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« LA CHINE »

Considérations sur l'état de la République Populaire
Rotary Antibes, le 30 janvier 2003

I - La quatrième génération.

LI CHENG, universitaire chinois, enseignant aux USA (Hamilton College) : China's Leaders, The New Generation, Rowman et Littlefield, 2001:

Cette nouvelle strate de dirigeants est un fidèle miroir des lignes de force de la société chinoise après deux décennies de réformes économiques.

  • Sur-représentation des régions côtières (Shandong et Jiangsu) ;


  • Deux des sous-produits de la "réforme" : la richesse côtière et la décentralisation économique ;


  • Véritable "marqueur" est la RÉVOLUTION CULTURELLE.


La RPC est désormais gouvernée par un génération pour qui la RC constitue le baptême du feu politique, avec une triple caractéristique :

  1. Elle est sino-centrée : elle a été sevrée d'horizon international au seuil de la vie adulte ;


  2. Elle est marquée par la folie des années 66-69, et le désenchantement politique, tout en encaissant l'essentiel des dividendes de la réforme économique (Hu Jintao et Wen Jiabao sont une minorité de privilégiés) ;


  3. Elle est douée de la pleine maîtrise de l'art politique (techniques de propagande et de mobilisation, joutes d'appareils, factionnalisme, maccchiavellisme : " des politiques avant d'être des technocrates ")


Le problème subjectif, c'est d'être liés au Parti par un rapport quasi filial : nés dans les années 40, ils n'ont connu que le PC au pouvoir.

Le problème objectif, c'est la question-clé, le sujet crucial est l'affranchissement de l'Etat et de la société par rapport à la gangue du Parti.

Car la sophistication des enjeux de la modernité, la gravité des crises qui couvent (sanitaire, éducative, écologique, migratoire, psychologique) imposent de penser un "au-delà" du Parti dont Hu Jintao est la production totale !

Devra-t-on attendre la 5e génération, celle de l'après RC, celle qui :

  • À entre 45 & 55 ans ;


  • S'est éveillée au monde à l'aube des réformes économiques ;


  • À étudié en Occident ;


  • Et n'a pas le même lien organique avec le Parti ;


  • À la fois plus mondialisée et plus patriote, car décomplexée vis-à-vis de l'Occident ;


  • Et qui est du reste déjà aux commandes aux échelons intermédiaires du système.


RAPPEL

LES TROIS DILEMMES DU PC CHINOIS

  • Technocratie ou politique ;


  • Centre versus provinces ;


  • Nationalisme contre ouverture extérieure.


LES TROIS DÉFIS DE L'ÉCONOMIE CHINOISE

  • Modernisation du système bancaire ;


  • Montée des inégalités ;


  • L'environnement .


II - PARIAS & PATRONS

Faut-il s'émerveiller des progrès du capitalisme en RPC? La globalisation saura-t-elle diluer le nationalisme autant que l'idéologie?

Si la RPC intronise ses capitalistes, à l'occasion du XVIe Congrès du PCC, et ouvre ses portes aux patrons, c'est pour mieux les contrôler. Le flou juridique et l'absence de règles de droit poussent la plupart du temps les entrepreneurs à nouer un pacte de corruption avec les bureaucraties locales, une liaison dangereuse qui les expose à l'arbitraire des cycles politiques.

La plupart des "nouveaux riches" n'ont de cesse que d'envoyer leur conjoint et leurs enfants en Occident, où ils acquièrent des propriétés et si possible des titres de séjour. En 1998 la fuite des capitaux se monte environ à 20 milliards de $US. Et cela va en amplifiant.

La grande majorité de la population des travailleurs, elle, n'est pas aussi fascinée par les progrès du pays. Le paysan a abandonné son village (taxes et contraintes entraînent sa faillite).

Pékin et Shanghaï sont des vitrines d'un choix du régime : les villes au dépens des campagnes (hukou), qui divisent la population entre 1/3 urbains et 2/3 ruraux. Seul l'argent fait passer la barrière : hukou rural (aucun droit) et hukou urbain (certains droits).

Toute une partie de la population, "mouvants" sont de véritables "immigrants" dans leur propre pays. On les entasse – ils sont quelque 3 millions "d'indésirables" dans le seul Pékin - dans les quelques 800 centres de détention et de rapatriement, hors de tout contrôle judiciaire. Système de "Midnight Express". Ils menaceraient la stabilité sociale

C'est là que se trouve relativisé le "miracle chinois" : le ségrégation de la population et le choix politique de la ville et des élites économiques urbaines.

III - CHINE FORTE / CHINE FRAGILE

(Après l'entrée dans l'OMC, le 11 décembre 2001)

A) Problématique : 

  • Quels défis économiques, sociaux et politiques va-t-elle avoir à affronter?


  • Son développement va-t-il se poursuivre sur la ligne affirmée depuis le démarrage "de réformes et d'ouverture" engagée en 1979, et accéléré après 1992, ou bien faut-il parier sur des ruptures et des turbulences?


