a-nous-dieu-toccoli
Conférences
frise haut
vide 

« Comment la foi peut-elle évangéliser la culture ?

Comment la foi peut-elle aussi créer et promouvoir une culture,

en tenant compte des cultures et religiosités populaires ? »

21 DECEMBRE 2001,
devant le Conseil Episcopal, Villa Sévigné, Nice

Plusieurs mises au point avant même de commencer à parler. La double question qui m’est posée, comme elle est posée, demande une étape d’élucidation des concepts :

FOI-EVANGELISATION-CULTURE.

  • N’oublions jamais que la culture est, dans l’Histoire, le back ground immédiat de toute manifestation humaine quel que soit son ordre. Ainsi
  • l’appel d’Abram, et sa transformation en Abraham, Père de TOUS les croyants au Dieu Unique ;
  • la généalogie protohistorique des Patriarches, dont celle de Jacob-Israël, «nécessaire » pour la constitution d’une ascendance, distincte de la précédente, pour éléborer la notion de «peuple choisi » ;
  • l’épopée mosaïque, enfin, pour faire de ce peuple choisi, purifié de ses éléments composites au cours des «40 » ans de ce qui n’est pas une errance, mais un processus d’élimination de la dernière génération hébréo-égyptienne, contaminée par le syncrétisme (l’épisode du Veau d’Or en exprime la résurgence, qui permet d’éliminer physiquement les relaps), - cette épopée doit transformer ce peuple, en nation théocratique : un roi (Dieu, et son vicaire le Roi), une terre (Canaan, qui deviendra le royaume de ce roi), et un peuple (celui que Moïse aura conduit hors de la terre d’esclavage, pour les emmener vers la liberté : de la mort à la vie, de l’obscurité à la lumière.

Si je prends l’aboutissement de cette démarche culturelle, elle me conduit directement au slogan national-socialiste : Ein Führer, Ein Land, Ein Volk (detous les Aryens, les Germains, sous la «houlette » de son chef, forment un peuple à part, sur une terre spécifique à reconquérir)

  • L’évangélisation, depuis l’ordre de mission de Jésus-Christ ressuscité d’aller enseigner toutes les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, suppose
  • « acquise » la Foi en cet Homme-Dieu, en sa Parole ainsi que dans l’importance de cette parole pour tous les hommes ;
  • « comprise » la permanente mutation de la culture, qui se nourrit elle-même des manifestations religieuses, en général, et se laisse transformer par elles (et vice-versa) ;
  • « intégrée » cette mutuelle interdépendance culturelle entre une foi qui s’exprime, une évangélisation qui de développe et l’ensemble de la culture.
  • En conséquence, poser la question : Comment la foi peut-elle évangéliser la culture, c’est tenir compte que :
  • C’est l’homme, les hommes en situation qui évangélisent, et avoir un pape, un évêque, un curé, un coopérateur, …un Directeur de la Radio, un Délégué à la Culture…venant de tels ou tels horizons culturels…fait entrer un conditionnement significatif dans la tâche d’évangélisation : et ainsi le contenu ontogénétique de la foi de l’acteur socio-religieux, pour légitime qu’il soit, entraîne immanquablement (ce qu’il peut paraître malaisé de nommer) une prise de position «politique » -même si cette position demeure inconsciente chez l’acteur en question.
  • C’est pourquoi, en ramenant la question à l’ »émetteur », ce n’est pas «la foi qui évangélise » d’abord. Mis à part Dieu, premier et originaire, c’est tel croyant qui procède à tel type d’évangélisation.

A

1 - Répondre à la première question, c’est de d’abord prendre en compte les visages multiples de la culture polymorphe actuelle, et chez nous en particulier. En effet, notre diocèse illustre à l’envie la situation :

  • Un territoire relativement étroit
  • Dans lequel évoluent relativement peu de gens
  • Mais représentant le spectre le plus large d’une démographie multi-spécifique, à tous les points de vue imaginables, (près de 70 nationalités parlant une vingtaine de langues)
  • Et une palette, - l’une des plus colorées au monde,- de manifestations culturelles attirant le monde entier tout au long de l’année (plus d’une centaine de festivals et/ou congrès internationaux)
  • Sans compter la beauté des sites et leurs capacités touristiques, drainant côté mer et côté arrière-pays des millions et des millions de nomades de toute origine ! (J’aime à ne pas oublier ici, que Jésus de Nazareth est appelé le Galiléen, originaire de cette Galilée que le Livre a baptisée Carrefour des Nations, et où il aurait passé une trentaine d’années ! D’où, cette réflexion de Nathanaël, ce vrai Juif, - entendez, ce vrai Judéen, de Jérusalem, cité sainte, jalouse de son orthodoxie, - envers ce Galiléen vivant au milieu des païens : Que peut-il en sortir de bon… ! )

