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DIALOGUE
OU CONFLIT DE CIVILISATIONS
AU XXIème SIÈCLE
Quelle politique pour l’Union Européenne ?
Parlement Européen, Bâtiment Spinelli
Bruxelles, samedi 29 septembre 2001.
vide 

Une civilisation occidentale, - scientifique, technique et financière-,
comme modèle universel ?

Préliminaires

Depuis le 11 septembre dernier, il faut déplacer la frontière du XXe siècle :
  • non plus les ruines ex-voto d’un mur de quelques mètres qui s’écroule à BERLIN, en 1991, sous les joyeux coups de pioche des enfants de Marx et du Coca-Cola,
  • mais deux tours de 400m de haut, pulvérisées à Manhattan, NYC, à coup de Boeing, par de vilains petits canards, bégayant et perdus entre un Coran vénéré et une modernité qui le conteste.
Depuis 3 semaines, le monde occidental est acculé
  • à penser la peur, à penser la rage, à penser l’impensable
  • et à s’interroger sur la puissance effective de la superpuissance reconnue.
Depuis désormais, l’homme des villes est confronté à la vision de l’impossible : l’Apocalypse n’est pas seulement une ère de catastrophes, mais ce qu’elle est vraiment, une révélation, celle d’un Jugement toujours dernier.

Si du bricolage, le terrorisme est passé à la stratégie de la terreur, c’est qu’il a appris de ceux-là mêmes auxquels il s’attaque aujourd’hui ! On n’apprend jamais mieux qu’auprès de son ennemi préféré !
Seulement change significativement le degré de " radicalité " dans l’exécution : on passe du professionnalisme au martyre, et de l’expertise au prophétisme. Le savoir-faire n’est jamais qu’une question d‘entraînement et de temps. Répondre,- depuis le 24 septembre,- à cette ultime provocation par la traque à l’argent sale de ceux qui en ont besoin pour leurs lâches besognes, c’est :

  • paradoxalement mettre sur le même plan les ennemis de la civilisation libérale (qui en exploitent le fonctionnement !) et ses plus grands capitaines (qui préfèrent son opacité à la transparence pour leurs opérations financières !) ;
  • et en dernière instance, donner un coup d’épée dans l’eau, car c’est aussi et en même temps d’une répartition plus équitable de l’argent " propre " (s’il y en a !) qu’il s’agit, sous peine d’entretenir irrémédiablement les causes de la révolte insensée parce que désespérée !

L’Histoire nous rappelle une dérive dont les conséquences abreuvent les derniers événements : la perte progressive et irréversible de la prééminence de l’Orient,- et de l’Islam -, sur l’Occident, - i.e. la civilisation judéo-chrétienne -, taraude le monde musulman depuis le XIIIe siècle, - ou mieux, depuis la Reconquista espagnole sur le Royaume de Grenade et la magnifique, - et donc possible !-, réalisation de l’Andalousie judéo-berbéro-arabo-chrétienne ! Mais cette humiliante domination ne fait que s’accentuer au fil du temps. : inaccessible aux plus défavorisés, la modernité tapageuse à l’occidentale, devient, pour les musulmans et les islamistes les plus démunis, obscène. Désormais, le capitalisme occidental ne suscite pas une opposition raisonnée, mais une aversion atavique. On ne réfute pas un modèle, on le hait. On ne cherche pas sa conversion, mais sa destruction.

Porté par son triomphe contre le communisme, convaincu de l’universalisme de sa pensée démocrate libérale, l’Occident croit que les non occidentaux doivent adopter ses valeurs. Ce qui provoque une réaction en chaîne : le passage de la simple conscience musulmane et arabo - musulmane à la cohésion islamique, fondamentaliste et extrémiste. Et paradoxalement, ce que les gouvernements arabes, - aidés ou non par des romantiques à la Lawrence d’Arabie !- n’ont pas réussi à réaliser, la religion va le faire, même au prix d’une trahison des textes fondateurs (ici, le Coran) : l’apparition " d'une identité qui dépasse les États ", et qui va servir de ferment au terrorisme.

