Petite ANTHOLOGIE ZEN

concoctée en cours de route : Chapitre 4

CHUANG-TZE
Deux poèmes (origine non retrouvée)

If a man is crossing a river
And an empty boat collides with his own skiff,
Even though he be a bad-tempered man,
He will not become very angry.
But when he sees a man in the boat
He will shout at him to steer clear.
If the shout is not heard, he will shout again,
And yet again, and begin cursing.
And all because there is somebody in the boat
Yet if the boat were empty
He would not be shouting and be not angry.
If you can empty your own boat
Crossing the river of the world
No one will oppose you
No one will seek to harm you.

Voilà un homme qui traverse une rivière,
Et une barque vide tamponne son esquif :
Même si cet homme a mauvais caractère,
Il ne se mettra pas trop en colère.
Mais s'il voit un homme à bord,
Il lui criera de bien mener sa barque !
Et si on ne l'écoute pas, il criera encore de plus belle
Et se mettra à jurer !
Tout cela parce qu'il y a quelqu'un dans le bateau.
Pourtant, si le bateau était vide,
Il ne crierait ni ne tempêterait !
Si vous pouvez vider votre propre bateau,
En traversant la vie,
Personne ne se mettra en travers de vous
Ni ne cherchera à vous nuire !

The man in whom Tao acts without impediment
Harms no other being by his actions
Yet he does not know himself to be kind, to be gentle !
The man in whom Tao acts without impediment
Does not bother with his own interests
And does not despise others who do.
He does not struggle to make money and does not make a virtue of poverty,
He goes his way without relying on others
Anf does not pride himself of going alone.
While he does not follow the crowd, he won't complain of those who do.
Rank and reward make no appeal to him.
Disgrace and shame do not deter him.
He is not... always looking for right and wrong, always deciding yes or no.
The Ancients said therefore :
The man of Tao remains unknown.
Perfect virtue produces nothing.
No self is true self.
And the greatest man is nobody.

L'homme en qui le Tao s'épanouit librement
Ne blesse jamais personne,
Sans s'estimer pourtant ni doux ni gentil.
Il n'ennuie personne avec ses problèmes
Sans mépriser ceux qui le font.
Il ne court pas après l'argent
Sans faire de pauvreté vertu.
Il avance sans compter sur personne,
Mais sans tirer orgueil de pouvoir aller seul.
S'il ne suit pas la foule,
Il ne se plaint pas des suiveurs.
Rang ni honneur ne le touchent,
Disgrâce ni honte ne l'atteignent.
Il n'est pas toujours à distinguer le vrai du faux
Ni à peser le pour et le contre.
C'est pourquoi les Anciens disaient :
L'homme du Tao reste inconnu ;
La vertu parfaite ne produit rien ;
Le vrai soi, c'est l'absence de soi.
Le plus grand n'est personne.

IKKYU
Skeletons
(Les squelettes d'Ikkyu , in Fr. Franck edt., The Buddha eye, New York 1991  : 79-83).


If a stone
Can be the memento
Of the dead
Then the tombstone
Would be better as a lavatory.
This world
Is a dream
Seen while awake :
How pitiful those
Who see it and are shocked.
If I do not decide
The dwelling place
Of my future,
How is it possible
That I should lose my way?
Our real mind
Has no beginning
No end :
Do not fancy
That we are born and die.
With the sins
That I have committed
Until I was three years old,
At last I also Disappeared.
Though it has no bridge
The cloud climbs up to heaven ;
It does not seek the aid
Of Gautama's sutras.

Puisqu'une pierre peut être le souvenir des morts
Alors la pierre tombale servirait mieux de WC.
Le monde est un rêve éveillé :
C'est ridicule d'être choqué de ce qu'on y voit.
Si je ne décide pas de mon prochain séjour,
Comment pourrais-je perdre mon chemin ?
Notre esprit ne connaît ni commencement ni fin :
N'imaginons donc ni naissance ni mort.
Avec tous les péchés que j'ai commis jusqu'à trois ans,
J'ai fini moi aussi par disparaître.
Le nuage n'a nul besoin de pont pour grimper jusqu'au ciel ;
Il ne court pas après l'aide de la loi du Bouddha.

MILAREPA
(Testament à Retchungpa, in Milarepa, trad. J. Bacot, Paris 1971  : 257-259).
(J'ai parfois transformé la traduction de J. Bacot !)