2 - Caractéristiques de cette culture ? Que cela nous dérange ou pas, c’est, dans le désordre, la mobilité et l’instantanéité dans tous leurs états :

  • Vitesse, précarité, élémentarité, omniprésence de toutes sortes de messages, sans discrimination ni discernement : ce qui suppose une «éducation » à ce type de communication !
  • Règne absolu de l’image, par rapport à un texte toujours à son service, et non le contraire : il ne s’agit plus d’illustration de l’écriture, mais d’une écriture iconique, où le mot doit être déjà lui-même « audiovisuel » : là nous avons une chance ENORME : « fides ex auditu ». La foi est d’abord l’histoire de celui/ceux qui croi/en/t en Celui auquel il/s croi/en/t !
  • Mouvement perpétuel : moins physique que mental. Tout est à portée d’un moteur de recherche, d’un serveur, d’un téléphone dont la dernière, dernière… intégrera tout un ordinateur…Si on se déplace physiquement, c'est rarement et pour des occasions ou des personnages « uniques ». Obligation, par ex, de ne jamais « se planter » pour un rassemblement : IL FAUT QUE CELA EN VAILLE LA PEINE !

3 - On posera inévitablement la question des contenus (objectifs ?) de la foi, lors d’une évangélisation.

  • Apprendre à raconter des histoires, les histoires de ceux et celles dont la vie a été transformée par leur « rencontre » avec Jésus de Nazareth, vrai Dieu et vrai Homme
  • Par la parole, l’image, le son, la danse, le théâtre, le chant, tous les arts
  • Et plus « seulement » par le prêche (encore que l’homilétique soit un art relevant de la rhétorique la plus savante), ou une catéchèse « d’enseignement verbal », mais intégrant les recherches cognitives sur ordinateur, la méditation, la prière, l’apprentissage du silence, l’analyse critique d’images et de sons, le visionnement critique de documents AV…

4 - On comprend pourquoi, je parle de «position politique », même inconsciente. Car promouvoir tel ou tel type concret d’évangélisation, c’est aller lus ou moins vite, vers tel ou tel type de « rassemblement chrétien » cad d’é/Eglise. Or, - au moins dans un département comme le nôtre, - choisir ce type ou un autre type d’évangélisation, - c’est gagner ou perdre « la classe Internet » (comme l’Eglise a, il n’y a pas si longtemps, perdu la classe ouvrière ! )

NB 1 : n’oublions pas que, - au-delà de notre manque terrible de personnel, - nous n’avons trouvé aucun prêtre pour prendre la cure de N-D de la Sagesse, à Sophia Antipolis. Et les raisons en sont tout aussi terriblement compréhensibles : nous n’avons pas de personnel (suffisamment) préparé aux mondes (peut-être pas très réjouissants !) de la globalisation commerciale et de la communication électronique ! Espérons que la décision « prise » corresponde à l’exigence du lieu et du temps !

NB 2 : Le CE a donc voté l’ouverture d’un Séminaire Diocésain. Je m’en réjouis sincèrement, car si l’avenir, en ce domaine comme en d’autres, est un défi, alors, suivant la formule de Clémenceau à Verdun : La seule façon de résister, c’est d’attaquer ! (Et il y a ici plus que Verdun !)

  • Mais comment concevoir le type, les méthodes, les disciplines et leurs contenus. de cette formation ?
  • Quelles sortes d’intervenants, nécessairement pluridisciplinaires ?
  • Quels stages pratiques, et
  • sous quelle supervision ?
  • Quels critères d’admission (quel Conseil de révision) ?
  • Quelles visions d’un avenir possible pour l’Eglise du Christ, qui est Nice ?…

B

Répondre à la seconde question :

Comment la foi peut-elle aussi créer et promouvoir une culture, en tenant compte des cultures et religiosités populaires?

1 - C’est d’abord avoir assimilé ce que je décris en A.

2 - C’est ensuite se demander en quoi consiste la religiosité populaire (RP), -digne, légitime et inévitable,- qui produit elle aussi toutes sortes de phénomènes culturels, induits

  • autant par l’aurorité politico-ecclésiastique (l’Eglise du Voeu, par ex.),
  • que par les inclinations ataviques d’une population ou d’une aire géographique donnée (Ste Rita).
  • et dont émane en général le clergé de cette même aire démographique (le clergé niçois traditionnel).

