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Dieu Fiction / Fiction de Dieu

vendredi 19 Octobre 2001. Mouans-Sartoux

 

vide  Les cinémas intérieurs jouent à nous faire peur, car le scénario type se base sur la peur comme donnée immédiate de la conscience d’angoisse.
Cette peur s'éprouve
  1. d’abord comme peur de rien ;
  2. puis comme peur d'avoir peur ;
  3. enfin comme peur de n'avoir plus peur !

Peur, angoisse : voilà deux réalités que les religions d’abord, la philosophie et l’anthropologie ensuite, les arts plastiques toujours, le 7e art de nos jours... ont exploitées comme fonds de commerce absolument inépuisables, puisqu’ils relèvent des productions incessantes de la condition humaine !

Notre cortex cérébral, dans le disque dur de ses circonvolutions ataviques, a enregistré et n’oubliera jamais
  • que nous avons été amibe, serpent d’eau, batracien, singe ;
  • que nous avons survécu à toutes les catastrophes des transformations de la nature et à tous les génocides de nos congénères et des autres espèces ;
  • qu’il nous a fallu craindre tout, de tous et de toutes parts, toujours et partout ;
  • que notre instinct de conservation aura finalement prévalu dans la lutte pour la vie,
  • bref que notre engeance est constituée des descendants d’anciens combattants dont l’héritage comprend, malgré le " progrès ", des " secrets de familles " qui ne laisseront de nous hanter, même si nous en ignorerons toujours les origines !

L’un des plus étonnants de ces secrets de famille, et de toutes les familles dans la perspective de l’Histoire, c’est l’élaboration, dans les officines et les laboratoires des inconscients collectifs, de ce produit jamais définitivement fini qu’on appelle, en français, D/dieu ! C’est effectivement l’une des productions les plus magnifiquement élaborées de tous les arsenaux des civilisations, le chef d’oeuvre de toutes les cultures, le thème obligé de toutes les variations de l’esprit !

Notre propos n’est pas ici de raconter l’épopée de tous les dieux enfantés dans les laboratoires des croyances et des fois, mais de nous interroger sur les conditions de possibilité et les secrets de leur fabrication.

Car
  1. dans le sujet qui m’est imposé : Dieu Fiction,
  2. il y a à la fois : Fiction de Dieu,
  3. et Dieu de fiction

A - DIEU FICTION

De même que l’on parle de politique fiction, de science fiction, déjà de religion fiction, parler de Dieu fiction, c’est imaginer des scénarii à propos de politique, de science, et de religion, qui, sans être historiquement constatables, sont parfaitement vraisemblables, et pourraient tout aussi parfaitement " se passer ", si les conditions correspondantes de possibilité étaient réunies. Ainsi en serait-il pour le scénario Dieu !?

D’ailleurs, et malheureusement trop souvent, les scenarii fiction les plus mauvais et les plus méchants, sont même dépassés, surpassés, par la réalité :
  • Qu’est-ce que " Metropolis " à côté de Adolf Hitler ;
  • Que sont " Les sorcières de Salem " à côté de la secte du Guyanna ;
  • Et dans la série comique, que sont les pauvres soupirs d’amour du malheureux diacre Frolo pour Gelsomina, dans " Notre Dame de Paris ", en face des frasques médiatisées de Mgr. Milingo et de cette malheureuse Maria Sung, mariés en grande pompe par le Révéred Moon !…

Ainsi faire de la Dieu fiction, c’est imaginer un scénario, qui, les conditions aidant, pourrait tout à fait prendre place parmi les évènements historiques de " la comédie humaine ".

