Salafiyya, ou l’islam moderniste réformateur.

    L’islam moderniste pense que ce n’est pas les armes et la guerre sainte, mais la réflexion qui redonneront à l’islam son prestige et son rayonnement universels. L’Afghan Jamâl al-Dîn Al-Afghanî (+ 1897), et ses disciples, l’Égyptien Muhammad Abduh (+ 1905), le Syrien Rachîd Rîda (+ 1935), le Tunisien Fâdil ben Achour (+ 1970), l’Algérien Ben Bâdis (+ 1940), le Marocain Allal al-Fâsî.

    Pour eux l’islam est tolérant et rationnel ; il n’est pas hostile au progrès, il accepte les innovations techniques de l’Occident, et même les devance : cf. la période entre le VIIIe et le XIIe siècle !

    La tendance moderniste n’est actuellement pas la plus forte. D’ailleurs réactualiser la foi des Anciens (salaf) supposerait de purifier l’islam vécu du poids des superstitions et des traditions ! ! !



  • L’islam, un mode de vie et une éthique.

    Un ensemble de conduites rituelles, de plus de 13 siècles d’âge : un style de vie, des techniques de réalisation artistique, un cadre urbain qui font qu’un musulman est immédiatement  reconnaissable. Long apprentissage d’habitudes corporelles et mentales rigoureusement reproduites grâce à une éducation rigide, avec l’autorité du père, et la prééminence de l’homme sur la femme.

    • L’obsession de la pureté corporelle : la propreté fait partie de la foi !
    • La haine du célibat : le couple humain est l’idéal de l’existence.
    • La femme : un  corps d’abord. La sexualité est toujours présente. La femme doit être "  blanche , grasse, molle...et lisse " !
    • Un savoir-vivre (adab) contraignant : un code.
    • Prescriptions islamiques et rites de la vie quotidienne : morale de groupe et de société close. Solidarité et générosité.
    • La tenue des femmes.
    • Les interdits alimentaires.

3. L’ISLAM ET LES SOCIÉTÉS NON ISLAMIQUES

  • Les minorités musulmanes faisant intégralement partie des ces sociétés : hindouiste et bouddhiste (Inde , Sri Lanka, Birmanie), juive (Israël), catholique (Philippines) ou dans les états communistes (ex URSS et Chine) . Problème, car rien n’est prévu pour les minorités musulmanes " hors du domaine de l’islam " De même dans les sociétés à majorité chrétienne (Angleterre, USA, France, Allemagne) .


  • L’immigration maghrébine est devenue un vrai problème pour la société française ; indienne et pakistanaise pour la société anglaise ; et turque pour la société allemande. : minorités non européennes et musulmanes.


  • Les minorités musulmanes émigrées : l’islam en France, par ex. : 2ème religion de France. Cela soulève une série d’interrogations : laïcité, culture de la " mort de Dieu ", groupe dominé, défavorisé, réduite au silence politique... L’islam de l’émigration doit être discret et vécu dans une certaine " honte ". Or un islam sans vie publique et sans communauté est un islam contre nature ! C’est soit le black-out, soit la revendication bruyante : qui devient vite un islamisme, une idéologie.


  • Il y a aussi l’islam des convertis : oiseaux rares dans la société française : Roger Garaudy, Maurice Béjart, le petit-fils de Maurice Thorez. Certains convertis sont devenus des spécialistes de l’islam : Michel Chodkiewicz, ancien directeur de la maison d’édition Le Seuil (trad. des écrits spirituels de l’émir algérien Abd-elQader, et spécialiste du mystique Ibn-Arabî). Eva de Vitray-Meyerovitch a publié une anthologie du soufisme).


  • En revanche les orientalistes spécialistes de l’islam se convertissent rarement, Vincent Monteil étant une exception.
    Louis Massignon, Henri Corbin, René Guénon, qui s’intéressent au mysticisme et à la spiritualité..., eux, n’intéressent absolument pas le musulman moyen !