3 - Une RP est surtout caractérisée par des actes et des rites religieux, des cohérences entre une religion donnée (chez nous, la Catholique Romaine) et cette “religion naturelle” qui plonge ses racines dans le folklore, l’Histoire & les mythes ancestraux, la mémoire phylogénetique : bref, la mémoire de l’homme avant l’homme!

[L’être poly-culturel que je suis moi-même devenu, de par mon existence jusqu’ici, en est bien conscient: je veux dire que

  • j’ai tenu le rôle du fils de Pilate dans la Passion que nous montions chaque année à ma Paroisse d’Alger;
  • j’ai été cérémoniaire-en-chef (!) au nom du Séminiare Junior à la cathédrale quand nous prenions la responsabilité des cérémonies de la Semaine Sainte;
  • à mon (premier!) noviciat SDB (dans la Marne), j’ai du,- au nom de l’obéissance ! -, monter une espèce d’oratorio sur le retour de Terre Sainte d’un chevalier converti (sans personnage féminin, c’était la seule restriction ! );
  • en Allemagne, il me fallut jouer les Santa Klaus, puis les paysans bavarois pour la crêche vivante du village;
  • A TF1, jadis (1981-84), on m’a fait jouer, pendant 3 ans, les conteurs bibliques, barbus et chevelus !
  • En Chine, comme en Colombie, j’ai célébré des messes (et conduit toutes sortes de cérémonies funéraires plus ou moins syncrétistes, datant d’avant Vatican II (et peut-être même de Vatican I !)
  • Il faut me voir chaque été, depuis 3 ans,
  • déguisé en John Wayne ecclésiatique avec mon “ Stetson” spécial et mon “space wagon” tiré par un mulet, arpenter les rues du village de Biot, puis le chemlin de St Julien, avec la statue du Saint à mon côté, pour célébrer, dans une merveilleuse petite chapelle blottie dans les chênes-liège de la propriété d’une baronne belge (sic !), une messe provençale inimaginable;
  • ou bénissant pour la St Eloi, tous les ânes du coin,
  • ou pour la St Roch, idem pour toutes les (pauvres!) bêtes du Cirque Grüss!

Tout dernièrement, Lundi 11 décembre 2001, KTO est descendue de Paris, et m’ a demandé de commenter, pour la station, ce qu’est une “crêche” (moi et la crêche ! ), devant toute une batterie de réalisations (de tous les goûts!), exposées au Palais de Mandelieu-La Napoule!

4 - La RP est le lieu de prédilection de la “LITURGIE RELIGIEUSE”, cad du ballet religieux (c’est ce que le mot liturgie veut dire en grec ! ) :

  • mystère (du Moyen-Âge),
  • musique foklorique (les Traditions Biotoises),
  • célébrations des patrons locaux et des fêtes de saison (que l’Eglise a su harmoniser aux mystères chrétiens: Rogations, par ex.),
  • processions (cad déplacements de proximité ensemble, pour imiter le pèlerinage lointain: la St Julien et la St Eloi, à Biot; la St Roch à Valbonne; faudra-t-il lancer un pèlerinage à Haghia Sophia, ou bien à l’Apôtre des Gentils, à Sop^hia Antipolis? ),
  • mises en scène diverses, avec tout ce que cela suppose d’inventivité, de couleur, de ferveur, d’excès presque, mais aussi d’authenticité naïve, d’imperfection bon-enfant, voire de drôlerie conviviale, et de festif AVANT TOUT! (Passions, crêches, oratorios, théâtre).

5 - Car la RP est le lieu de FÊTE, par excellence (depuis l’antique Fête des Fous, les antiques Bacchanales) : elle est le lieu primitif de la vie qui l’emporte en définitive sur la mort. La RP, c’est les CARMINA BURANA (pagano-chrétiens), - mis en musique par Carl ORFF, et dont le manuscrit fut retrouvé dans la Bibliothèque du monastère bénédictin de Benediktbeuern, en Bavière, confié aux SDB allemands, qui l’ont transformé en Hochschule, où j’ai étudié Théologie et Psychanalyse!!!

6 – La foi pratiquée ne peut, - par le fait même qu’elle est pratiquée,- que créer une culture, parce qu’elle induit inévitablement une “certaine” réligiosité ! La question est : Quelle culture religieuse promouvoir ?

C’est cette culture spécifique qui se nourrira de toutes sortes de nourritures, puisées dans les conditionnements historico-socio-économiques d’un milieu donné.