Faut-il aller jusqu’à dire avec Bernard LEWIS, 1990 :
" Il est désormais clair que nous sommes confrontés à un état d'esprit et à un mouvement qui vont bien au-delà des problèmes, des politiques et des gouvernements qui les incarnent. Ce n'est rien de moins qu'un choc des civilisations, - c'est la réaction irrationnelle peut-être mais ancienne d'un vieux rival contre notre héritage judéo-chrétien et ce que nous sommes aujourd'hui, et contre une expansion de l'un et de l'autre ".

Ceci est une très vieille affaire : une rivalité plus que millénaire, dont l’intensité a varié en fonction de la démographie, du développement économique et de la fureur religieuse des deux camps.
C’est un fait aussi que le fossé économique ne cesse de grandir entre le Nord et le Sud, où la démographie galope en même temps que le chômage.
Cependant, une chose est sûre : l’Islam a redonné aux musulmans la fierté de leur civilisation face à la civilisation occidentale.

Mais il n’y a pas de hasard !

1 – CIVILISATION OCCIDENTALE ET FONCTIONNEMENT ÉCONOMIQUE

Les derniers événements nous placent devant la réalité massive suivante : un fait mondial total (la formule est de l’économiste Élie COHEN). Cela veut dire que si la civilisation occidentale a initialisé ce processus que l’on appelle suivant sa langue mondialisation ou globalisation, elle en a reçu très récemment une démonstration et illustration irrésistibles, au cœur le plus symbolique et le plus sensible de ses derniers développements :
  1. sa forme occidentalo-américaine : World Trade Center ;
  2. sur un territoire pris aux autochtones : MANHATTAN ;
  3. au nom d’une élection providentielle : IN GOD WE TRUST.

Ce fait mondial est :

  1. De motivation économique : le pourquoi de ce site ;
  2. De portée internationale : diversité des populations présentes ;
  3. D’affect universel : unisson des vibrations ; et révèle la vraie question que pose à la planète toute entière le développement de la vision du monde de la civilisation occidentale :
    la distance grandissante entre :
    1. l’intégration humaine, économique et sociale ;
    2. et l’absence d’instances légitimes de gouvernance mondiale.
Quand Alexandre quitte Pella, en Macédoine, en -336 : il a 20 ans. Il va surtout venger l’honneur des Hellènes, vaincus lamentablement quelques générations plus tôt par les troupes mèdes de Darius 1er . Mais au fur et à mesure qu’il avance sur le continent moyen puis centre oriental, volant de victoire en victoire (le Granique, Milet, Halicarnasse, Issos, Tyr, Gaza, Gaugamèles, les Portes Persiques et enfin l’Hydaspes, au Penjab) et fondant plus de 28 Alexandrie, l’idée grandit en lui d’un monde uni, sous l’impulsion de la mouvance et de la culture helléniques, qui vont devenir ce qu’on appellera la " civilisation hellénistique " : ce fut peut-être le 1er fait mondial (à l’échelle du monde connu de l’époque) : Rostovtseff et Droysen ont respectivement exposé et démontré :
  • la rationalité interne des dimensions économique (soldes, logistique, monnaie, banques, fournisseurs, etc.), internationale (de Macédoine à l’Indus) et d’affect (Isocrate et " l’être grec ") du système hellénistique ;
  • les essais d’intégration globale,
    1. à partir de l’instance d’un ROI (Basileus Alexandros = différent du roi grec, du pharaon égyptien et du Roi des Rois perse) unique et divinisé (la proscynèse),
    2. légitimé par sa divinité même pour une gouvernance " mondiale ".

