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« De Babel à Pentecôte : Langues & Langage »

Mouans Sartoux
1 octobre 2001

 

Considérations préalables
  • To akribôs Ellèna eïnaï, toutesti dunasthai tois anthropois exomilèsaï
  • La grande entreprise de communication à travers les civilisations & les cultures : du ‘symbolè’ & l’art pariétal aux différentes expressions artistiques & à l’écriture.
  • Deux exemples :
  • le jeu des écritures chez les peuples de la Mésopotamie
  • la naissance de l’hellénisme sur les routes d’Alexandre & de la soie réunies
Les mythes de Babel (Gen 11, 1-9)
  1. Sur toute la terre, il n’y avait qu’une seule langue, on se servait des mêmes mots.
  2. Des hommes émigrant vers l’Orient trouvèrent dans le pays de Sinéar une plaine où ils s’établirent.
  3. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons, cuisons des briques et cuisons-les au feu. ». La brique leur tint lieu de pierre et le bitume de mortier.
  4. Puis ils dirent : « Allons, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet atteigne les cieux. Ainsi nous nous ferons un nom, de peur d’être dispersés sur toute la face de la terre. »
  5. Mais le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.
  6. « Voici, dit-il, qu’ils ne forment qu’un seul peuple et ne parlent qu’une seule langue. S’ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais d’exécuter toutes leurs entreprises.
  7. Allons, descendons pour mettre de la confusion dans leur langage, en sorte qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres. »
  8. Ce fut de là que le Seigneur les dispersa sur la face de toute la terre et ils arrêtèrent la construction de la ville.
  9. C’est pourquoi elle reçut le nom de Babel, car c’est là que le Seigneur mit la confusion dans le langage de tous les habitants de la terre, et c’est de là qu’il les dispersa sur la face de toute la terre.
et de la Pentecôte (Ac 2,1 [14-41a] 47)
  1. Le Jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvèrent tous réunis.
  2. Soudain retentit du ciel un fracas semblable à celui d’une bourrasque de vent, et ce bruit remplit toute la maison où ils étaient assis.
  3. Alors ils virent paraître comme des langues de feu qui, se partageant, vinrent se poser sur chacun d’eux.
  4. Ils furent tous remplis du St Esprit et se mirent à parler des langues étrangères selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer.
  5. Or, en ce moment séjournaient à Jérusalem des juifs et des hommes pieux, originaires de toutes les nations qui sont sous le ciel.
  6. A ce bruit, ils accourent en foule, tout interdits de ce que chacun entendait parler sa propre langue.
  7. Hors d’eux-mêmes, ils manifestaient leur stupéfaction :’ Hé quoi ! tous ces gens qui parlent ne sont-ils pas Galiléens ?
  8. Comment se fait-il alors que nous les entendions parler chacun notre langue maternelle ?
  9. Parthes, Mèdes Elamites, Mésopotamiens, Judéens, Cappadociens, gens du Pont et d’Asie,
  10. De Phrygie et de Pamphylie, d’Egypte et des provinces de Lybie voisine de Cyrène, pèlerins de Rome,
  11. Juifs ou prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu ! »
  12. Dans leur stupeur, ne sachant que penser, ils se demandaient les uns aux autres : « Qu’est-ce que cela veut dire ? »
  13. D’autres les raillaient en disant : « Ils sont pleins de vin doux ! »…

41b.Ce jour-là le nombre des adeptes s’éleva à 3000 environ

42. Ils se montraient assidus à l’enseignement des Apôtres, aux réunions communes, à la fraction du pain et aux prières.

43. Devant les nombreux prodiges et miracles opérés par les Apôtres, la crainte était dans tous leurs cœurs .

44. Tous les fidèles vivaient unis et ils mettaient tout en commun.

45. Ils vendaient leurs terres et leurs biens et ils en partageaient le prix entre tous d’après les besoins de chacun.

46. D’un seul cœur ils fréquentaient quotidiennement le temple. C’est à la maison qu’ils rompaient le pain et prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur.

47. Ils louaient Dieu et jouissaient de l’estime publique.

Et le Seigneur accroissait tous les jours le nombre de ceux qui étaient sur le chemin du salut.