Chez nous, il y a un double faisceau de conditionnements:

  • ce merveilleux passé composite gréco-romano-italiano-français, et, depuis la Belle Epoque, international, avec le trait particulier anglo-saxon. (Un lieu d’observation? Le cours Saleya, le soir, pendant les fêtes de Noël, par exemple : trois ou quatre églises baroques, dont certaines aux merveilleuses façades « théâtrales » (La Miséricorde); la colline du Château, illuminée comme à Tivoli; les vitrines décorées de crêches et d’arbres de Noël, avec des Saints Nicolas déambulants sur le cours; vingt/trente nationalités qui se frottent les unes aux autres, dans un sentiment d’unanimité fraternelle, émotionnelle et festive…)
  • le nom moins merveilleux présent, résolûment tourné vers un autre conditionnement : image, réelle, virtuelle et synthétique ; image & son digital et numérique ; communication Internet ; vitesse et immédiateté des messages transmis ; mobilité mentale et immobilité physique, etc…autant de facteurs qui sont en train de modifier durablement cette RP, lentement mais sûrement, pour une population qui monte.

LE PROBLEME

c’est que tout grand changement religieux,

comme tout grand changement culturel,

est la rencontre

  • d’un PROJET (de type vision prophétique)
  • avec une TECHNIQUE/TECHNOLOGIE…

(comme instrument de réalisation de ce projet).

*** Quel est notre projet, quelle est notre vision prophétique de l’Eglise « dans le monde ce temps » ?

  • La nouvelle technique/technologie, nous l’avons: elle se trouve même sur notre diocèse ! C’est elle qui constitue la spécificité de notre département: la TISA! C’est:
  • d’abord le nombre : 35 000 chercheurs, qui avec conjoint et 1 seul enfant, totalisent plus de 100 000 âmes;
  • puis l’origine: plus de 68 nations, parlant plus de 20 langues;
  • enfin les spécialités: informatique, recherche fondamentale, communication, commerce, enseignement, applications…
  • Les nouvelles « tendances » culturelles : nous en sommes la devanture chaque année:
  • Festivals du Cinéma, MIDEM, Jazz;
  • expositions dans plus de 15 musées, dont plusieurs de la RMN et de renommée mondiale
  • plus de 100 congrès internationaux annuels
  • Les moyens de communication ? Deux aéroports, dont
  • 1 international
  • 1 navette sur Paris avec plus de 20 navettes quotidiennes.
  • Bientôt un agrandissement, voire un 3e aéroport !
  • Dans peu de temps, vols directs avec l’Extême-Orient (dixit la CCI)!
  • Les populations locales ? Chez nous, le monde entier est représenté :
  • Les 5 continents
  • Toutes les religions, toutes les églises, toutes les spiritualtés, toutes les sectes…
  • Ici c’est Armaggedon, Rome, Athènes, Babylone, Corinthe, Alexandrie d’Egypte… Ici, c’est le monde de ce temps dont parle Vatican II. C’est dans ce monde-là qu’il faut inaugurer une nouvelle religiosité populaire ! Ici, ce sont les villes de l’Apocalypse, destinataires des visions de Jean !

*** Actuellement, nous connaissons DEJA sur notre territoire une double « religiosité populaire » :

  • la traditionnelle, qui nous arrive de l’Histoire jusqu’à l’invention du transistor et de la puce informatique: elle s’éteindra peu à peu en tant que telle, et deviendra muséographique (comme la crêche fixe de St Paul de Nice !) ;
  • la nouvelle, qui a commencé entre Silicon Valley (Californie), Akademgorod (Russie), Hyderabad (Inde) et Sophia Antipolis (O6, France) : PC (personal computer), GPS (téléphone portable), planet station (jeu électronique global), email = « courriel » (nouvelle poste) , internet (système électronique de communication globale) et website (un Public Relations personnel) : All On Line : AOL !
  • Et nous n’en sommes qu’au début…
  • comme il y a 2000 ans, les chrétiens persécutés de l’Empire romain n’en étaient qu’au début
  • comme nous ne sommes qu’au début de l’ère du virtuel…

*** ON objectera que

  • tout le monde ne peut pas s’y mettre comme çà ;
  • la RP traditionnelle marche encore !
  • il y aura toujours des personnes qui voudront faire comme avant…
  • nous sommes trop vieux
  • l’Eglise fonctionne différemment…
  • la foi, c’est d’abord une Parole…
  • L’Esprit Saint suffit…