Malgré les vicissitudes que connaîtra l’héritage alexandrin (avec les Diadoques : Seleucos, Lagos et Ptolémée) -, c’est l’art (sculpture, urbanisme, habitat et architecture...) qui en assurera la continuité culturelle et civilisationnelle. L’Empire Romain héritera à son tour d’une culture et d’une langue, et européanisera définitivement cette réalité hellénistique, ce qui fera dire à Fernand BRAUDEL, que l’Europe s’arrête à l’Indus ! Et comment comprendre la révélation chrétienne sans les mentalités de cette antiquité tardive qui s’étendra jusqu’aux déferlantes des Vandales puis des Arabes ? Comment ne pas retrouver, après les interdits musulmans des représentations humaines, les résurgences , - la résilience,- des modèles hellénistiques dans les exubérances baroques de stuc blanc des frères Asam de Bavière, du palermitain Serpotta, ou, en plus raffiné, dans les œuvres des romains d’adoption Bernini et de Piccolomini.

Et les tentations de globalisation européennes, puis mondiales que constituent les aventures politiques
  • de Charlemagne (et la récupération d’une Europe monastique), de Frédéric II von Hohenstaufen (et le pouvoir en Europe à partager avec le Pape et le Roi de France), de Charles Quint (et le Nouveau Monde), de Napoléon (et le trêve oriental), d’Hitler (et son 3ème Reich) ;
  • les aventures idéologiques du communisme soviétique ;
  • et ces dernières aventures,- étatsunisiennes depuis le plan Marshall,- que nous vivons, à la fois militaro-économiques, culturelles, politiques et idéologiques,
    1. parce que globales,
    2. ont préparé ce que nous appelons la civilisation occidentale,
    3. au détriment de tout ce qui n’entrait pas dans les schémas structuraux d’un développement général, basé sur un capitalisme de type libéral, qui ne doutait pas de sa légitimité, parce qu’il fonctionnait sur une efficacité comprise comme une bénédiction.
    4. Identifiée avec le judéo-christianisme,
    5. cette civilisation occidentale s’aliénait progressivement le monde du Prophète et le peuple du Coran (environ 1 milliard de personnes),
    6. avant de s’affronter, par mission chrétienne (encore !) et trafic de l’opium interposés, aux mondes de l’Orient–Extrême (2 milliards de personnes).

2 - LA CIVILISATION OCCIDENTALE COMME DRAMATISATION ET DÉRIVE

  • Au-delà de la résorption des religions locales par le Christianisme ;
  • De la gréco-romanisation de ses populations et de ses territoires ;
  • De l’invention du centralisme politique, des nations, de langues opératoires, de styles artistiques dans tous les domaines (architecture, peinture, enluminure, musique, mœurs, etc.) ;
  • Puis après l’Andalousie, philosophie, théologie, droit, sciences, médecine, et plus loin, théâtre, théories politiques, art de la guerre ;
  • Et finalement, droits de l’homme et du citoyen... ;
  • Avec les nouvelles théories d’économie politique engendrées par l’industrialisation...

La civilisation occidentale fonctionne sur le mode dramatique (au sens de dramatization :> elle semble aboutir à un monde en guerre permanente :

  • Une guerre où il faut liquider les concurrents, rester compétitif ou disparaître, indéfiniment, sans aucune perspective de paix ;
  • Une guerre comme nouveau mode de vie, guerre de razzia et de pillage au jour le jour, des ressources communes à l’humanité ;
    • pour la conquête des marchés, basée sur les développements de la recherche scientifique et technologique,
  • Une guerre où l’on ne fait pas de prisonnier, où tous les coups sont permis : dumping et manipulation des prix, ententes et cartels, espionnage et corruption, spéculations et prises de contrôle hostiles, déréglementations et délocalisations sauvages.

Les perspectives pour un étudiant des Grandes Écoles (de commerce ou autres) ?

