Petite ANTHOLOGIE ZEN

concoctée en cours de route : Chapitre 3

(Kusan 1982 : 183-184)
(à sa dernière conférence de l'hiver 76-77, sur la « Transmission d'esprit à esprit », citant une vieille tradition)

A monk asked Master Ts'ao-shan : « When a child (disciple) returns to his father (Master), after the completion of his studies (i.e. when both are of equal attainment), why does the father completely ignore him ? »
The Master said : « That is the way it should be. »
The monk asked : « Then where is the love between father and son ? »
Ts'ao-shan answered : «  That is the consummation of the love between father and son. »
The monk asked : « What is that love ? »
Ts'ao-shan replied : « Even though we cut it with a knife or an axe, it cannot be split ! »
Should I(Kusan) have been asked, « What is the love between father and son ? », my reply would have been :
« The precious sword splits the water ;
an arrow tip pierces the sky.
The moon on the full-moon night doesn't need to wait for any other brightness.
Transmitting the Mind with the Mind is like transmitting fire with fire ».
(And adding a poem) :
The flower's heart contains nectar
And produces the fruit.
Butterflies and bees come in time,
But they do not crave.

Un moine demanda à Maître Ts'ao-shan : « Quand un enfant (disciple) revient chez son père (Maître), à la fin de ses études (quand tous deux sont de même niveau), pourquoi le père l'ignore-t-il totalement ? »
Le Maître dit : « C'est normal ! »
Le moine demanda : « Alors où est l'amour entre père et fils ? »
Ts'ao-shan répondit : « Mais c'est le summum de l'amour entre père et fils ! »
Le moine demanda : « Quel amour est-ce là ? »
Ts'ao-shan répliqua : « Même avec un couteau ou une hache, il ne pourrait être fendu ! »
Si c'est moi (Kusan) à qui on avait demandé, « Quel est l'amour entre père et fils ? », voici ce que j'aurais répliqué :
« L'épée précieuse fend l'eau ;
la pointe d'une flèche perce le ciel.
Les nuits de pleine lune, la lune n'a besoin de nul autre éclat.
Transmettre l'Esprit par l'Esprit, c'est comme transmettre le feu par le feu. »
(Et ajoutant un poème) :
Le coeur de la fleur contient le nectar
Et produit le fruit.
Papillons et abeilles viennent quand il faut,
Mais sans mourir d'envie.

(Kusan 1982 : 186)

At the peak's tip where there is no shadow,
The rivers do not flow.
The light of the sword which is radiant like lightning
Reaches to the Pleïades.
Alone I walk  ;through heaven and earth
Without any companions.
The Buddhas and the Patriarchs of the ten diections
Do not talk with one another.

A la pointe du pic sans ombre,
On ne rencontre pas de fleuve.
L'éclat de l'épée, égal à l'éclair,
Parvient jusqu'aux Pleïades.
Seul, j'arpente ciel et terre,
Sans aucun compagnon.
Bouddhas et Patriarches des dix directions
N'ont jamais rien à se dire.

(Kusan 1982 : 187)

On the lofty mountains,
Clouds scatter and rivers flow.
The void spirit peacefully and marvelously
Is apparent before us.
The thousands of worlds which are like grains of sand
Become one whole.
White snow fills the courtyard,
And magnolia blossoms bloom.

Sur les montagnes arrondies,
Nuages s'envolent et rivières coulent.
L'esprit vide et merveilleusement calme
Nous apparaît droit devant.
Les milliers de mondes, comme des grains de sable,
Ne forment qu'un tout.
La neige blanche emplit la cour
Et le magnolia se met à fleurir.

(Kusan 1982 : 194)

The mandarin ducks might be able to show you their embroidery,
But they couldn't give their golden needle to anyone else.
In the lion's den there are no other wild animals.
When a dragon-stallion gallops
The waves strike the heaven.

Les canards mandarin vous montrent leur parure,
Mais à personne, ils ne peuvent donner leur aiguille d'or.
Dans l'antre du lion, il n'y a de place
Pour aucune autre bête sauvage.
Quand un dragon-étalon galope,
Les vagues frappent jusqu'au ciel.

(Kusan 1982 : 202)

The snow has stopped,
The clouds have dispersed,
The north wind is cold,
The pines and cypresses flourish,
And fill all the mountains in the four directions.
When within one's words there is no speech,
Then that is to speak in accordance with Dharma.
Birds enter the forest to sleep
And in the morning happily go back out.