*** Il n’empêche que nous passerions à côté de notre responsabilité devant l’avenir

  • si nous ne prenions pas conscience de ces IMMINENCES
  • si nous n’en TENIONS pas RIGOUREUSEMENT COMPTE, dans notre pratique pastorale quotidienne, ainsi que dans ma formation de nos « héritiers »
  • si nous ne nous entraînions pas PERSONNELLEMENT à ces FONCTIONNEMENTS, quoi qu’il nous en coûte (avant de « commencer », Jésus fait un stage de 40 jours au désert, « poussé » par l’Esprit…)
  • si nous ne considérions pas ces pratiques POSITIVEMENT (en en favorisant le développement chez nous, et en montrant pratiquement l’intérêt que nous y trouvons)
  • si nous n’y FORMIONS pas nos successeurs (voir plus haut)
  • si nous n’y INVESTISSIONS pas hommes et matériel…(notre politique)

***Les nouvelles données sont anthropologiques : la nouvelle RP se jouera dans les domaines de nouvelles structures mentales :

  • les mondes virtuels
  • les transferts immédiats
  • les positions omniprésentes
  • les contenus impalpables
  • la communication anonyme
  • l’image et le son numériques
  • les réseaux globaux
  • le règne de l’éphémère
  • les comportements uniformes
  • les attitudes répétitives
  • le message minimal

*** C’est avec ces paramètres-là qu’il faudra ré-inventer la pratique populaire de ce que nous héritons chaque jour de la Parole de Dieu, déposée dans la Bible :

  • le sens de l’homme et de son inaliénable dignité ;
  • le respect de tout être humain, et d’abord du faible, du pauvre, de l’étranger ;
  • la liberté, la fraternité, la fidélité dans l’amour, le don de soi aux autres jusqu’au sacrifice ;
  • la beauté sacrée de l’enfance et des recommencements ;
  • l’appel à la conversion du cœur qui donne valeur au progrès, mais aussi à l’imperfection et à l’échec ;
  • l’espérance contre toute espérance qui nous fait vivre comme si rien ni personne n’était jamais définitivement perdu, comme si tout et tout le monde pouvaient être sauvés…(cf Simon Bergson, Le Monde 18-19/11/01,p.32)

Noël 2001, Vincent-Paul Toccoli, sdb

Délégué Diocésain à la Culture
En charge pastorale de la TISA

Annexe

Document 2 :France/Culture:

Le card. Poupard appelle la France à " un sursaut spirituel"
Colloque à Rome

CITE DU VATICAN, Lundi 3 décembre 2001 (ZENIT.org) - "La mémoire de l’espérance appelle la France à un sursaut spirituel pour agir dans l’Église et dans le monde de manière conforme aux dons reçus depuis des siècles", affirme le cardinal Paul Poupard, " ministre de la culture " de Jean-Paul II lors du symposium organisé le 1er décembre à l'athénée pontifical Regina Apostolorum, à Rome, sur le thème: « France : témoin d’espérance pour le nouveau millénaire ».

Le cardinal Poupard, président du conseil pontifical de la culture a donné une conférence intitulée: « La mémoire de l’espérance : La culture française au sein de l’Église ». On peut se procurer les Actes du colloque en en faisant la demande à l'adresse: France@upra.org . Sont également intervenus au cours du colloque: Marie-Nicole Boiteau, membre de la Communauté de l'Emmanuel, P. Francis Kohn, responsable de la section jeunes du Conseil Pontifical pour les Laïcs, M. André Mulliez, Fondateur du Réseau Entreprendre, Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Tours et consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille.

C'est après avoir mentionné une foule de témoins de la " sainteté du politique ", de la " sainteté de l’intelligence " et de la " sainteté populaire ", mais aussi les chefs d’œuvre des arts et des sciences, que le cardinal Poupard citait cette phrase de Lacordaire, du haut de la Chaire de Notre-Dame : « Il y a longtemps, messieurs, que Dieu a disposé des nations... Il ne suffit pas de répondre à sa vocation. Il faut persévérer ».

D'emblée, le cardinal Poupard affirmait: « Les peuples comme les personnes ont une âme et une vocation à remplir au cours de leur histoire », et nul doute que l’exceptionnel rayonnement de la France au travers des deux précédents millénaires, ne s’enracine dans sa vocation chrétienne depuis qu’en 496, le roi des Francs, Clovis, cédant aux inspirations de la divine Providence, ainsi que le disait magnifiquement le Pape Léon XIII dans sa Lettre apostolique pour le XVe centenaire du baptême de Clovis, « abjura le vain culte des faux dieux, embrassa la foi chrétienne, et fut régénéré dans l’eau sainte du baptême »."