  • S’enrôler dans les rangs des mercenaires du capital (ou de l’anticapital, suivant le camp) ;
  • Après sélection et formation au combat dès l’enfance (prépa ou camp terroriste) ;
  • Gérer l’intendance et le train des équipages dans une bureaucratie si possible internationale ;
  • Revêtir la bure et la barbe du frère prêcheur, psalmodiant l’évangile ou le jihad du marché ;
  • Ou l’uniforme du moine soldat ou du moujjahidine appelant à la croisade de la compétitivité ou du massacre !
Voici le retour des grands féodaux et des chefs barbares, des brigands et des pirates, les peuples ne prenant que peu à peu conscience qu’ils constituent leur ultime butin de guerre !

La fièvre de leçons, conférences et séminaires sur l’Éthique dont je suis contaminé par les multiples entreprises qui me persécutent, me prouvent à l’envie que trop de concessions ont été faites aux dogmes mirobolants du marché, de l’individualisme à tout crin, à l’économisme et à la compétitivité sans la loi et hors la loi !

Quels traits de notre époque retiendront l’historien et le sociologue ? Au moins trois :

  1. La glorification des réussites financières météoriques ;
  2. Le recul des interdits ;
  3. Et la montée en puissance de la corruption (qui a pris un essor sans précédent grâce à la déréglementation généralisée de l’ère Reagan/Thatcher, suivie de la frénésie affairiste et spéculative et la financiarisation généralisée de l’économie !

Si encore cela se passait dans quelque contrée barbare ! Mais tout cela arrive depuis plus de 15 ans dans une partie du monde (Europe et cette Europe prolongée jusqu’au bout que sont les USA !), qui se targue d’être le berceau nature du droit (hérité de Frome), de la justice (héritée de la Bible et des Évangiles), de la démocartoïe (héritée de la Grèce de Solon), de la probité héritée des Puritains et Pères Fondateurs) et du progrès (conséquence de la Liberté, dont la statue n’indique plus que la direction de ruines...)

Heureusement ou malheureusement, ce qui est occidental est devenu (tend à devenir) totalitaire,vue les caractéristiques que revêt le monde de la finance qui a envahi tout le territoire de son amplitude :

  1. Ce qui est occidental se veut planétaire (globalisation) ;
  2. ce qui est occidental veut s’installer dans la permanence (hégémonie) ;
  3. Ce qui est occidental tend à s’abstraire dans l’immatérialité (le virtuel) ;
  4. Ce qui est occidental veut apparaître dans l’immédiateté (cybernétique).
  5. Ce qui est occidental re-distribue la trilogie des pouvoirs :
    • le politique est relégué,
    • à la remorque immédiate du pouvoir médiatique,
    • et ces deux derniers, à la remorque du pouvoir économique, dont ils procèdent et dont la toute-puissance est assurée par les nouvelles technologies informatiques.

Ceci est la nouvelle donne structurelle
de la culture occidentale !

Un nouvel empire, un nouveau royaume, un nouveau règne est inauguré : celui des techniques !

La technique est toujours un produit idéologique et le procès de son développement est central : son rôle est de multiplier le capital, en l’accélérant, en acheminant ses " ordres " aux 4 coins du monde, en permettant de précéder, d’anticiper et de renouveler brutalement gammes et produits.

Ces technologies ont prévues pour un individu atomisé , calibré, soudé et réduit à ses fonctions d’agent économique (producteur/ consommateur).
Ainsi, sont altérés les rapports entre générations, par l’abolissement de la transmission d’un patrimoine d’outils et de savoir-faire.

(nouvelles) Tables de la Loi
  1. Tu tueras, sinon c’est toi qu’on tuera (mondialisation) ;
  2. Tu te garderas parmi les élus du scoop (information) ;
  3. Tu seras toujours le meilleur (excellence) ;
  4. Tu ne respecteras aucune protection (libéralisme)
  5. Tu banniras tout État (déréglementation)
  6. Tu posséderas (privatisation) Au nom de
    1. La guerre économique totale,
    2. L’irréversibilité des inégalités,
    3. La recherche exclusive du profit,
    4. Le rejet de tout projet mondial au service de l’homme.