Prenons par exemple " Sa Majesté des Mouches " de William Golding. Peter Brook en a tiré un scénario qu’il a filmé. Le film fut interdit, puis reçut une licence limitative : je ne sais plus ce qu’il en est ! De quoi s’agit-il ? C’est donc une fiction, dont il faut au départ accepter la convention : un avion s’écrase sur une île du Pacifique, ne laissant comme seuls survivants que les membres d’une manécanterie à la St John’s College d’Oxford, tous les adultes ayant péri. Il va falloir s’organiser : très vite les plus forts physiquement prennent le pouvoir, en méprisant les règles démocratiques d’un " parlement " à l’anglaise où la parole se prend et est écoutée seulement quand l’orateur tient dans ses mains une conque marine, symbole de l’ordre et du respect du règlement. Le chef de cette faction des plus forts découvre dans la jungle proche, au milieu d’un essaim de mouches vrombissantes, les restes putréfiés d’un sanglier dont il a l ‘idée de détacher la tête et de la planter au pied d’un tronc, en une sorte d’autel terrible et barbare, et qu’il déclare bientôt dieu suprême de l’île et leur dieu à tous ! Danses autour du feu, cris monstrueux, sacrifices humains : rien ne sera épargné aux adeptes, consentants ou non de la nouvelle religion, qui prendra lamentablement fin, au moment où... Mais je vous laisse le soin de le découvrir vous-même un jour, par le livre ou/et par le film !

- En plaçant la pythie sous le pavement du temple d’Apollon à Delphes, de façon à répondre aux questions des fidèles venus pour les jeux ;
- en plaçant des médecins, derrière le mur des corridors où passaient des nuits entières les patients de l’hôpital psychiatrique de Pergame, l’Asclépion, de façon à leur suggérer les traitements que de jour et dehors ils n’auraient jamais acceptés,

les Grecs de part et d’autre de la Mer Égée, se servaient d’Apollon et d’Asclépios (Esculape)... pour soigner !

Dans le tabernacle des églises catholiques romaines, censé conserver le saint dépôt, c.-à-d. les hosties consacrées, mais non consommées lors de la messe : dans ce tabernacle qu’y a-t-il, ou plutôt qui y a-t-il ?
La question vaut pour toutes les situations décrites :
  • Les religions de la terreur ont existé : les Baals babyloniens et philistins à qui on versait dans la gueule fournaise des victimes vivantes ; les Quetzacoatl aztèques dans les fournaises desquels on jetait le cœur vivant encore, arraché aux victimes consentantes, en souvenir du lointain ancêtre Huitzlipopochtli, qui s’était sacrifié volontairement pour que, de son sang versé, renaisse le soleil, Inti ! ;
  • Les religions des croyances prospèrent encore : les Bouddhistes chinois consultent toujours les tablettes et les roseaux porteurs d’inscriptions, que seul le " prêtre " de permanence est apte à interpréter comme il faut, moyennant…Les Shintoïstes stricts vont toujours écouter ce que (leur) disent les " kamis " (= dieux animistes) de toute la nature : pierres, arbres, montagnes, fleurs de cerisiers ou de pêchers, etc. et en tiennent compte... ;
  • Doit-on mettre en doute la piété des fidèles qui prient dans les églises catholiques, et s’effondrent en génuflexions devant les autels et les processions de la Fête-Dieu ?

QUESTION : ces " Dieux fiction " - c.-à-d. ces scenarii qui fonctionnent de nos jours partout sur la planète - produisent quoi ? De la terreur, de la croyance, de la foi ? Ou bien en délivrent-il ?
  • Terreur de quoi ou de qui ?
  • Croyance en quoi ?
  • Foi en qui ?

Les victimes aztèques étaient faites de chair et d’os ; Chinois et Japonais retirent aujourd’hui de leurs pratiques ancestrales des bénéfices certains de tranquillité d’âme et de réconciliation avec la nature et le peuple des disparus ; les catholiques romains reconnaissent ainsi la présence réelle de leur Dieu au milieu d’eux. Je veux dire que tout cela n’est pas de l’illusion : le scénario Dieu(x) marche toujours !

B – FICTION DE DIEU

Voilà une activité constante des hommes, et qui se précise de plus avec chaque découverte et chaque avancée du progrès : c’est une affaire d’opportunisme et de manipulation. Pas toujours consciente, mais très souvent efficace, surtout auprès des simples ou des désespérés, - catégories qui n’ont pas ou plus les mécanismes de défense nécessaires pour affronter les " paradis artificiels ".