Le cardinal soulignait que le titre du colloque avait quelque chose de " provocateur dans l’actuel contexte d’une Église de France fortement secouée par des courants étonnements hostiles à l’intérieur de la société française ". Il ajoutait que " la présence française au sein du Saint-Siège  va sans cesse diminuant, jusqu’à un étiage jamais atteint, que le seul principe de l’internationalisation de la Curie ne saurait expliquer ".

Après avoir mentionné la crise internationale dans laquelle le monde est entré le 11 septembre dernier, le cardinal observait aussi que " notre monde moderne se caractérise par une crise profonde de la culture ", ce que le cardinal appelle " un véritable chaos culturel ": " l’héritage des siècles de culture chrétienne semble plus lourd d’un passé que riche d’un avenir ". Le cardinal diagnostique une " amnésie ", devant les " racines chrétiennes de l’Europe ", et une " lente apostasie silencieuse ".

Au moment où la France célèbre le centenaire de la naissance d'André Malraux, le cardinal cite son discours de 1946 à l'Unesco: « À la fin du XIXème siècle, la voie de Nietzsche reprit la phrase antique, entendue dans l’Archipel : Dieu est mort !, et redonna à cette phrase tout son accent tragique… Le problème qui se pose pour tous aujourd’hui, c’est de savoir si, sur cette vieille terre d’Europe, oui ou non, l’homme est mort ! ».

Mais le cardinal Poupard ne s'arrête pas à ce constat pessimiste:

« Il me semble qu’à interroger l’histoire, ajoute-t-il, le recours à la mémoire peut offrir à nos regards inquiets quelque espérance pour le futur « .

La France de Jean-Paul II, remarque le cardinal, " c’est celle de Louis-Marie Grignion de Montfort, c’est la France du Curé d’Ars, de Lourdes, de la rue du Bac, Montmartre et le Sacré-Cœur, la France de Thérèse de Lisieux et, plus proche de nous, du Père Henri de Lubac ". Le pape s'est en effet dit « tributaire de la sainteté française ! ». Ainsi, " l’héritage culturel de la France qui a fait d’elle un phare pour les Nations, un témoin d’espérance pour le nouveau millénaire ".

«Le français exerce la magistrature de l’universel »,disait Paul VI en préparant son discours aux Nations Unies.

" L’évocation des figures de saint Rémi, de sainte Clotilde et de Clovis, nous rappelle qu’en adhérant à la foi catholique, le roi des Francs a pu guider des peuples différents vers l’édification d’une seule et même nation ", rappelle le cardinal Poupard.

De fait, " l’Évangile de Jésus-Christ, créateur de civilisation, invite le chrétien à s’engager dans la société civile par une mise en pratique de la foi personnelle, comme un service de l’homme et une communion fraternelle entre les personnes et les peuples, dont le fondement est l’amour ". Et de citer Monnet et Schuman.

Le Général de Gaulle confessa lors d’un discours à Rome, le 27 juin 1959, rappelle le cardinal Poupard : « Nous avons une responsabilité, celle de jouer le rôle de la France ; ce rôle, dans mon esprit comme dans le vôtre, se confond avec un rôle chrétien. Notre pays ne serait pas ce qu’il est, c’est presque banal de le dire, s’il n’était pas d’abord un pays catholique… Je voudrais vous remercier très simplement, en ajoutant comme dernier mot, l’affirmation de mon entière confiance dans les destinées de notre pays. Je pense que si Dieu avait voulu que la France mourût, ce serait fait. Il ne l’a pas voulu, elle vit, l’avenir est à elle. »

" Baptisé solennellement à Reims, la nuit de Noël 496, Clovis entend le redoutable avertissement de saint Rémi : « Ce royaume... sera victorieux et prospère tant qu’il sera fidèle à la foi Romaine, mais il sera rudement châtié toutes les fois où il sera infidèle à sa vocation. » Clovis devient le chef de file d’une longue lignée de princes chrétiens qui présidèrent aux destinées de la France et d’autres royaumes d’Europe, dont certains règnent encore en nos pays voisins ". Le cardinal Poupard en tire une leçon de responsabilité: " L’avertissement de saint Rémi invite à porter un regard sur les dons reçus au baptême et sur les responsabilités qui en découlent ". Responsabilité relevée par les saints de France: Irénée de Lyon, Hilaire de Poitiers, Honorat de Lérins, Césaire d’Arles.