3 – LE TEMPS N’EST-IL PAS VENU DE LANCER UN CYCLE DE DÉVELOPPEMENT ET NON PLUS DE LIBÉRALISATION ?

Ce à quoi nous allons continuer d’assister encore un certain temps est à renvoyer à la montée de frustrations plus politiques, idéologiques, identitaires et culturelles que véritablement économiques.

Que Samuel HUNTINGTON se veuille l’héritier des grands, Oswald SPENGLER et Arnold TOYNBEE, libre à lui ! Quand il soutient qu’après les convulsions nationalistes suscitées par la fin des empires, convulsions qui relèvent de la tradition historique des conflits de souveraineté et de proximité à travers l’histoire, on va désormais se trouver en présence d’un gigantesque affrontement entre ls six grandes civilisations qui (se)partagent la planète : l’Occident, et la civilisation occidentale, seraient devenus la cible commune privilégiée :

  • En raison de son comportement hégémonique ;
  • De la sophistication matérialiste de son développement ;
  • Et de sa tentation, jadis colonialiste et aujourd’hui humanitaire, d’intervenir dans les affaires des autres cultures et de les corrompre.
Et ce, à cause fondamentalement de l’incompatibilité de leurs valeurs respectives ! S.Huntington soutient : " Il n'y a pas de valeurs universelles ! ". Il est vrai que cette assertion fait peur, à la pensée que le XXIe siècle sera, du fait de la mondialisation, la conciliation de l’universalité des valeurs avec la diversité des cultures ! Il n’y aurait donc pas, parmi les nations et sociétés du monde, la même conception de la naissance, de l’éducation, de l’amour, de la souffrance, du mariage et de la mort : les raisons de vivre n’y seraient pas les mêmes ! De la à conclure toute une stratégie antioccidentale ! L’Histoire nous apprend que les partisans des guerres saintes combattent toujours au nom d’une incompatibilité des civilisations !

La question du politique doit se poser d’une autre façon !
Ce n’est pas seulement dans le combat de la barbarie contre la civilisation que se développe le projet politique, mais dans celui de la raison d’État contre les intérêts fondamentaux des citoyens que nous sommes : Européens, Américains, citoyens du monde. La prise de conscience se fait de plus en plus d’une solidarité d’intérêts entre les ressortissants des différents pays du monde. C’est précisément cette notion même de solidarité globale, mondiale qui s’est imposée au regard des peuples : solidarité et partage d’un capital commun de valeurs et de buts. Il semble quand même que par delà la raison des États, par delà les différences de cultures, de croyances, de valeurs, il y a un fond d'humanité qui ne peut s’exprimer que dans la liberté, dans la tolérance mutuelle et dans la vigilance face à tout ce qui tendrait à détruire l’humain dans l’homme et dans ses différentes formes de culture.

De toute façon, il semble plus aisé de régler les problèmes économiques qui restent dans la sphère des intérêts, que les problèmes culturels et politiques, où l’on touche alors au socle dur des passions et des irréductibilités humaines.

Pourtant si la civilisation occidentale ne veut pas devenir une forteresse assiégée, elle ne doit plus confondre l’exigence démocratique et les potions libérales, et se souvenir que l’harmonie sociale est le premier facteur de croissance, à l’échelle mondiale comme à celui des nations. Si l’UE veut contribuer à ce ressaisissement, elle doit s’unir très vite, pour jeter les bases d’une démocratie mondiale et défendre son modèle social, celui dont ce siècle a besoin. Et le temps presse !

À propos de l’actualité et de la riposte américaine aux attentats de Manhattan, deux citations :

" Il serait désastreux qu'au nom de nos valeurs, on utilise les moyens de l'adversaire ! ", dit Alain PELLET, ancien président à la Commission du Droit International à l’ONU. ; professeur à Paris X Nanterre.
" Si une frappe-éclair apparaît nécessaire, c'est aussi vers les Bahamas, Jersey et le Lichtenstein qu'il faut la diriger ! " dit, de son côté, Philippe CHALMIN, Professeur de Finances Internationales, Paris-Dauphine

Quelques conclusions : histoire d’aller plus loin !