Il faudrait d’ailleurs dire : les fictions de Dieu, au pluriel. Nous trouvons cela :
  • dans tous les produits synthétiques, à base de chimie et de retombées industrielles,
  • de la même race que les réalisations transgéniques et les faux de toutes sortes, depuis les montres et les stylos jusqu’aux écharpes et aux whiskies, que certaines officines, habiles et protégées, lancent sur le marché global, par E-trade interposé.
  • Mais pas seulement : en situation exceptionnelle, - la traversée du désert par les Hébreux, évadés d’Égypte -  " on " fera appel à tous les stratagèmes pour " raconter " les hauts faits de Yahwé, et pour exiger l’obéissance aux Dix Commandements : Moïse, les conteurs, puis les rédacteurs du Pentateuque vont avoir recours, tantôt à la prosopopée, tantôt aux fantastiques mises en scène, qui de la Mer Rouge au Sinaï, vont suffisamment frapper les esprits, pour que le peuple accepte ce qu’on lui transmet, parce que, si merveilleux que cela sonnât, il valait mieux s’en remettre à ce Dieu, plutôt qu’à un autre, bien moins intéressant !

Pour la question de Dieu, il suffit d’en analyser les ingrédients religieux qui jusqu’ici ont semblé faire recette, et de les concocter génialement avec les médias actuels spécialisés dans la création d’évènements.

Les fictions de Dieu, ce sont les mises en scène de Dieu, et de ses saints et saintes, surtout la Sainte Vierge : il ne s’agit pas dans mon propos de jeter le soupçon sur la religiosité légitime - bien que je ne la partage pas - de ceux qui fomentent ce type d’initiative. Mais le problème réside dans le " faire croire ", dont chacun se méfie naturellement, et que chacun se surprend à se laisser pourtant très souvent surprendre !
[ Ce fut la réaction du curé de Lourdes, quand Bernadette lui déclara que la Belle Dame lui faisait dire qu’il fallait ici bâtir une grande église. " Et tu penses que je vais te croire ? " Bernadette lui répondit du tac au tac : " Elle ne m’a pas chargée de vous le faire croire, mais de vous le dire ! " Pourtant Dieu ce qu’est devenu Lourdes !... Avons-nous affaire à une fiction de Dieu, via une fiction de la Vierge Marie, la Mère du Christ, tout de même ! ]

Dieu se laisse-t-il mettre en scène ? L’idée, - géniale, pour moi - de Nikos Kazanstaki, relayée par Martin Scorsese, dans " La dernière tentation du Christ ", est une fiction de Dieu telle qu’elle permet de prendre distance, par rapport à l’histoire rapportée et reçue, et de se demander, à ce propos, si ce fils d’homme qu’est Jésus n’aurait pas eu/fait le libre choix de vivre une simple vie d’homme ! Considérer ce Dieu de fiction, comme un blasphème, c’est ici nier toute la responsabilité de l’Homme Jésus, dont je crois, personnellement qu’il aurait pu, s’il l’avait voulu, connaître une autre destinée, et dont je trouve formidable qu’il ait choisi d’accomplir, ce qu’il appelle la volonté de Dieu, son Père.

Que font les Hassidim, mouvement religieux juif, originaire d’Europe Centrale (ambiance dans laquelle fut élevé Marc Chagall) : ils ne font que mettre Dieu en scène, avec ses rabbins préférés, surtout le Baal Chem Tov ! Et dans un genre analogue, ce sont les " a parte " entre Jésus sur la Croix et Don Camillo, dans l’œuvre magnifique de G. Guareschi !

Chez Luis Buñuel, tous les dieux de fiction que la religion, la respectabilité sociale et les règles de l’establishment ont bâti tant bien que mal vont s’écrouler dans sa critique cinématographique, comme dans " Viridiana " et " L’Ange Exterminateur " : le dieu dont ces gens sont les adeptes est la fiction d’un régime politique bâti sur la peur, l’aveuglement et le mensonge, pour la plus grande gloire des gens en place et au pouvoir !