Des saints que le pape énumérait à Reims en 1996: " les martyrs depuis Pothin et Blandine de Lyon, aux pasteurs comme Martin ou Rémi, François de Sales ou Eugène de Mazenod, aux saintes femmes comme Jeanne d’Arc, Marguerite-Marie ou Thérèse de Lisieux, aux apôtres de la charité comme Vincent de Paul, aux saints éducateurs comme Nicolas Roland ou Jean-Baptiste de la Salle, aux fondatrices missionnaires comme Anne-Marie Javouhey ou Claudine Thévenet ".

Pour ce qui concerne l'engagement des chrétiens de France en politique, le cardinal Poupard citait Robert Schuman, " père de l’Europe ". " Adversaire résolu d’un laïcisme réducteur, cet « homme de vie intérieure que les circonstances ont poussé sur la scène du monde », selon l’expression de Pierre Pfimlin, lutta victorieusement pour que l’Église retrouve une réelle liberté d’action dans un État laïc. Pour lui, une démocratie s’honore et se conforte de l’apport conjoint de ses diverses familles spirituelles. À l’heure où la France s’efforce avec les autres pays d’Europe de se trouver une identité commune, l’exemple courageux de Robert Schuman devrait inspirer nos dirigeants et leur rappeler les racines chrétiennes de notre civilisation européenne. Lorsque j’ai eu l’honneur de recevoir, à Strasbourg, le prix Robert Schuman, j’ai tenu à le citer : « L’Europe ne saurait se limiter à la longue à une structure purement économique. Il faut qu’elle devienne aussi une sauvegarde pour tout ce qui fait la grandeur de notre civilisation chrétienne. Une telle mission culturelle sera le complément indispensable et l’achèvement d’une Europe qui, jusqu’ici, a été fondée sur la coopération économique. Elle lui conférera une âme, un ennoblissement spirituel et une véritable conscience commune »."

Autre grande figure: " Edmond Michelet, résistant de la première heure, inspiré par Péguy, déporté à Dachau, puis ministre de la République. Ce n’est pas sans admiration que son ami agnostique André Malraux, l’a portraituré : « Il a été toute sa vie l’aumônier de la France. » Cette « confession » laïque n’est-elle pas la reconnaissance sous forme d’hommage, d’une culture politique qui depuis le baptême de Clovis porte la marque de la grâce ? Les événements tragiques qui marquent ce début de millénaire, montrent à l’évidence le besoin d’un nécessaire recours à cette manière de faire de la politique pour le bien des peuples ".

" Le patrimoine culturel de la France constitue encore, constatait le cardinal, une lumière pour le nouveau millénaire, tant dans le domaine des arts, de la pensée que de la foi ", évoquant toute une géographie spirituelle et culturelle: Cluny, Paray-le-Monial, Tournus ou Vézelay en Bourgogne, Conques, Le Puy ou Saint-Nectaire en Auvergne, Moissac et encore Fontenay, Saint-Germain des Prés, la Primatiale Saint-Jean de Lyon, Notre-Dame-de-Jumièges, Fontevrault et Saint-Sernin de Toulouse, Saint-Bertrand-de-Comminges comme Saint-Martin-du-Canigou, "autant d’expression d’un génie chrétien qui su édifier ces sanctuaires romans pour l’adoration et l’humble louange ".

" Mais la France est aussi le pays des cathédrales, continue le cardinal Poupard : Notre-Dame de Paris, Reims, Saint-Denis, Sens, Amiens, Bourges, Chartres, Rouen, Strasbourg… tous ces témoins du temps lumineux où les merveilleuses basiliques semblent, par leurs contreforts, arracher à la terre les racines du péché des hommes, les élever vers le ciel de la grâce et les orienter vers la lumière transfigurante. Au cœur de la Ville des Lumières, la Sainte-Chapelle, « la plus glorieuse et la plus sainte des couronnes », s’élève comme une prière et offre, aujourd’hui encore, le témoignage de l’« idéal gothique », expression artistique d’une culture extraordinairement organique, lumineuse et raffinée. Ainsi que Notre-Dame de Paris, tous ces chefs d’œuvre d’une civilisation chrétienne étendent encore sur la France un manteau maternel et invitent de leur voix le bon peuple chrétien à la prière et à la vigilance. Le Cardinal Eugenio Pacelli, futur pape Pie XII, le clamait avec émotion sous les voûtes de Notre-Dame, le 6 juillet 1937 : « Au milieu de la rumeur incessante de cette immense métropole, parmi l'agitation des affaires et des plaisirs, dans l'âpre tourbillon de la lutte pour la vie, témoin apitoyé des désespoirs stériles et des joies décevantes, Notre-Dame de Paris, toujours sereine en sa calme et pacifiante gravité, semble répéter sans relâche à tous ceux qui passent : Orate, fratres, Priez, mes frères ; elle semble, dirais-je volontiers, être elle-même un Orate fratres de pierre, une invitation perpétuelle à la prière »."