Questionnement :

  • Qui sont ces « gens qui émigrèrent vers l’Orient »,- en fait vers la Mésopotamie actuelle, à la hauteur de Bagdad, - pour construire cette ville et cette tour ? De même, qui sont « ces autres qui raillaient » les pèlerins découvrant qu’ils comprennent le dialecte galiléen (?) et qu’ils se comprennent tous entre eux ?
  • Pour Babel, tout se passe à partir de la volonté des hommes qui veulent atteindre deux objectifs : construire une ville pour se faire un nom, - on peut comprendre, -, ainsi qu’une tour qui atteigne jusqu’au ciel . Mais « de peur d’être dispersés » : la ville serait –elle ressentie de la part des hommes comme une défense contre l’éparpillement ? Et la tour serait-elle ressentie de la part du Seigneur comme une menace ?
  • Pour Babel encore, le Seigneur craint que le double fait de ne former qu’un seul peuple et de ne parler qu’une seule langue ne permette à ces « émigrants vers l’Orient » d’exécuter toutes leurs entreprises : mais lesquelles de leurs entreprises font peur au Seigneur ?
  • En fait de quel type de Seigneur s’agit-il, qui redoute les entreprises des hommes et prend une initiative abusive en semant la confusion langagière et en les dispersant ?
  • Pour Pentecôte, tout vient de la part de Dieu : l’ouragan, le vent, les langues (de feu) : tout le monde se comprend, sauf « d’autres »…
  • Ce qui est refusé à l’initiative des hommes, est possible quand cela relève de l’initiative de Dieu ! ?
  • Pourquoi les railleurs ne « comprennent »-ils pas ce qui se dit ni ce qui se passe?
  • Etc…

Eléments de réponse :

  1. Emigrer vers l’Orient, c’est re-venir au nombril de l’Histoire, à Ur des Chaldéens (sur l’ancien cours de l’Euphrate, au sud de l’Irak, près de Bassorah), c’est vouloir re-commencer l’Histoire :
    • au départ de l’HISTOIRE, c’est le Seigneur qui appellera (chapitre 12) Abram (Abraham),- et son père Térah, avant lui,- pour partir vers un pays qu’Il veut lui donner. Après un stop over à Harran (sur l’ancien cours de l’Euphrate, à l’actuelle frontière syro-turque), Abram arrivera à Hébron (sud de l’actuelle Jérusalem), où il recevra de Dieu la promesse réalisée d’une descendance (Isaac), puis subira l’épreuve de fidélité inconditionnelle (le –pseudo- sacrifice du même Isaac), et enfin entendra la perennité de cette descendance ;
    • à ce même endroit, - Ur, des Chaldéens,- voilà que des hommes veulent se passer de tout Seigneur et poser un acte indépendant d’émancipation et d’autonomie,- jusqu’à vouloir atteindre la résidence de ce Seigneur : cet acte, c’est le passage de la vie rurale/nomade à une vie urbaine/sédentaire & l’acquisition d’un langage unique. (Traduit en termes contemporains, c’est le passage au village planétaire et la mondialisation par le langage électronique : le CYBERMONDE).

  2. En revanche, où et en quelles circonstances nous est présenté l’événement de la Pentecôte (Hanoukka) ?
    • Dans la plus grande ville du monde biblique monothéiste, Jérusalem,
      • qui est en train de passer (n’oublions pas que le texte a été élaboré et composé hors du pays dans les années 80 et que la répression de la résistance juive et la destruction de la ville sainte ont eu lieu 10 ans auparavant) : du statut symbolique d’un monothéisme biblique pur et dur, de type deutéronomique, à un « nouveau » monothéisme, évangélique celui-là, dans lequel le dieu unique devient « mystérieusement trine » avec le Fils et l’Esprit, en ce jour de la la Pentecôte.
      • et qui devient le lieu même où l’expression linguistique se révèle virtuellement, potentiellement et réellement le trait d’union entre plus d’une quinzaine de groupes humains, réunis ici en cette fête.
    • L’intervention relève de l’initiative du Seigneur, de ce même Seigneur que « des » hommes voulaient détrôner, jadis à Ur des Chaldéens, et qui, aujourd’hui, accorde la preuve (par la manifestation de l’Esprit) de l’ordre donné (par Jésus, son Fils), et rapporté par les évangiles : « Allez, enseignez toutes les nations » et cette autre parole « Voici je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ».