La neige a cessé,
Les nuages sont partis,
Le vent du nord est froid,
Pins et cyprès sont florissants,
Remplissant tous les monts aux quatre directions.
Quand les mots se vident de tout discours,
C'est enfin parler selon l'Absolu.
Les oiseaux vont dormir dans la forêt
Et le matin tout joyeux en ressortent.

(Kusan 1982 : 203)

When there is no wind over the wide sea,
The waves are calmed.
When the mist disappears,
The water is placid and contains the moon.
One band of cool moonlight-
When we look at it, it is unlimited.
Who can distinghish the dragon
Who has left his bones in its center ?

Pas de vent sur la vaste mer,
Et les vagues reposent.
Pas de brume,
Et l'eau calme contient la lune.
Un froid rayon de lune-
Quand on le regarde, n'a pas de fin.
Qui peut distinguer le dragon
Qui a laissé ses os juste au milieu ?

(Kusan 1982 : 211)

The tiger in his grotto
Contends with no other animals.
Unbounded, the fleeting dragon
Soars through the sky.

Le tigre dans son antre
Ne fraie avec nulle autre bête.
Déchaîné, le dragon volant
Monte à travers le ciel.

(Kusan 1982 : 212)

The night sky looks like glittering sand.
The deep blue sea with its millions waves,
Is basically « such ».
Slipping silently into the sea,
We see a pillar of fire.
After a rainstorm, water drips off the eaves,
And silver pearls are formed.

La nuit, le ciel comme du sable étincelle...
La mer bleue et profonde, avec ses mille vagues,
Est, au fond, 'ce qu'elle est'.
Glissant dans le silence de la mer,
On peut voir une colonne de feu.
Après l'orage, aux auvents l'eau goutte,
En coulant des perles d'argent.

(Kusan 1982 : 213)
(en conclusion de sa dernière conférence aux USA)

This staff hangs in both the East and the West.
The bright sun is in the heavens,
And the great earth rejoices.
The accumulated snow of some two thousand years
Is now meeting the warm spring breezes.
All creation is lovely.

Ce bâton tient à la fois à l'Est et à l'Ouest.
Le soleil brille dans les cieux,
Et la grande terre se réjouit.
La neige, depuis deux mille ans accumulée,
Rencontre désormais les brises tièdes du printemps.
Toute la création mérite d'être aimée.

(Kusan 1985  : 83)

(Kusan raconta l'histoire d'un certain M. Hwa, qui s'était procuré une pierre précieuse capable d'éclairer dans le noir, de rafraîchir en été et de chauffer en hiver. Bien sûr, il ne savait où la cacher pour qu'on ne la lui vole pas : mais il y avait toujours quelqu'un qui finissait par la découvrir, et la lui enlevait ! ... Il termina sa parabole par ce poème

With a wooden staff one strikes Mount Sumeru.
Everything is contained in the midst of a sound that echoes like thunder.
Who can say that he has secretly buried a precious gem deep in the ground ?
The piercing wisdom is like an awl in a bag.

D'un bâton, on a frappé le Mont Suméru.
Tout est déjà présent dans le bruit de ce coup
Retentissant comme un tonnerre.
Qui peut prétendre
Qu'il a secrètement, au profond de la terre,
Un joyau déposé ?
La Sagesse, qui perce tout,
Est une anguille au fond d'un sac.

(Et devant la perplexité des moines qui l'écoutaient, il continua de plus belle :)

Casting a fishing line of a thousand feet into the ocean of space,
The clouds disperse, the waves settle and the coral grows.
The fish and the dragons sleep deeply and do not move.
Load the ship full with the moon, pull the oar and depart !

Une ligne de pêche de plus de mille pieds Tend l'océan de l'espace.
Les nuages s'égarent, Les vagues s'apaisent Et le corail se multiplie.
Poissons et dragons dorment profondément, Immobiles.
Charge le bateau de son plein de lune, Souque ferme, Et va !

(Kusan 1985 : 93)

Never say that you have no choice to live long or to die early :
The original nature being as it is, you are always free to roam at will.
Long ago as well as now, clear and pure, it is very subtle.
From the top of a shadowless tree, flowers never fall.