Dans l'océan de la transmission des trois mondes,
Le corps irréel est le grand pécheur.
Tant qu'on s'inquiète pour la nourriture et le vêtement,
On n'a n'a pas renoncé au monde.
RENONCE AU MONDE !
Dans la cité des corps irréels,
Soumise à la chair et au sang du corps,
L'âme irréelle est la grande pécheresse.
Elle n'a aucune notion de sa propre nature.
DISCERNE LA NATURE DE L'ÂME  !
Aux confins de l'esprit et de la matière,
La connaissance autogénérée est la grande coupable.
Passant subitement d'une impression à l'autre,
Elle n'a même pas le temps de se rendre compte
Que ces impressions n'ont aucune origine propre.
RESTE SUR LE SOL FERME DE LA NON-OBJECTIVITÉ DES CHOSES !
Dans la dépendance réciproque de cette vie et de l'autre,
La mémoire des enfers est la grande coupable.
Privée de corps, elle cherche l'association d'un corps,
Sans arriver à découvrir la non-réalité du monde sensible.
CONCLUS AU VIDE !
Dans la cité décevante des six classes d'êtres,
L'aveuglement du péché est immense.
L'esprit suit l'impulsion de l'amour et de la haine.
Il est incapable de voir l'égale inanité des choses.
REJETTE AMOUR ET HAINE !...
Accoutume-toi à ne faire qu'une chose
De cette vie, de la prochaine et des limbes...
Après, il n'y a plus rien...

Je n'ai aucune provenance pour les deux suivants
HUEI-NENG (638-713).
sixième et dernier patriarche chinois

C'est une sorte de réplique qu'il avait été amené à faire à un poème écrit par un autre moine prétendant à la succession dans la lignée des patriarches : ce fut lui qui l'obtint, grâce au texte suivant :

Il n'y a pas plus d'arbre de la Bodhi
Que de porte-miroir !
Je suis, depuis l'origine, l'Absence Absolue :
Où la poussière pourrait-elle se déposer?

CHING-HSÜAN... (943-1027)
(poursuit plus loin l'allégorie de Huei-neng)

One only steaks the mirror
By polishing it
Too skillful work
Ruins the uncut jade

À trop être poli,
Le miroir se raye.
Le tailleur trop zélé
Viole Le jade vierge.

YUNG CHIA
(tiré du « Chant de l'Éveil », attribué à ce moine chinois du 7e siècle)

Its strength once spent, the arrow falls to earth.
You build up lives which won't fulfill your hopes.
How far below the Transcendental Gate
From which one leap will gain the Buddha's realm.


À bout de force
La flèche retombe.
Bâtir des vies
Ne comble l'espoir.
Qu'elle est profonde
La porte d'En-Haut
D'où par un saut
L'on est chez Bouddha !

HUEI-NENG (638-713)
(Blofeld 1959  : 67, 78)

There's never been a single thing
Then where's defiling dust to cling !
If you can reach the heart of this,
Why talk of transcendental bliss !


Rien jamais ne fut !
Où pourrait... se poser la poussière éphémère !
Si jamais vous touchez à ce coeur des choses,
Pourquoi parler encore de bonheur sublime !

Speech only produces some effect
When it falls on the uninstructed ears of children.

Si les mots, parfois, ont quelque effet,
Ce n'est que lorsqu'ils tombent dans les oreilles naïves des enfants.

(Blofeld 1959 : 87)

Since Mind is the Buddha
It embraces all things,
From the Buddhas at one extreme
To the meanest of the belly-crawling reptiles and insects at the other.
All these alike share the Buddha-nature
And all are the substance of the One Mind.
So after his arrival from the West,
Bodhidharma transmitted naught but the Dharma of the One Mind.
He pointed directly to the truth
That all sentient beings have always been of one substance with the Buddha...
And if you could only achieve this comprehension of your own Mind,
Thereby discovering your real nature,
There would assuredly be nothing for you to seek, either.

Puisque l'Esprit, c'est l'Absolu,
Il embrasse toutes choses d'un extrême à l'autre,
Depuis les Éveillés jusqu'à tout ce qui rampe.
Car chacun partage également la nature de Bouddha,
Et tous sont la substance de l'Unique Esprit.
Quand il arriva de l'Ouest,
Bodhidharma ne transmit que le Dharma de l'Unique Esprit.
Il affirma de suite la vérité
Que tout être vivant depuis toujours était de la même substance du Bouddha...
Ah,
Si vous pouviez seulement réaliser cette compréhension de votre propre Esprit,
Et par là découvrir votre vraie nature,
Vous n'auriez, vous non plus, à ne chercher rien d'autre !

frise bas


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