VI - LES DÉCHIREMENTS DUS À LA MODERNITÉ

1. PROBLÈMES PSYCHOLOGIQUES

  • La peur de l’occidentalisation : elle couperait les peuples orientaux de leurs racines, de leurs valeurs, de leur passé. Pour la 1ère fois une modernité (l’européo-américaine) s’universalise, et les autres cultures la reçoivent comme un don vénéneux... Il y a une opposition absolue entre les conceptions fondamentales des deux mondes, européen et oriental...


  • Individualité contre famille ; progrès contre tradition ; libre pensée contre obéissance ; abstraction contre humanité ; objectivité contre passion. L’angoisse existentielle est un mal occidental ! Si l’occidentalisation fait tellement peur, c’est qu’elle aboutit à une définition  nouvelle de l’homme, celle d’un homme sans liens familiaux, autonome et libre.


  • La peur de perdre son identité : l’influence modernisatrice de l’Occident provoque dans le monde musulman des résistances, et suscite des échappatoires :
    • Soit on se réfugie frileusement dans le passé,
    • Soit on se réfugie frileusement dans le passé,
    • Soit on se précipite dans un modernisme effréné,
    • Soit on se précipite dans un modernisme effréné,
    • Soit on se lance à corps perdu dans la politique,
    • Soit on se lance à corps perdu dans la politique ;


  • Le monde de l’islam est un monde de la certitude où le doute est exclu, où le mystère est voulupar Dieu : la pensée reste ainsi à l’abri des grands chocs de l’histoire. Le regard des musulmans sur le monde est hémiplégique : l’islam ne voit pas ses propres abus, mais perçoit clairement ceux de l’occident et de la chrétienté... Paralysie de survie : pour conserver l’identité culkturelle, vitale poiur éviter une confrontation mortelle avec la réalité.


  • La réalité, c’est la victoire de l’Occident avec sa modernité triomphante, pour laquelle les musulmans éprouvent une répulsion mais aussi de la fascination. Nécessaire complexe de supériorité ! Névrose lors du choc de l’Islam avec la technologie occidentale.

2. PROBLÈMES ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX

  • La plupart des pays musulmans font partie du Tiers Monde.


  • Pays musulmans pauvres et pays musulmans riches : mais tous les pays musulmans ne sont pas pauvres. Qui dit pétrole, dit arabe ! Il faudrait plutôt dire musulman ! La moitié du pétrole global ! Les Émirats Arabes Unis : Koweit, Abu Dhabi, Oman, Qatar, Bahrein ! Spéculation et villes champignons. Pétro-monarchie et main-d’œuvre étrangère d’origine asiatique !


  • Création du Fonds Arabe de Développement Économique et Social et de la Banque Islamique du Développement. Le Fonds Saoudien du Développement, le Fonds d’Abu Dhabi : AUMÔNE, l’un des piliers de l’Islam ! Aider à la conversion : la Banque arabe pour le développement économique en Afrique noire


  • Le problème des jeunes : remise en question de l’adab, avec la confrontation de l’art de vivre occidental ! Les moins de 20 ans représentent plus de 60 % de la population. En Indonésie 2 ½ de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail.


  • Importance des mass media et des émissions venues d’ailleurs ; démocratisation de l’enseignement ; scolarisation des filles, mixité. Savoir lire fait lire les journaux ! Contestation ou militance politique ! désaccord avec les familles traditionnelles


  • La question de la femme : toutes les conséquences de l’évolution et de la désacralisation de la famille, du mâle et de la sexualité. L’islam ne permettra jamais à la femme de disposer de son corps !

3. PROBLÈMES POLITIQUES

- Entre 1950 et 1970 phénomène nouveau : l’importance grandissante de la technologie. Développement des sciences. Ce sont les technocrates qui vont s’opposer aux idéologues. Les Islamistes vont relever la tête : Pakistan, Iran, Égypte, même dans le Mahgreb (Algérie,aujourd’hui) !

- Comment séparer le politique du religieux ?
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