  3. Ainsi, ce que l’on peut apprendre de ce passage de UR/BABEL à JERUSALEM/PENTECÔTE
    • C’est que la Ville est un lieu significatif de la communication entre les hommes (les descendants d’Abraham), et marque une étape structurante de l’humanisation de l’homme ;
    • C’est aussi que la communication verbale,- surtout dans ses moyens et dans ses buts (cad dans sa médiatisation et dans sa téléologie,- constitue elle aussi un seuil structurant de cette humanisation : elle est même le lieu de vérification éthique de cette humanisation,
      • parce qu’elle articule, - verbalise,- cette humanisation,
      • et ce, dans une expression qui relève du génie de chaque aire linguistique, substituant à la dispersion (conséquence en définitive de l’initiative de l’homme = c’est la volonté de Ur/Babel) le paradoxe diversité/globalisation.

Communication : langues et langages

Médiatisation & téléologie : ce sont effectivement les instances qui peuvent faire de la communication les meilleurs adjuvants ou les pires destructeurs de la relation entre les hommes, et, partant, de leur humanisation.

  • Les plusieurs centaines de langues humaines, répertoriées ou perdues déjà, déploient à l’envie la capacité de l’espèce humaine à vouloir et à pouvoir communiquer entre soi. Les millions de dictionnaires et grammaires, sémiotiques et comparatifs, déploient de leur côté la curiosité de cette même espèce pour dé -couvrir et comprendre les autres composantes de leur propre humanité. L’apprentissage des langues et même la création d’autres langues artificielles (l’espéranto, par exemple) déploient de leur côté la détermination de l’espèce d’essayer de s’interpénétrer, depuis l’univers de l’autre, pour partager par le contenu « expérienciel » la vision mentale de ce qui n’est pas soi et auquel chacun appartient pourtant ! 


  • Langues et langages ne se recouvrent pas pour autant, c’est pourquoi d’ailleurs les deux mots existent. C’est même la communication non écrite et non « buccalement » articulée qui semble avoir initié le mouvement vers l’autre : que ce soit la peinture pariétale (Lascaux, Rocamadour…) ou le « bruit » (« chant » et « musique ». le corps : voilà le medium primitif, originaire et global de la communication première (au sens des « arts premiers »).


  • C’est avec le corps que tous les autres moyens de communication vont connaître les plus grandes potentialités d’ expression humaine du sens et de la beauté. Car la beauté est l’atmosphère qui rend acceptable et recevable toute forme de communication. Au-delà de la danse, de la musique, du chant, de la mode, du mime, du théâtre, etc…, il m’apparaît que nulle civilisation n’a su atteindre comme la japonaise shinto-bouddhiste à une synthèse aussi globale, par la pratique du DÔ,- cad la Voie,- par lequel tout chemin envisagé pour exprimer une réalité et expérience humaine est soumise,- au sens d’un traitement,- à une « discipline » où les mondes intérieur et extérieur doivent connaître une harmonie de vécu et de réalisation, témoins de l’unification de l’être. Ainsi, qu’il s’agisse de la poésie, de la calligraphie, du théâtre, du chant, de l’escrime, du jardinage, de l’art du bouquet, de l’art culinaire, de l’archerie, etc… et, suprême origine et aboutissement de tout, la cérémonie du thé : tout doit être fait suivant une sévère prescription qui permet d’accéder au degré le plus haut de l’intégration de soi .


  • Téléologie : la fin envisagée ! Pour quoi communiquer et que communiquer ? C’est le charme de la langue française que d’avoir laissé au mot « sens » la double application de contenu lexical et d’indication directionnelle. La communication doit en effet « vouloir dire quelque chose » et « mener quelque part », même si et surtout si elle veut offrir un double espace de liberté : celui de l’interprétation et celui de la décision.
    • Herméneutique, tout d’abord : toute signification dépend de son interprétation. Ainsi le sens est, paradoxalement, d’autant plus objectif, qu’il est fidèle la subjectivité ;
    • Ethique, ensuite : l’homme ne peut qu’aller quelque part, même s’il ignore précisément où,- et même s’il est appelé à changer de cap avec la vie.

Le moine Ikkyu, du Daïtoku ji de Kyoto aimait à dire :

Comment peut-on dire que je me trompe de chemin,
tant que je ne décide pas de ma direction ?

Ce sera ma conclusion ! 

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