Petite ANTHOLOGIE ZEN

concoctée en cours de route : Chapitre 2

POÈME D'ÉVEIL DE KUSAN
(AWAKENING VERSE OF KUSAN)

(Buswell 1992 : 149-172)

The autumn leaves covering the mountain
Are redder than flowers in spring.
Everything in the universe fully reveals the great power.
Life is void and death is also void.
Absorbed in the Buddha's ocean-seal samadhi,
I depart with a smile.

Sur la montagne,
Fleurs d'automne plus rouges que fleurs de printemps.
L'univers tout entier éclate de puissance.
Vide est la vie et vide est la mort.
Et tandis que du Bouddha m'absorbe
Le coeur par l'océan scellé,
Je pars en souriant.

ENSEIGNEMENT DE KUSAN

(Kusan 1982 : 34)

Even if the world were pure gold,
It would not be precious to me.
All the holiness of the Sages:
What does it do for me?
The bright moon shining on the Chogye Mountain
Is the brightness of my mind.

La Terre serait-elle d'or pur,
Elle n'aurait pas de valeur pour moi.
Toute la sainteté des Sages
Ne me touche pas!
La lune claire et brillante Sur la Montagne du Chogye
Est la clarté de mon esprit.

(Kusan 1982: 54)

Even if the entire world were pure gold,
It would not be precious.
Even though the Accomplished and Worthy Ones
Are honored and respected,
They are not intimate with me.
All of heaven and earth fills my eyes,
But I do not see one blade of grass anywhere.
The moon on Chogye Mountain shines cowardly.
The waters and the mountains are my original home.
The flowers and grasses are all marvelously fragrant.
Well settled in an empty boat,
I follow the curves and straights of the current ;
All the places I pass through are filled with my light.

Le monde entier serait-il de l'or pur,
Il n'aurait aucun prix.
Même honorés et respectés,
Tous ceux qui sont glorieux et dignes
Ne sont pas mes intimes.
Mes yeux sont pleins de la Terre et du Ciel,
Mais nulle part je ne vois de brin d'herbe.
La lune sur le Chogye brille peureusement.
Chez moi depuis toujours sont les monts et les eaux.
Herbes et fleurs sentent tellement bon.
Bien installé dans une barque vide,
Au gré du courant, je suis méandres et gorges ;
Partout où je passe, j'inonde tout de ma lumière.

(Kusan 1982 : 75)
(pour inaugurer la semaine consacrée aux six vertus)

Though everyone lives seeking pesonal enjoyment,
This body at some time,
Will be reduced to a mere handful of ash.
Ask: "Oh, Master of the body !
What is the "True-I" ?

Chacun a beau chercher à jouir de la vie,
Ce corps, un jour,
Ne sera plus que cendres.
Demande: "Oh, Maître du corps !
Où est le Moi Véritable" ?

(Kusan 1982 : 97)
(à la fin de la semaine de méditation concacrée aux six vertus)

A Great Man is searching for the sword
Which can cut off the Lion's Horns.
Who is going to give it to a lifeless doll ?
Ghosts do not come out
Into the sunlight of the bright day.

Voici un homme célèbre, en quête de l'épée
Capable de trancher les cornes du Lion (appellation du Bouddha) :
Qui va donner l'épée à une poupée morte ?
Fantômes jamais ne sortent
A la clarté du jour !

(Kusan 198 : 126)

In front of a cliff a wooden woman
Sings of the Unborn.
A stone man within the fire plays upon a flute.
The clouds have scattered, the wind is light,
This is a place of purity and quietitude.
The whole mountain is filled with withered trees,
But the snow is bright.

Face à une falaise, une femme de bois
Chante Ce qui n'est pas né.
Un homme de pierre, au milieu du feu, souffle une flûte.
Nuages dispersés, vent doux,
Lieu tranquille et purifié.
La montagne est pleine d'arbres secs,
Mais la neige luit.

(Kusan 1982: 132)

The fire of doubt shoots up into heaven;
It burns heaven and scorches the earth.
Where the earth resembles a stretched bow,
All things are a Store of Flowers.
There we will dwell in peace of mind.

Le feu du doute a tiré dans les airs;
Il brûle le ciel, écorche la terre.
Sur l'arc bandé de l'horizon,
Tout n'est que fleurs à profusion.
Nous y reposerons dans la paix de l'esprit.

(enseignement qu'il rattache au poème suivant) :

Using a rod made of rabbit's horn,
Fish for the moon in the sky !
At midnight on the new-moon day,
Strike the midday bell.
The potent elixir of the Three Mountains
Has already turned to poison.
All sentient beings of the Six Realms
Return to perfect fusion.

Avec la canne de corne de lièvre,
Péchez la lune dans le ciel !
À minuit de la lune pleine,
Sonnez la cloche de midi.
Le divin élixir des Immortels
A perdu toutes ses vertus.
Tout ce qui vit dans l'univers
Retourne à la fusion parfaite.