Dieu se prête toujours à la fiction, car paradoxalement démuni, il ne peut s’y soustraire : en faisant appel au capital inconscient de nos peurs cortico-cérébrales, un régime, une organisation, une société, un groupe d’hommes, un homme seul peuvent, poussés par leur génie pervers, assujettir des populations entières (depuis des couvents : " Mère Marie des Anges ", jusqu’à des régions entières " Les cathares ").

Les fictions de Dieu auront toujours de beaux jours, car nos peurs ataviques et nos entêtements chroniques font partie intégrante de notre activité psychique, mises là, on ne sait trop quand, au temps des cavernes pleines d’échos terrifiants, des hivers blancs sans divertissement, des nuits sans feu, des feux sans viandes, et des grands cataclysmes...

Questions : Ces fictions de Dieu, comment les discerner ?
  • Comment discerner si leur existence actuelle relève seulement du fonds indéracinable de notre passé sans cesse menacé, qui déteint à notre insu sur notre présent qui l’est tout autant, mais à notre insu lui aussi ! ;
  • Que savons-nous exactement de ce qu’est Dieu, un dieu, et de ses modes d’exister, ses avatars, dirait l’hindouisme ? ;
  • Que savons-nous d’une possible existence qui contiendrait toutes les existences possibles, sans se confondre avec elles, mais qui leur serait nécessaire pour exister elles-mêmes ? Et qui, de plus, se définirait elle-même comme le Rien, d’après les mystiques du Siglo de Oro, par exemple ? ;
  • La fiction, touche-t-elle Dieu lui-même - en tenant qu’il existe ! - ou bien l’illusion qu’il existe ou qu’il n’existe pas ? c.-à-d. la fiction ne touche-t-elle pas plutôt notre mode d’appréhension de la réalité et du néant ? ;
  • N’y a-t-il pas fiction de Dieu parce qu’il y a/peut y avoir fiction de l’homme : savons-vous que l’homme n’est qu’une illusion d’être dans le complexe bouddhiste de la représentation des étants ? et que l’absence est la seule certitude d’exister pour celui qui atteint la bodhi, c.-à-d. l’illumination ? ;
  • En disant : " Je suis celui qui n’est pas là ", l’existentialiste sartrien rejoint le dernier doute sur la réalité du monde...


C – DIEU DE FICTION

Le Dieu de fiction est le comble : il n’a même plus de raison propre ! Il n’existe plus pour lui-même, en tant que tel, même si on ne croit pas pour autant en son existence !
C’est la pire situation pour un D/dieu : n’exister ni pour soi, ni en soi, ni pour les autres. N’être plus que le nom pour la chose : le pire des nominalismes ! Umberto Eco va nous sortir un roman cybernétique sur le thème, comme jadis, " Le Nom de la Rose "

Un être de fiction, un dieu de fiction donc, est un ectoplasme : vide de contenu réel, mais réelle enveloppe de vide. Il n’est littéralement " rien ".

  1. Les Grecs anciens, - ceux d’avant le 6e siècle avant J-C - avaient mis au point le k o l o s s o s (colossos, qui donnera plus tard le " colosse "), qui était cette pierre tombale dressée indiquant à la fois :
    • non seulement l’emplacement de la tombe où le défunt avait été déposé,
    • mais aussi le défunt lui-même, qui n’était plus de ce coté-ci de la lumière,
    • et encore celui qui avait déposé le colossos, comme symbole sensible de sa propre présence, bien qu’il ne soit pas là : présence-absence !
    Cette pierre non figurative va évoluer : elle deviendra le fameux k o u r o s (kouros) et la fameuse k o r h (korè), statuettes d’abord funéraires, puis sans rapport avec les rites de la mort, mais archétypales pour les représentations de l’homme et de la femme grecques (rappelez-vous le kouros du quadrige de Delphes, la korè de l’Agora d’Athènes).