  1. Oui, bien sûr, la culture a un rôle éminent à jouer dans la construction européenne, et dans tous les domaines de cette construction :
    • *** si chaque enfant européen était en capacité de maîtriser fondamentalement :
      • sa langue maternelle,
      • la langue anglo-américaine,
      • le langage informatique,
      • et les fonctionnements structuraux de l’économie globale,
    • *** si les systèmes d’éducation lui ouvraient, de plus, le monde des arts, de la littérature et du voyage ;
    • *** si sa curiosité était motivée, au point qu’il se sente ET national ET européen !
  2. L’universalité, - la catholicité ! -, d‘une culture, ne doit plus être confondue avec son accessibilité à tous : si une culture doit s’imposer, elle le fera par elle-même. C’est sa valeur intrinsèque, et non pas son imposition, qui la rendront libératrice : à se conduire de façon colonialiste, elle ne provoquera chez les colonisés que rancœur et vengeance, malgré les bienfaits qu’elle aura su véhiculer. L’Église est en train d’en faite l’amère expérience, en ayant absolutisé la forme romaine de la foi chrétienne dans son expression religieuse : en matière disciplinaire comme en matière dogmatique. Les mœurs et la symbolique ne peuvent se réduire, même s’il leur arrive d’être syncrétiques.
  3. Le respect des autres civilisations consiste non pas à rester sans opinion devant leurs manifestations particulières, mais consiste en revanche à en comprendre le pourquoi, de façon à en relativiser la forme, tout en apprenant, pour l’avenir, des sources dont elles procèdent et du but qu’elles poursuivent ! C’est en revenant à ces sources communes, que les pays de l’UE pourront se demander quelle forme neuve donner aux objectifs communs qu’elles poursuivent ensemble.
  4. Oui, la civilisation occidentale est scientifique (les Prix Nobel, l’Encyclopédie, l’écrit), technique (l’industrialisation, la miniaturisation, le voyage dans les étoiles...), et financière (banques, bourses, papier monnaie, etc.) ! ... OUI, d’autres pays, peuples, cultures et civilisations nous imitent/veulent nous imiter : en même temps, ils se rendent compte que notre " way of life " est le nôtre, et qu’il est le produit de nos représentations symboliques, à nous ! Alors, leurs réactions oscillent entre l’envie, la colère et/ou la vengeance ! Personne n’y peut rien, sinon développer cet esprit de tolérance qui permet d’apprendre de l’autre " ce qu'il sait et que je ne sais pas... encore ! " Cette contradiction peut devenir le lieu d’un développement, si les condition d’un véritable développement étaient justement réunies !

POST-SCRIPTUM

Que valent toutes ces considérations aux yeux d’êtres humains, relevant de cultures et de civilisations moyenne- et extrême-orientales ?
On ne répétera jamais assez l’importance du lien de cause à effet qui existe entre les us et coutumes, mœurs et habitudes, et... les conditions spatio-temporelles d’une ethnie, d’une société, d’un groupe humain !
Si l’homme Jésus de Nazareth avait été un homme de la plaine gangétique, comme Siddhartha le fut, c’est, comme le Bouddha, de l’eau et du riz qu’il aurait consommés, et non pas du vin et du blé, comme eucharistie ! [Depuis F.Braudel, nous savons que la géographie explique souvent l’histoire, et avec Napoléon, nous pouvons soutenir que l’histoire, c’est d’abord la géographie !]
Par exemple le concept même de " résurrection " a mis plusieurs siècles à pénétrer les circonvolutions cervicales des sémites, sans avoir pu instiller celles des grecs ; et hindous, bouddhistes et jaïnistes n’en sont arrivés qu’au cycle des renaissances et à la métempsycose !
C’est, profondément,l’anthropologie qui rendra compte, de bien plus loin que l’on le soupçonne, des écheveaux mêlés des relations humaines (religion), intra et extra claniques : les textes fondateurs, qui en sont les transmetteurs, en établissent d’abord et sacralisent ensuite la systématisation (Vedas iraniens et mazdéens, Kokiji nippon et shintoïste, Ramayana et Maharabattha indiens, Livres des morts tibétain, maya ou pharaonique, Iliade et Odyssée minoënnnes et homériques, Bible et Évangiles judéo-chrétiens, Coran arabo-musulman, Livre des Mormons, etc.). Puis, leur ancienneté leur donnant droit législatif et référentiel, ces textes deviennent les LOIS et RÈGLES de comportements, dont le rapport aux causes qui les ont initiés finissent par se perdre dans une nuit des temps qui devient vite l’éternité...