Ne dites jamais Nous n'avons pas le choix de vivre vieux, de mourir jeune :
La nature originaire, étant ce qu'elle est, Vous laisse toujours libre d'aller à votre guise.
Jadis comme aujourd'hui, Claire et pure, elle demeure subtile.
Du haut d'un arbre sans ombre, Les fleurs ne tombent jamais !

(Kusan 1985  : 127)
(ouvrant sa série de conseils et d'encouragements)

Beneath blue clouds
A white crane is perched
On the branch of an aging pine.
Do you enjoy
The embroidery of rivers and mountains
Shining with autumn colour ?
Let's bask together
In the subtle fragrance
Of the wild chrysanthemum.

Sous de bleus nuages
Se perche la blanche oie
Sur la branche d'un vieux pin.
Sentez-vous
Le canevas brodé des torrents et des monts
Luire de couleurs d'automne ?
Reposons-nous ensemble
Dans le parfum subtil
Du sauvage chrysanthème.

(Kusan 1985  : 149-150)
(pour conclure sa série de conseils et d'encouragements)

Outside of mind there is no Buddha
And outside of the Buddha there is no mind.
So why search for the Buddha apart from the mind ?
The Buddhas of the past have gone
And the Buddhas of the future have not yet come.
So where will you find the Buddha of the present ?
Just discover your own mind.
Then the true Buddha of the present will appear in the world.
At such a time you will walk hand in hand with all the Buddhas of the three times.
There will be no place that is not a place of enlightenment,
And no time when you cannot enjoy the happiness of Nirvana.

Hors de l'esprit, point de Bouddha
Et hors du Bouddha, point d'esprit.
Pourquoi donc les chercher séparément ?
Les Bouddhas du passé sont passés,
Ceux du futur encore à venir.
Où trouver alors le Bouddha du présent ?
Il suffit de trouver votre esprit à vous.
Alors adviendra dans le monde le vrai Bouddha du présent.
Et vous irez main dans la main avec tous les Bouddhas des trois temps.
Plus d'espace qui ne soit un espace d'éveil,
Plus d'instant  qui ne soit rempli du Nirvana et de sa joie !

The awakened person is similar to white clouds over green mountains.
He is not fettered by any state.
Hence there is no right or wrong in any of his actions.
In accordance with karmic conditions he moves along like a blue stream in a deep valley,
Which flows freely through the curves and straights.
He is like an empty boat drifting along
Propelled through the mere rising and falling of the waves.
He is like a white gull on a cliff
That eats when hungry,
And, as the sun sets, searches for reeds in which to rest in perfect freedom.

L'Éveillé ressemble aux blancs nuages sur les collines vertes.
Rien ne pèse en lui.
Nul besoin de discerner entre ses actes.
En harmonie karmique, il va comme un courant d'azur dans le val profond,
Coulant librement entre gorges et méandres.
C'est un bateau sans passager,
Mû par la seule activité des vagues.
C'est un goéland blanc sur sa falaise,
Mangeant à sa guise,
Et cherchant, au crépuscule, un buisson de roseaux pour reposer en pleine liberté.

(The awakened person) transcends the past, the present and the future.
He transcends both time and space.
Thus he is obstructed neither by being nor non-being.
This is what is meant by liberation.
Just as a mirror reflects whatever is created,
He sees all phenomena through his great perfect mirror wisdom.
He is free from all defilements and attachment,-
Like rain falling gently on the blue ocean.
By remaining within the mind of non-action,
He has followed the stream and reached the marvel.
Now he is vast, boundless and unobstructed.
Conditioned existence has come to an end for him.
There is nothing for him that is not sacred.
He can truly be called a person who is beyond all things.

L'Éveillé transcende les trois temps
A la fois et l'espace.
L'être ni le non-être ne lui sont plus obstacles :
Ce que libération veut dire.
Comme un miroir reflète le créé,
Il voit tout à travers le grand miroir parfait de sa sagesse,
Libre de toute attache et de toute impermanence, -
Comme la douce pluie au-dessus de l'eau bleue.
Demeurant dans l'esprit de repos,
Il a suivi le cours et atteint la merveille.
Le voici devenu large, infini, sans obstacle,
Et sa vie a mis fin à toute contingence.
Plus rien pour lui qui ne soit sacré.
On peut dire vraiment : cet être est au-delà de tout !

frise bas


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