  2. Ceci est l’aventure même d’un Dieu de fiction, réalité fonctionnelle et objet symbolique, utilisé pour les indications dont il est chargé et n’ayant de propriété que son utilité : élément d’un arsenal, d’un vestiaire, de coulisses où sont entreposés les objets nécessaires à une re-présentation éventuelle, dans un théâtre d’ombres vouées à l’évanescence continuelle, répétitive et nécessaire. Dans le théâtre Nô, le ‘shite’ et le ‘waki’ (les deux protagonistes) n’ont d’existence que par le masque qu’ils portent et dont le script a conservé l’aventure. Derrière le masque, " l’acteur " a non seulement disparu, mais il est devenu les indications que le script a conservées à propos du masque qu’il porte. Cela va plus loin ! Certains rôles précisent que le ‘shite’ ne portera pas de masque : il " deviendra " littéralement le masque. Cas d’ectoplasmie globale : le ‘shite’ doit devenir quelqu’un qui n’est pas là, mais dont l’utilité consiste à " tenir lieu de " !


  3. Où trouverait-on une telle situation aujourd’hui ? Je pense que les réalités virtuelles du cybermonde sont le lieu permanent de ces phénomènes ! Les mondes durement réels de l’économie et du marché, les mondes inextricablement complexes de la communication très sophistiquée, les mondes éminemment chatoyants des moteurs de recherche, etc. créent un méta-monde, comme il y a une méta-physique :
    • Ce méta-monde n’a pas d’existence qui pourrait se mesurer ou s’imaginer en 3 D.
    • Il n’est pas non plus la somme, tout au plus une résultantedes mondes sus-cités et qui s’occupent, eux, des affaires humaines.
    • Il se rapprocherait de ce que l’on pourrait nommer un mode d’être, un mode d’existencecomme il y un " american way of life ", qui inclut tout un ensemble de comportements, d’attitudes mentales, d’habitudes, de façons d’être et d’apparaître, etc. et qui n’est plus depuis longtemps l’apanage des seuls américains du nord, bien qu’ils l’aient, - malheureusement ! - initié !
    • Ce monde est virtuel,dans le sens où il n’a pas besoin d’exister comme les autres mondes dont il émane : il est là de fait, quand les autres fonctionnent. Il y a du monde virtuel quand Internet, E-trade, cybernétique, AOL, Wanadoo, et Netvigator, et les millions d’autres, opèrent ! Alors, de cette " opération des grands esprits ", procède un espace " vain " (vanus = vide) et " évanescent " (qui retournera au vide) au sein duquel des " êtres vides de contenu réel " vont se mettre à utiliser un mode sensible, audio-visuel " d’apparence ", qui aura toutes les caractéristiques constatables du monde réel, mais qui, lui, ne le sera pas : n’étant que l’émanation des mondes qui le secrètent et l’utilisent comme toile de fond de leurs échanges. En cliquant (2 fois) sur l’icône, cette " apparence " redevient rien de plus que l’ombre qu’elle est en définitive.
    • Il y beaucoup de dieux de fiction, c.-à-d. de dieux virtuels : ce sont les plus pervers ! lls ne se distinguent pas des autres, ils n’en sont en fait :
      • qu’une reproduction clonée, ou bien
      • une caricature, ou encore
      • une pâle imitation

Un film récent (1999) des frères Walkowich, avec Keanu Reeves, traite avec assez de justesse de ce sujet : " Matrix ", " la " matrice, justement :
  • Est-on dedans ou dehors ?
  • Où est le monde réel, où est le monde virtuel ?
  • Par quelle passerelle passe-t-on de l’un à l’autre ?
  • Est-il seulement possible de le faire ?
  • Comment sait-on si on vient d’y accéder, ou si on est encore dans l’autre ?
  • Quels sont les critères spécifiques de l’un et/ou de l’autre, puisqu’ils sont si semblables, si numériquement analogues ?