L’homme oriental, par exemple, n’existe d’abord que par le groupe auquel il " appartient " littéralement : il naît, vit, travaille et meurt qu’en fonction d’une utilité reconnue par le groupe.

  • On vendra les petites filles en surplus en Chine ou en Thaïlande, et ce, peu importe ce qu’on en fera ! ;
  • Un japonais sera toujours un dieu-kami égaré sur la terre, voué corps et âme au mikado-empereur, descendant d’Amateratsu-déesse du soleil : Yukio Mishima s’immolera pour le prouver ! ;
  • Les Indiens ne cesseront jamais de re-naître et se considéreront toujours en stand-by pour " aller ailleurs ", n’étant donc jamais dans leur " assiette " propre et attendant toujours du prochain " poste de vie ! " ;
  • Le bouddhiste restera toujours ancré dans la précarité de son être propre, et le bout de sa quête le mènera toujours à constater son absence dans une présence illusoire au monde ! ;
  • Le khmer reçoit traditionnellement trois noms au cours de son existence : il en reçoit un différent à sa naissance (ce qu’on espère qu’il sera), et sa mort (ce qu’on constate qu’il a été), et lui-même s’en donne un à l’âge adulte (ce qu’il compte être) : qui est-il ?

Ainsi la vie individuelle, la vie personnelle, - tout ce que nous voulons dire avec les mots " personnalité ", " irréductibilité ", " unicité ", " irremplaçabilité ", - n’ont pas la même portée chez eux et chez nous. On comprend que la politique, l’économie, et la religion vont en être profondément marquées.

Harakiri, Kamikaze, seppuku : donner sa vie pour une cause, décidée en fonction de la société, ne se trouve pas seulement chez les nippons qui en ont inventé les mots. Les " terroristes " de Manhattan et les enfants-soldats des guerres irano-irakiennes sont persuadés d’entrer directement au Paradis d’Allah, en exposant leur vie, et celles de tous ceux qu’ils entraînent avec eux !

La prépondérance du mâle dans le couple, l’inexistence sociale de la femme en tant qu’être humain avec ses droits, relève d’interprétations (fausses) de textes fondateurs de sociétés qui nous étonneront toujours ; de même pour les fatwas édictés contre les grands bouddhas de Bamyan !

Ces peuples, ces pays, ces continents du bout du monde,- pour nous !-, totalisent plus de 3 milliards d’êtres humains : nous avons " cru ", jusqu’ici, que nous étions le seul " moule " humain, culturel, religieux, politique, financier...

Eh bien,
forts des prises de conscience que nous leur avons transmises
par ce que nous sommes si fortement,
ils veulent enfin et à leur tour
devenir ce et qui ils sont !

 

" L´apostasie silencieuse " cachée derrière une " tranquille indifférence "

L´urgence d´une évangélisation de la culture

CITÉ DU VATICAN, Mardi 2 octobre 2001 (ZENIT.org) - " L'apostasie silencieuse " cachée derrière une " tranquille indifférence " de certaines sociétés occidentales se propage à tous continents : évangéliser la culture est par conséquent une urgence pastorale, estiment les évêques.