Dans le domaine de la science aussi, la culture française propose " une pléiade de savants " qui "ont honoré la culture française sans éprouver le besoin si fréquemment affiché aujourd’hui, de prendre de la distance par rapport à la religion et l’Église ".

Et de raconter cet épisode significatif: " J’aime évoquer cet épisode savoureux d’un jeune étudiant qui voyageait en train avec un homme relativement âgé et qui récitait son chapelet. Pris de pitié, il explique à cet esprit rustique que l’essor des sciences va supplanter la religion et apporter toutes les solutions désirables. Après un long discours, écouté avec attention et patience par son interlocuteur, le jeune homme, désireux de lui adresser quelques textes scientifiques pour corroborer ses dires, demande au vieil homme son adresse. Celui-ci, avec un grand sourire, lui tend sa carte de visite. L’étudiant alors se tait et lit, stupéfait : « Louis Pasteur, de l’Académie Française, Paris ». Et plus près de nous, " le XXème siècle blessé par tant de crises épouvantables offre encore une galerie de témoins incomparables ".

" J’ai toujours été frappé par la confiance du Pape Jean-Paul II qui a une certaine idée de la France. C’est qu’il lui paraît impossible que deux millénaires de christianisme s’évanouissent en fumée. Aussi concluait-il, il m’en souvient, son mémorable discours aux évêques de France, le 1er juin 1980 : « Le christianisme n’appartient-il pas de façon immanente au génie de votre nation ? La France n’est-elle pas toujours la fille aînée de l’Église ? » J’aime à mettre en parallèle cette piquante réflexion de Péguy : « C’est embêtant, dit Dieu, quand il n’y aura plus ces Français. Il y a des choses que je fais, il n’y aura plus personne pour les comprendre... ».

Enfin, le cardinal évoquait la figure de l'éminent ambassadeur de France près le Saint-Siège qui a laissé à la France unn centre culturel à Rome: Jacques Maritain. Le cardinal raconte: " Je garde le souvenir, le 9 décembre 1965, au lendemain de la clôture du Concile, de cet homme frêle et voûté, à l’œil bleu d’une douceur extrême. Paul VI qui m’avait demandé de le recevoir se considérait comme son disciple et le vénérait comme un père. Épris de beauté, assoiffé de justice, affamé de vérité, affronté dans son être au drame spirituel de notre temps vécu jusqu’à l’angoisse, Maritain, en cette «présente agonie du monde », ne cessera de combattre ce qu’il appelle «un christianisme décoratif» et d’affirmer que « la foi doit être une foi réelle, pratique, vivante. Croire en Dieu doit signifier vivre de telle manière que la vie ne pourrait être vécue si Dieu n’existait pas. Alors l’espoir terrestre en l’Évangile pourra devenir la force vivificatrice de l’histoire temporelle».

Maritain, inspirateur des droits de l'homme que le cardinal Poupard évoque en ces termes: " Inspirateur à la fois avec René Cassin de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, et avec Jean Guitton du Message aux intellectuels et aux hommes de la pensée à la clôture du Concile, Jacques Maritain est de ceux qui virent en mai 68 un signal d’alarme devant un déficit d’espérance. Il ressentit profondément l’immense attente des jeunes, leur soif d’idéal et le besoin de témoins".

Le cardinal Poupard évoquait encore le P. Marie-Joseph Lagrange, religieux dominicain, fondateur de l’Ecole Biblique de Jérusalem puis de la Revue Biblique, et le philosophe d’Aix, Maurice Blondel, trois cardinaux théologiens, Jean Daniélou, Henri de Lubac et Yves-Marie Congar, ou " l’œuvre titanesque de l’Abbé Migne ", et " l’apport des grands Dictionnaires : Dictionnaire de Théologie catholique, Dictionnaire de la Bible et son Supplément, Dictionnaire d’Archéologie chrétienne et de Liturgie, Dictionnaire de Droit Canonique, et enfin Dictionnaire de Spiritualité ".

ZF01120305

frise bas


Retour au sommaire conférences 2001Accueil général conférences

URL :http://www.a-nous-dieu-toccoli.com/conferences/2001/c_foievang_011221.html
Copyright ;:Vincent-Paul Toccoli pour le contenu et Marc Pandelé pour la réalisation
Création : 2004/01/01
Dernière modification : 2004/01/24
Maintenance : webmaster@a-nous-dieu-toccoli.com