Gordon C.Chang, The Coming Collapse of China, Random House, 2001.

Questions :

  • Comment les crises sectorielles récurrentes ne finiront-elles pas se cristalliser en une faillite globale du système.


  • Qu'est-ce qui fait tenir la Chine?


  • Quel est l'éventail de ses possibles, ses " futuribles " ?


Réponses : 

  • L'internationalisation de la Chine n'est pas encore équivalente à son intégration dans l'ensemble du système économique : c'est cette intégration qui fait l'enjeu de l'entrée dans l'OMC..


  • Les difficultés intérieures influenceront nécessairement le climat des relations commerciales multilatérales : 120 millions de paysans en quasi chômage; prévision d'une augmentation de 40% dans le court terme.


  • La société chinoise a montré et montre une remarquable faculté d'adaptation. On peut même noter une certaine homogénéisation des attitudes sociales, dues à la vie urbaine, aux médias, à la logique des grandes organisations, aux nouvelles technologies, à l'élévation du niveau d'éducation. Les chocs sociaux ont été en fait "amortis".


B) La réforme du système bancaire et financier : 

  • La situation financière des entreprises et de l'Etat chinois a-t-elle atteint la cote d'alerte?


  • près d'1/3 des prêts bancaires ne seront jamais remboursés!


  • Pourtant certains facteurs demeurent pertinents et sauvent la situation : une monnaie con convertible, des taux d'épargne élevés (environ 40% du PIB), d'importantes réserves bancaires (35 milliards de US$), et le niveau encore modeste de la dette extérieure.


  • La dette publique : 


  • en faisant usage du déficit budgétaire pour stimuler la demande domestique, le déficit atteint déjà 15% du PIB.


  • Ce déficit pourrait atteindre prochainement la cote de 40% du PIB!


  • En ajoutant à ces chiffres les comptes désastreux des caisses de retraite et les créances non recouvrables des banques, certains observateurs pronostiquent que ce déficit excèdera facilement 100% du PIB!


C) Pourquoi tolérer cette dérive monétaire ?

1) La légitimité du régime, depuis 20 ans (le discours de Shenzhen par Deng Xia Ping) dépend de sa capacité

  • à améliorer le niveau de consommation de ses citoyens et


  • à diversifier l'offre économique.


2) La croissance doit donc se poursuivre coûte que coûte : l'acceptation de la logique de la mondialisation leur octroie un avantage compétitif important : 

  • leur régime libéral d'investissement étrangers


  • et les faibles coûts du travail leur permettent de participer aux réseaux intégrés de production mondiale, afin d'assurer efficacement un soutien durable de la croissance.


L'ADHÉSION DE LA CHINE À L'OMC EST UN LEVIER

  • POUR ACCÉLÉRER LES RÉFORMES INTÉRIEURES


  • TOUT EN DÉGAGEANT LA RESPONSABILITÉ DES DIRIGEANTS EUX-MÊMES.


Comme dit Benoît VERMANDIER, sj.,

de l'Institut Ricci de Taipei :

"Cela revient

  • À lancer une locomotive sur une voie ferrée ;


  • Bloquée par des grévistes ;


  • Tout en faisant descendre le conducteur de la machine ;


  • IL FAUDRA DONC QUE LE TRAIN PASSE..."


IV - QUELS SCÉNARIIS POUR LE FUTUR ?

Le grand atout chinois, c'est le potentiel de croissance "de rattrapage" qui reste encore à exploiter : la Chine peut éviter ou amortir nombre de crises en poursuivant le mouvement entrepris (malgré toutes les "scories", comme la destruction de l'environnement & le creusement des écarts de richesse).

Cependant des crises sectorielles dangereuses sont à prévoir dans le court terme (dans les 3 ou 5 prochaines années):

  • Un écroulement du revenu agricole


  • Une extension des protestations ouvrières


  • Une crise proprement financière


Toute crise immédiate serait immédiatement jugulée par le gouvernement : ce serait plus un coup d'arrêt qu'une faillite structurelle

La chine se doit de réussir sa réforme politique au cours des 5 prochaines années : sinon disqualification !

Les dérapages ne seront pas seulement économiques. Voici les occurrences possibles : 

  • Une crise financière occasionnée par la faiblesse des marchés mondiaux ;


  • Un désaccord grave au sein de la direction du parti ;


  • Une mise un réseau des mécontentements paysan, ouvrier et étudiant ;


  • Réapparition de mouvements similaires à Falungong ;


  • Une aventure extérieure mal contrôlée (Taïwan).


  • Aucune magie ne pourra y faire!


  • Sans prévoir l'Apocalypse , les toutes prochaines années devront connaître de profond changements de cap pour un nouveau contrat social et politique acceptable pour le plus grand nombre.


  • Faute de quoi l'année Olympique 2008 deviendrait l'année de tous les dangers.


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