L'évangélisation de la culture, la charge d'enseignement de l'évêque, l'esprit de communion : autant de thèmes abordés en ce 2 octobre par les dix-sept interventions en congrégations générales, à côté de certains témoignages poignants, retenus aujourd'hui par Radio Vatican. Rappelons que les introductions de la première matinée, hier, 1er octobre ont laissé place aux différentes interventions dès l'après-midi, toujours en présence du pape. Les premiers évêques ayant pris la parole venaient d'emblée de tous les continents: de Thaïlande, de Taiwan, du Sri Lanka, ou d'Australie, d’Amérique latine et de Russie.

La pastorale de la culture apparaît aux évêques comme l'une des urgences actuelle dans le cadre de la nouvelle évangélisation. Il s'agit de répondre à l'indifférence et à l'incrédulité qui marquent les sociétés occidentales, un fossé s'étant creusé entre foi et raison. Certains parlent " d'apostasie silencieuse " cachée derrière la " tranquille indifférence d'une culture immanentiste " qui se diffuse peu à peu dans tous les continents à partir des pays occidentaux. Comment être par conséquent des serviteurs de l'Évangile du Christ, si la question d'une authentique et décisive pastorale de la culture n'est pas prise en compte ?

Cette question de la " culture " est aussi présente dans la réflexion sur le ministère de l'évêque face aux mass media : un autre défi! Il faut, soulignent les pasteurs, non seulement s'adresser à ceux qui ont la foi, pour la fortifier, mais surtout à ceux qui ne se posent pas la question. Un point à inscrire à l'examen de conscience de l'évêque en somme : qu'est-ce que je fais pour communiquer la Bonne nouvelle de Jésus-Christ et de son Église ? Que manque-t-il ? Comment faire mieux ?

Mais le thème, voisin, de l'évêque en tant qu'enseignant autorisé a été, selon Radio Vatican, la thématique la plus développée de la matinée. Les évêques estiment qu'ils doivent avant tout prévoir une formation adéquate des prêtres et pour cela mettre en place des séminaires adéquats et promouvoir les vocations sacerdotales.

Ils soulignent à cet égard la nécessité de clarifier la différence entre sacerdoce commun des baptisés et sacerdoce ministériel des prêtres. Une certaine confusion dans ce domaine étant un obstacle à la pastorale des vocations.

Selon les intervenants, cette charge d'enseigner doit s'exercer d'abord dans l'annonce claire et forte de la vérité sur Jésus-Christ. Car des défis énormes sont aujourd'hui à relever pour l'enseignement de la foi, en particulier pour ce qui concerne le mystère de la sainte Trinité et le mystère de l'Incarnation. Plusieurs pères synodaux ont pour cela apprécié la publication du document de la congrégation pour la Doctrine de la foi, Dominus Jesus.

Certaines autres interventions ont repris un thème de l'homélie de Jean-Paul II dimanche dernier: l'évêque a aussi pour tâche de promouvoir la mise en œuvre de l'enseignement social de l'Église pour annoncer la vérité sur la dignité de l'homme et ses droits, dénoncer les situations injustes et contribuer à la mise en œuvre de changements positifs dans la société. Le rôle e guide assumé par l'évêque implique cet engagement en faveur de la justice.

D'autres mettaient l'accent, toujours selon Radio Vatican, sur l'importance de l'œcuménisme, comme tâche du ministère épiscopal. Le promouvoir suppose aussi la prière commune, la liturgie de la Parole, mais non la liturgie eucharistique, selon une pratique parfois prématurée.

Un autre point d'actualité a été souligné: celui de la promotion du dialogue avec l'Islam pour désamorcer les tensions et les conflits, et favoriser la coopération entre différents pays.

Du point de vue des structures de l'Église, certains souhaitaient accorder plus de compétences aux conférences épiscopales, plus d'importance à l'esprit de " collégialité ", ou que l'on débatte davantage du rôle du Successeur de Pierre.

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