CONCLUSIONS

  1. La fiction n’est qu’un avatar de la t e c n h (technè = savoir faire) et de la p o i e s i s (poésie = fabrication) grecques : " une technique poétique " ou " une poésie technique " ; c.-à-d. une réalisation sensible qui relève et d’une invention et d’un art. Tout l’Olympe n’est qu’une construction de ce type, aidée et soutenue par la sculpture et l’architecture helléniques : sans elles, on peut légitimement se demander ce que seraient devenues les aventures de la famille de Zeus, antécédents et descendants ! Nous continuons de vivre sur cette fiction originale et originaire, au moins pour ce qui touche l’Occident. (Cela vaut aussi, mutatis mutandis, pour les Indes, avec la montée des écoles artistiques de Mathura, puis de Sanci et Amaravati, qui vont donner respectivement à l’hindouisme et au bouddhisme indien, les moyens d’assurer, pour l’hindouisme la présence " manifeste " des milliers de dieux racontés dans le Marabbatha et le Ramayana ; et pour le bouddhisme, la montée divine mahayaniste de Siddhartha, qui avait pourtant prévenu que...)


  2. Ce que l’on peut constater depuis l’histoire comparée des religions, c’est cette propension analogue à la fabrication de D/dieu(x) ! Et ce, quels que soient latitude, longitude, société, économie, matériaux, époque ! C’est ce qui faisait écrire à Clément d’Alexandrie (début du 3e siècle) que s’il y a un Esprit Saint, il a TOUJOURS inspiré les hommes dans leur quête de Dieu !


  3. Il est difficile de nier la nécessaire réalité qui se cache derrière ces fictions : les Grecs eux-mêmes, dans leur délire de ne manquer à aucun deu, et de peur d’en oublier un, avaient érigé des stèles qu’ils laissaient vides dans Athènes, et qui étaient dédiées au(x) dieu(x) inconnu(s). Mais, ils demeuraient les plus a-thées des hommes, ayant fait de la religion hellénique un devoir civique (comme le tentera Robespierre, sous la Terreur, avec le culte de la déesse Raison, sur la Place de la Concorde, à Paris).


  4. Il ne peut y avoir fiction de Dieu ou Dieu de fiction, sans que l’homme n’entretienne avec lui un certain type de relation explicite, qu’il réussit même à formuler, comme un contrat:l’érection du Veau d’Or, au Néguev, lors de la traversée du désert, tandis que Moïse s’entretient avec Yahwé sur le Sinaï, que cela dure, et que son frère Aaron se laisse convaincre par les Hébreux habitués aux dieux à tête d’animaux de l’Égypte d’où ils viennent de s’évader - cette érection est typique : " Allons, fabrique-nous un dieu qui marche à notre tête…Israël, voici ton Dieu qui t’a fait sortir d’Égypte ! " (Ex 32, 1b ; 4b). Cette relation est toujours utilitaire, rapport donnant-donnant (Jacob se trouvera encore dans ce rapport, au matin de sa nuit sur les bords du Yabok, quand il fuit de devant son frère Ésaü : " Si Dieu est avec moi, s’il me garde pendant ce voyage que je fais, s’il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, et si je reviens sain et sauf à la maison de mon père, le Seigneur sera mon Dieu ! " (Ex 28, 20-21).


  5. L’accident Dieu Fiction est toujours possible : c’est pourquoi les mystiques de toutes les couleurs s’en sont méfiés :de l’Orient et de l’Occident, les voici, ces moines et ces ermites, ces hommes de la montagne et du désert, ces cénobites et ces trappistes, luttant d’arrache-pied contre les illusions de leur pauvre désir, voulant voir Dieu (Jean de la Croix) et criant " Nada ! " (= rien, toujours le même), renonçant même à jamais l’entrevoir, même avec l’œil intérieur (dont parle Ignace de Loyola). Que ce soit Siddhartha, ou Maître Eckhaert : le mystique sent de suite la fiction : alors il demeure négatif dans l’affirmation !


C’est ainsi que nous suspendrons ce soir notre conversation : rejetons tout ce que notre fantaisie nous inspire à propos de Dieu. Osons simplement dire avec Jésus : " Notre Père ! "
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