(Kusan 1982 : 142)

Anecdote

Sous la dynastie T'ang, le moine chinois Yen T'ou travaillait à Han Yang comme passeur sur la rivière Han. Sur chaque rive, il avait installé des pancartes, invitant "ceux qui veulent traverser à frapper un coup sur le panneau de bois". Un jour se présenta une vieille femme, un bébé dans les bras; elle donna un coup pour passer.
Chapeau de paille sur la tête, le Maître sortit en esquissant avec sa rame quelques pas de danse.
La femme lui dit: "Je vous en prie, cessez de danser avec cette rame et répondez-moi ! D'OÙ VIENT CET ENFANT QUE JE PORTE DANS MES BRAS ?".
Pour toute réponse, elle reçut un coup de rame. Mais la femme continua : "Cette vieille femme (que je suis) a mis au monde sept enfants, mais les six autres n'ont jamais trouvé personne capable de répondre à cette question. Et moi, ce dernier enfant, je ne peux pas l'élever !". Sur ce, elle jeta l'enfant à l'eau."
Alors, Maître Kusan s'adressa à l'assemblée :
"Qu'aurait-il fallu lui répondre pour l'empêcher de jeter le septième enfant à l'eau ? Si j'avais été là, j'aurais pris l'enfant dans mes bras, et lui aurais demandé: Es-tu Vairocana-Bouddha qui es venu, es-tu Rocana-Bouddha, es-tu Siddhartha-Bouddha ? La lune claire et la brise fraîche sont libres de leurs mouvements".
Et tout en berçant le bébé, je lui aurais dit :
"Ah, unique enfant !".
"Pourquoi la vieille femme n'a-t-elle pas pu se réjouir ?".
Un poème dit :

Isn't lamentable that she had to throw
Her own child into the river ?
He could not shield the old woman
From her frantic mind.
Don't earn your livehood by dancing with an oar,
Cheating yourself,
And passing your life emptily.
The clouds on the mountain
And the moon reflecting in the sea,
Rest at ease, according to their own wishes.

"N'est-ce pas triste qu'elle ait jeté
Son propre enfant dans la rivière ?
Il ne sut comment la garder
De son esprit devenu fou.
N'allez pas gagner votre vie en dansant avec une rame,
Vous abusant,
Et menant une existence vide.
Les nuages de la montagne
Et la lune que reflète la mer,
Reposent en paix, à leur guise.

(Kusan 1982 : 150 et 157 et suivantes)

The summer's heat has risen a little more,
And filled worlds as numerous
As the sands of the Ganges.
The grasses and trees of the forest,
Are all a belt of one colour.
If anyone wishes to know
The very bottom of the Original Source,
He must merely investigate,
And he will come to know a hundred Incomprehensible things.

La chaleur de l'été monte encore,
Envahissant des mondes
Aussi nombreux que les sables du Gange.
Dans la forêt, l'herbe et les arbres
Forment une bande monochrome.
Qui veut connaître
Le véritable fond de la Source Originaire,
Doit simplement chercher,
Alors il apprendra
Ce qu'on ne comprend pas.

Those mountains which tower above all others,
Are the abode of the lions.
In the clear mountain torrents,
The dragons dwell.
One who can grasp the eyebrows of a lion,
And the beard of a dragon,
Is a great man playing
A lute beneath the moon.
The mountain moves, the moon doesn't move.
Everywhere is a bodhi-mandala.
On an old pine a grey stork perches.
In the green trees the orioles call to one another.

Ces sommets plus hauts que tous les autres
Sont le séjour des lions.
Dans les clairs torrents de la montagne,
Habitent les dragons.
Qui peut attraper les sourcils d'un lion
Et la moustache d'un dragon,
Est un grand homme
Jouant du luth au clair de lune...
C'est la montagne qui bouge,
Et non la lune!
Toute place est un dessein d'Éveil:
Sur un vieux pin le héron bleu se perche
Et dans les arbres verts, les loriots se répondent.

(Citant T'ien Chang Shan:)

Have seen clearly the depths of your thoughts?
If you wish to enter the sea of those Dharma-doors
Which are as numerous as specks of dust and sand,
You need only expand one word,
And need not use many.

Qui a vu clairement le fond de ses pensées ?
Veut-on plonger dans l'océan de ces portes de l'Absolu,
Plus nombreuses que grains de sable et de poussière,
Besoin n'est que d'un mot,
Un seul!

Do not follow after sense-objects.
When the mountain goat hangs by his horns
The hunting dogs are left alone.

Ne suivez pas vos sens:
Quand le bouquetin s'est pendu par les cornes,
Les chiens de chasse sont perdus!

(Kusan 1982: 178)

It is not form, not voidness, and not non-void,
It exists neither within, without, nor in between.
One ray of the red sun pervades worlds
Which are as numerous as sand grains.
A stone horse turns his head
And breaks out of the clay cage.

Cela n'a pas de forme Ni le vide ni le non vide,
Cela n'existe Ni dedans, ni dehors, et ni dans l'entre deux.
Un seul rayon du soleil rouge Traverse des mondes
Aussi nombreux que grains de sable.
Un cheval minéral tourne la tête
Et s'échappe de la cage d'argile.

(Kusan 198 : 180)

The mountains move, the moon doesn't move.
Everywhere is a Bodhimandala.
We drift along following the waves.
On the thoroughfare a stone man
Gives his congratulations.

Ce sont les montagnes qui bougent Pas la lune.
Chaque lieu dispose un dessin d'Éveil.
Nous dérivons au gré des vagues.
Sur le parcours, un homme de pierre
Salue à la ronde.

(Kusan 198 : 182)

A hedgehog swallows the mountains,
And the four seas are calmed.
A clay ox exhales the air,
And the ten thousand regions are in Spring.
The moon rises and the stone horse
Frees himself from the cage of sand.
Anywhere we go we are the King,
And everything is Truth.

Un porc-épic avale les montagnes,
Et les quatre mers se calment.
Un taureau d'argile souffle l'air,
Et le Printemps parvient aux dix mille régions.
La lune se lève et le cheval de pierre
Saute hors de la cage en sable.
Notre Royaume est partout.
Et tout est Vérité.

frise bas


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